Jocelyn Thibault et Stéphane Julien veulent miser sur la stabilité du groupe, et non sur l'ajout d'un joueur ponctuel qui serait avec l'équipe le temps d'un soupir.

Phoenix : le concept d'équipe d'abord

CHRONIQUE / Le Phoenix créera un précédent mercredi, lors du repêchage des joueurs européens de la Ligue canadienne de hockey (LCH). Devant parler au cinquième échelon, le Phoenix passera son tour. Une première. Est-ce la bonne décision?
On le sait, le repêchage européen est une sorte de loterie. On peut tirer le numéro gagnant, mais les chances de récolter le gros lot, même avec un rang de sélection très intéressant, demeurent tout de même aléatoires.
Ce n'est jamais certain que le joueur sélectionné va se présenter. Les tractations avec l'agent du joueur, avec son club européen, les possibles conditions de libération, les sommes impliquées, sont autant d'enjeux qui complexifient ce repêchage.
Pourtant, il a été prouvé dans le passé que l'ajout d'un joueur européen dominant peut s'avérer la pièce manquante pour une équipe qui veut passer au prochain niveau.
Surtout lorsqu'on a la chance de parler dans le top 5.
On parle ici de la possibilité d'ajouter un « top gun », un joueur qui peut faire une différence immédiatement. Un attaquant qui sera de facto sur le top 6 offensif; un défenseur qui fera partie du top 4 à la ligne bleue.
Ajouter un euro de qualité - Nico Hischier, Mikhail Sergatchev, Vladimir Kuznetsov, Vitali Abramov, William Nylander, Leon Draisaitl - c'est aussi donner au public un joueur de très haute qualité. Ça peut devenir une carte d'affaires très intéressante pour le marketing de l'équipe.
On s'entend; les clubs qui repêchent dans le top 10-15 ont au préalable une entente avec le joueur visé.
À son retour au hockey junior, il y a déjà cinq ans, le Phoenix s'était vu décerner le premier choix au total lors de l'encan européen de la LCH.
Un choix que le directeur général de l'époque Patrick Charbonneau avait alors échangé aux Wildcats de Moncton. Les règles étaient différentes, à l'époque, et les équipes de la LCH pouvaient transiger leurs choix européens. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Il y a aussi, dorénavant, des montants fixés pour les transferts.
On s'en rappelle, le Phoenix avait alors obtenu le gardien de 17 ans Jack Flinn, deux choix de repêchage LHJMQ en 2012, et le premier choix de Moncton en 2013.
Vladislav Lysenko (37e) et Tomas Torok (61e) avaient alors été les choix européens du Phoenix, pour cette première année d'expansion.
Comme se plaisait à mentionner Charbonneau à l'époque : « lors du repêchage européen, on ne peut pas juste réclamer le meilleur joueur, il faut d'abord être certain qu'il viendra en Amérique », avait-il alors déclaré au collègue Pierre Turgeon.
Et avec le tout premier choix du repêchage européen de 2012, Moncton a choisi le Russe Ivan Barbashev. Ce dernier a joué trois ans à Moncton, avant d'être repêché au deuxième tour (33e) par les Blues de Saint-Louis en 2014. Pas mal.
Si c'est vrai que le repêchage européen est en quelque sorte une loterie, tu dois obligatoirement y jouer. Ça veut dire, et les exemples sont nombreux, que tu as une chance de remporter le gros lot.
Si tu ne joues pas, tu ne peux pas espérer gagner.
Dès son bilan de la dernière saison du Phoenix, exclu des séries, le directeur général Jocelyn Thibault avait déjà statué qu'il passerait son tour lorsque viendra son temps de parole, au cinquième rang de l'encan européen.
Et il a répété à mon collègue Jérôme Gaudreau début juin qu'il se sentait à l'aise avec les deux joueurs européens déjà avec l'équipe, soit le Russe Yaroslav Alexeyev (52 points en 60 matchs) et le Tchèque Marek Zachar (43 points en 57 matchs).
Le premier vient tout juste d'avoir 18 ans, alors que le deuxième jouera sur ses 19 ans la saison prochaine.
On ne se le cache pas, le Phoenix sera encore en transition la saison prochaine. Voilà pourquoi, j'imagine, Jocelyn Thibault veut miser sur la stabilité de son groupe, et non sur l'ajout d'un joueur ponctuel qui serait avec l'équipe le temps d'un soupir.
Quand même, l'occasion aurait été belle d'ajouter un joueur électrisant, qui aurait pu soulever la très patiente foule sherbrookoise, qui n'a eu que bien peu de feux d'artifice à se mettre sous les yeux depuis quelques saisons.
Peut-être que les contacts européens de Thibault et de son réseau ne lui laissaient que peu d'enthousiasme envers la venue d'un nouveau joueur européen; peut-être que le Phoenix avait donné sa parole aux agents d'Alexeyev et de Zachar qu'ils resteraient à Sherbrooke un minimum de deux ans. Promesse faite afin de bâtir des ponts solides avec lesdits agents pour le futur.
Je ne sais pas.
Au moins, le Phoenix a le mérite d'avoir un plan.
La stabilité proposée par le retour des deux Euros, que l'on espère voir progresser, jumelée à l'ajout du deuxième choix au total lors du dernier repêchage de la LHJMQ Samuel Poulin, et à la présence du gardien Evan Fitzpatrick et des défenseurs Luke Green et Thomas Grégoire et du capitaine Hugo Roy, on commence à voir la lumière au bout du tunnel.
Cette saison 2017-18 sera intéressante à suivre pour les amateurs de la LHJMQ, puisqu'il n'y aura probablement pas de « power houses », de grosses équipes identifiées gagnantes avant le début du calendrier régulier.
Le Phoenix pourrait espérer se faufiler.
Mais quand même.
Aucune équipe n'ayant un choix aussi élevé au repêchage européen n'a passé son tour auparavant. Aucune.
Se priver d'un joueur qui pourrait changer l'allure de l'équipe, et donc de la possibilité d'échanger l'un des deux Euros actuels pour obtenir au moins un choix en retour, me semble un pari également aussi élevé.
Sans compter que ce joueur aurait éventuellement une très forte valeur sur le marché pour les équipes dans la course, le cas échéant. On se souvient de Timo Meier, par exemple.
L'avenir nous dira si c'est le bon plan.