Plus de permis que de participants!

CHRONIQUE / Première surprise dans le cadre du projet expérimental sur la restriction de la taille légale des bois (RTLB) mené en Estrie. Les gestionnaires de la faune se sont retrouvés cette année avec plus de permis de cerfs sans bois à émettre qu'il y a eu de participants inscrits au tirage au sort dans la zone 6 Nord. Cette situation ne s'est cependant pas produite dans la zone 6 Sud, l'autre partie de la région touchée par d'importants changements réglementaires qui transformeront les habitudes des chasseurs de chevreuil à compter de cet automne.
Ainsi, 6866 chasseurs et propriétaires fonciers se sont inscrits au tirage au sort supervisé par la Sépaq alors que 8500 permis donnant le droit d'abattre une femelle ou un faon durant les saisons de chasse à l'arme à feu et à la poudre noire étaient offerts dans la zone 6 Nord (de Richmond à Drummondville). Cela signifie que chaque postulant a été déclaré gagnant sans que tous les permis soient distribués.
« C'est une situation un peu inusitée. Avec 8500 permis, nous savions que nous étions tout près de la moyenne historique du nombre de participants au tirage au sort dans cette zone. Considérant que 980 des 6866 participants de cette année étaient des propriétaires fonciers et que ceux-ci reçoivent deux permis, c'est dire que 7846 cerfs sans bois pourront être récoltés. L'écart par rapport à nos objectifs n'est donc pas aussi grand qu'il n'y paraît au premier coup d'oeil », précise le biologiste responsable de la grande faune en Estrie, Éric Jaccard.
Selon ce dernier, ce sont les choix des chasseurs sur le terrain qui parleront.
« Si le taux d'utilisation des permis de cerfs sans bois demeure inférieur à 25 %, comme il l'a été dans le passé dans la zone 6 Nord, ça risque de nous compliquer les choses pour le contrôle de densité. Comme les probabilités d'abattre un mâle vont baisser, ayant moins de choix, plus de chasseurs devraient normalement se prévaloir de l'opportunité de récolter une femelle ou un faon. La vraie lecture, nous l'aurons en fin de saison. »
Auparavant, la récolte de cerfs sans bois était autorisée pour tous avec une arme à chargement par la bouche dans les zones 6 Nord et 6 Sud (corridor central de Richmond jusqu'à la frontière au sud de Coaticook). En plus du contingentement imposé, cette saison de chasse a été devancée.
Si la participation au tirage au sort a augmenté de seulement 5 % dans la zone 6 Nord, elle a bondi de 36 % dans la 6 Sud. Il faut dire que le nombre de permis a pratiquement été multiplé par trois dans cette zone pour compenser la baisse de récolte de jeunes mâles qui est anticipée. Rappelons que ce segment de la population devient protégé, une restriction qui s'appliquera dans les deux zones précédemment évoquées et ce, au cours des cinq prochaines années.
L'offre est demeurée inférieure à la demande dans la zone 6 Sud. Comme le nombre de propriétaires fonciers inscrits au tirage au sort est passé de 799 à 1047, ceux-ci ont obtenu un peu plus de 2000 des 5000 permis disponibles.
À moins d'utiliser arc ou arbalète, les chasseurs n'étant pas détenteurs de ces permis de cerf sans bois devront s'assurer cet automne que le panache d'un mâle compte au moins trois pointes d'un côté avant de le prendre pour cible dans l'une ou l'autre de ces deux zones. Les chasseurs devront débourser 10 $ en sus du permis régulier pour s'inscrire comme participant au programme RTLB.
« Il ne s'agit pas seulement d'un changement réglementaire, c'est un changement de culture que nous nous préparons à vivre pour le chevreuil. Tout comme nous, les chasseurs vont devoir s'adapter à ce nouveau mode de gestion », affirme M. Jaccard.
La gestion faunique ne repose pas que des prévisions comptables. Outre les habitudes des chasseurs, la rigueur des cinq prochains hivers teintera les résultats de ce programme expérimental.