Depuis la naissance du Phoenix, l’organisation sherbrookoise a pris de bonnes et de mauvaises décisions. Mais le facteur chance a rarement été de son côté.

Mauvais karma

Ça dure depuis un peu plus de huit ans. Malchance après malchance. Comme une mauvaise aura qui entoure le Phœnix. Du jour 1 jusqu’à aujourd’hui.

On n’avait pas senti une aussi grosse fièvre du hockey à Sherbrooke depuis bien longtemps. Le Phœnix faisait jaser en ville.

Il faut l’avouer, tout était là. Les gardiens se montraient dominants. La défensive formait un mur. Et que dire de l’offensive outre le fait qu’elle était tout simplement la meilleure de la LHJMQ?

On considérait le Phœnix comme la meilleure équipe au Canada. Est-ce que la troupe de Stéphane Julien aurait pu ajouter une Coupe du Président après avoir obtenu le Trophée Jean-Rougeau? On ne le saura probablement jamais.

Plus les jours passent, plus on se rend à l’évidence : il n’y aura pas de séries éliminatoires. Pas de Coupe Memorial non plus. Dans le meilleur des cas, le chemin pour atteindre les grandes finales sera simplifié, mais j’en serais le premier surpris. 

Le mauvais karma frappe encore. À cinq matchs de la fin de saison, la crise du coronavirus force l’annulation de la saison. Une journée plus tard, la LHJMQ confirme que même le Repêchage 2020 prévu le 6 juin à Sherbrooke est annulé. La séance de sélection se fera plutôt en ligne. Quand ça va bien...

Toutes les ligues professionnelles retardent ou annulent leurs activités. La Ligue nationale de baseball ne reprendra pas ses matchs avant la mi-mai. Ça augure mal. 

Alors comment penser que la Ligue canadienne de hockey pourrait annoncer la reprise des activités à court ou moyen terme? Hélas, c’est bel et bien terminé.

La liste est longue

Ce ne sont pas les premiers coups durs que le Phœnix encaisse. Loin de là. En vérité, le facteur chance a rarement été au rendez-vous.

Revenons au départ. On annonce le retour du hockey junior majeur en 2012 à Sherbrooke. Le Phœnix de Sherbrooke! Les couleurs sont belles, le logo aussi, mais certains auraient voulu le « Phénix » pour une sonorité plus francophone. Ça partait bien.

Premier repêchage, le temps nous aura finalement permis de comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un grand cru. Le Phœnix possédait le premier choix qui semblait évident : Daniel Audette. Le but : construire une équipe gagnante à la fin du cycle de quatre ans. 

L’année suivante, Jérémy Roy est repêché par Sherbrooke. À sa première saison, on le voit comme le prochain Bobby Orr, mais le Phœnix est exclu des séries.

À l’an 3, grosse acquisition : Liam O’Brien. Le Phœnix venait de frapper fort aussi avec la sélection du gardien Evan Fitzpatrick et du défenseur Thomas Grégoire en première ronde. Avec un Daniel Audette au sommet de sa forme et l’arrivée du petit Suisse Kay Schweri, tout était permis. 

Liam O’Brien n’aura pas disputé une seule rencontre avec le Phœnix. Les Capitals de Washington avaient besoin de lui. La nouvelle coqueluche du Phœnix faisait le saut dans la LNH et le défenseur étoile, Jérémy Roy, se blessait pour une première fois. Et pas la dernière. 

À la quatrième année, le fameux slogan « Ensemble pour la conquête » plaçait la barre haute. Ce fut un échec total. La pire année au repêchage, quelques blessés dont Kay Schweri, de la difficulté devant le filet avec un jeune gardien et l’absence de Jérémy Roy, encore une fois. 

Cette saison aura coûté le poste du directeur général Patrick Charbonneau et de l’entraîneur Judes Vallée. 

Une nouvelle ère commençait : celle de Jocelyn Thibault et Stéphane Julien.

En 2016, le premier choix du Phœnix Anderson MacDonald montre un beau potentiel, mais le Phœnix est exclu des séries. Fitzpatrick ne devient pas le gardien espéré, mais bonne nouvelle : le Phœnix obtient une excellente chance de mettre la main sur Alexis Lafrenière ou même Samuel Poulin grâce aux bouliers. Le Phœnix ne remporte pas la loterie, mais se réjouit d’accueillir Samuel Poulin. Avec raison. 

On s’attendait alors à voir à l’œuvre le meilleur joueur de l’histoire du Phœnix. Il rejoignait son frère aîné Nicolas Poulin. Quelle belle histoire.

Mais à leur tout premier match ensemble en 2017, Samuel Poulin encaisse une violente mise en échec illégale à Val-d’Or et Nicolas se blesse au poignet en servant une correction à celui qui s’en est pris à son frère. Le karma, disait-on.

Plus la saison 2017-2018 avançait, plus on sentait que la magie s’installait tout de même. Pour la première fois, le Phœnix atteignait le deuxième tour des éliminatoires. 

L’an dernier, la progression était évidente, mais Thomas Grégoire et Luke Green demeurent dans la Ligue américaine. Autre mauvaise nouvelle. Les jeunes prennent donc du galon. Une seconde élimination en deuxième ronde attend le Phœnix.

Finalement, l’année 2019-2020 réservait de belles choses aux amateurs. Ces derniers n’auraient jamais imaginé une aussi belle saison. 

Ils assistaient à un vrai conte de fées. Même si la grosse saison du Phœnix devait plutôt avoir lieu en 2020-2021. 

Jocelyn Thibault devance ses plans et aura dépensé quelques choix de première ronde pour en arriver au résultat que nous connaissons aujourd’hui. Ces premiers choix, il ne les retrouvera peut-être jamais. Le Phœnix était à un virus de peut-être tout rafler et de connaître ce succès tant attendu.

L’histoire se termine mal. En fait, elle n’est peut-être pas encore terminée. Le dernier chapitre pourrait avoir une fin heureuse. 

Samuel Poulin sera peut-être de retour à 19 ans. Le capitaine pourrait une fois de plus être bien entouré. Le noyau de joueurs sera alors âgé de 19 ans et le Phœnix comptera sur d’excellents vétérans de 20 ans.

La planète tourne peut-être au ralenti présentement, mais il y a encore de l’espoir. De toute façon, c’est tout ce qu’il reste à faire par les temps qui courent. Rêver.