Jocelyn Thibault et Stéphane Julien ont joué ensemble dans les rangs juniors, à Trois-Rivières et à Sherbrooke. Et la première décision que le DG Thibault a pris, arrivé en poste, fut de nommé Julien entraîneur-chef du Phœnix.
Jocelyn Thibault et Stéphane Julien ont joué ensemble dans les rangs juniors, à Trois-Rivières et à Sherbrooke. Et la première décision que le DG Thibault a pris, arrivé en poste, fut de nommé Julien entraîneur-chef du Phœnix.

L’intuition payante de Jocelyn Thibault

SHERBROOKE — Le pari était audacieux. Très audacieux, même. À peine s’était-il attribué le rôle de directeur général du Phœnix de Sherbrooke, sans avoir aucune expérience en la matière, voilà que Jocelyn Thibault confiait les rênes de son équipe à un ancien joueur sans expérience comme entraîneur-chef dans la LHJMQ. Stéphane Julien a relevé le défi, avec brio, profitant au passage d’une intuition de Thibault. Quatre ans plus tard, Julien est nommé entraîneur-chef de l’année dans la LHJMQ.

Le 9 décembre 2015, Jocelyn Thibault, actionnaire du Phœnix et vice-président hockey de l’équipe, décidait de congédier le DG Patrick Charbonneau et l’entraîneur-chef Judes Vallée.

Un coup de barre nécessaire, s’est désolé Thibault, qui montrait ainsi la porte à deux amis, et deux artisans de la première heure de la jeune organisation.

« Je vais être honnête, ce ne fut pas la plus belle journée de ma vie. C’est le genre de choses que je n’aime pas faire. Congédier des gens, c’est difficile. J’ai fait l’annonce aux membres de l’organisation, dans les bureaux de l’équipe, en expliquant les raisons qui nous poussaient à faire ces changements. Une fois que la réunion fut terminée, quand tout le monde se levait pour quitter, j’ai dit à Stéphane, reste donc deux minutes, il faut que je te parle. Je lui ai dit : j’aimerais que tu prennes l’intérim comme entraîneur-chef pour deux semaines, et on verra ensuite. Il a dit OK. Et on est parti de là », s’est souvenu Jocelyn Thibault, lundi, après l’annonce faite par la LHJMQ.

Le pari était risqué. Julien avait été l’assistant de Judes Vallée pendant les deux premières années de l’existence du Phœnix, avant de prendre un peu de recul.

À son CV, pas d’expérience comme entraîneur-chef, pas de participation à des programmes d’élite, pas d’historique.

Outre ce que Jocelyn Thibault connaissait de lui.

Thibault et Julien ont été coéquipiers chez les Draveurs de Trois-Rivières en 1991-92, avant de faire la route vers Sherbrooke, où ils se sont côtoyés pendant deux saisons, soit en 1992-93 et en 1994-95.

Jocelyn Thibault a par la suite quitté vers la LNH et les Nordiques de Québec, alors que Julien se dirigeait vers l’Europe, où il a joué pendant 15 ans, principalement en Allemagne.

« Stéphane et moi, on a été coéquipiers dans le junior pendant plusieurs saisons, et c’est un gars pour qui j’ai toujours eu un grand respect. En terme de hockey, c’est un vrai. Il veut gagner. Il a été capitaine dans à peu près toutes les ligues et équipes qu’il a faites au cours de sa carrière. Je l’ai connu comme ça. Avec le Phœnix, au départ il était l’un des adjoints de Judes et ensuite, il a pris une pause, pendant un an ou deux. Il aidait Pat (Charbonneau, le DG de l’époque), il faisait du développement, un peu de recrutement », s’est rappelé Jocelyn Thibault.

« J’ai toujours eu le sentiment que ce gars-là ferait un excellent entraîneur-chef. Je l’avais même déjà dit à Gilles Courteau (commissaire de la LHJMQ), dans le passé; je voyais en lui tout ce que ça prenait pour ce rôle. Il a un caractère de leader et il a toujours été comme ça.

« Il a fait les deux premières semaines que je lui ai demandées, sans que moi et lui, on sache vraiment dans quoi on s’embarquait et pendant combien de temps on serait là tous les deux. De fil en aiguille, il a progressé comme entraîneur et il y a pris goût. Jamais je n’ai regretté ma décision », a affirmé Thibault.

Un risque calculé

L’ancien gardien de la LNH l’avoue; c’était un pari risqué. Il aurait pu prendre un vieux routier, un entraîneur d’expérience qui aurait stabilisé le navire. En attendant, peut-être.

Aussi, nommer un très bon ami à un poste aussi important peut, parfois, brouiller l’évaluation réelle du travail accompli, à l’heure des bilans.

Du tout, rétorque Thibault.

« C’était un risque calculé, plutôt, dans les circonstances. Stéphane était proche de l’organisation, et il savait ce dont on avait besoin. Il savait ce qui se passait, probablement encore plus que moi. Après notre première rencontre, on s’est regardé, on n’a pas eu besoin de parler tant que ça. On n’a pas eu besoin de s’écrire une lettre de quatre pages. On était sur la même longueur d’onde, sur ce qu’on devait apporter comme changements. »

Malgré tout son bon vouloir, Stéphane Julien ne put redresser complètement le navire, à sa première saison.

L’équipe est écartée des séries, après avoir cumulé une fiche de 26 victoires et 38 défaites.

« Je l’ai vu aller, ce n’était pas facile comme environnement, il y avait beaucoup de choses qui ne tournaient pas rond. C’est le genre d’entraîneur que j’aurais aimé avoir étant jeune. Il est quand même très exigeant avec les gars, mais il arrive à un bon équilibre entre la rigueur et être proche de ses joueurs. Quand l’entraîneur est exigeant, mais qu’il est juste et conséquent dans ses actions, il va chercher le respect de ses joueurs. Mon sentiment s’est confirmé, je suis content pour lui, tout le mérite lui revient », a dit Thibault.

« On n’a pas eu des années faciles, au début, mais ça fait trois ans qu’on progresse. On le voyait l’an passé, on avait une douzaine de gars de 16 et 17 ans et on a eu une très belle saison, avec plus de 10 matchs au-dessus de la barre de 0,500. 

On voyait que les choses s’en venaient, et c’est dommage que cette année, Stéphane n’ait pu récolter tout le succès qu’il mérite. »

« C’est un gros travaillant. Il arrive tôt le matin à l’aréna, tout est prêt, ses plans de matchs. C’est très rare de voir le Phœnix amorcer un match sans être fin prêt. Le plan est important, mais le plus important, c’est de le vendre aux jeunes. Tu peux arriver avec la meilleure stratégie, tu peux faire du tableau pendant 8 heures, si les gars n’embarquent pas, tu ne vas nulle part. »

Le dossier McDonald, un point pivot

Jocelyn Thibault a eu confirmation de son intuition dans le dossier Anderson Macdonald.

L’ancien choix de première ronde de l’équipe originaire des Maritimes avait été cloué sur le banc par Stéphane Julien pour un match disputé au Palais des Sports, contre Val d’Or.

Macdonald devait respecter une certaine limite de poids, en accord avec son entraîneur. Avec une demi-livre de trop sur la balance, Macdonald a été réprimandé.

Cette histoire avait fait beaucoup de bruit, en 2017.

« Ce dossier fut vraiment plate. On aurait voulu qu’il se règle autrement. Mais ça a été un dossier important pour Stéphane, mais aussi pour moi et l’organisation. Mais on avait des principes et on n’a jamais plié pour régler des situations à court terme. Jamais. On a toujours été rigoureux. Des fois, ça fait mal, il y a des combats que l’on perd, à court terme, mais que l’on gagne, à long terme. Stéphane a toujours été fidèle à ses convictions sur ce que ça prenait pour jouer à Sherbrooke, et jouer pour lui », a précisé Jocelyn Thibault.

Le contrat qui lie Stéphane Julien au Phœnix de Sherbrooke est encore valide pour la prochaine saison.

Une situation que le DG veut régler rapidement.

« Notre objectif en tant qu’organisation est d’avoir Stéphane avec nous pour longtemps et on travaille là-dessus présentement. On a déjà des discussions. On espère régler le tout avant l’été, je suis très très optimiste », a confirmé Jocelyn Thibault.