Philippe Boucher a causé une surprise en annonçant sa démission comme dg et entraîneur-chef des Remparts.

Philippe Boucher quitte les Remparts

Les Remparts de Québec n’ont plus d’entraîneur-chef ni de directeur général. «Après sept ans consacrés au hockey junior, il est temps pour moi de passer à autre chose», a laissé tomber Philippe Boucher, ému, au micro.

Huit jours entre le dernier match d’une équipe et le bilan de saison de ses dirigeants, déjà, c’était suspect. Quand, en se dirigeant vers la salle de conférence, on a entrevu le président du club assis dans la grande chaise du bureau de l’entraîneur-chef, un autre voyant rouge s’est allumé.

Puis tout ce monde à la conférence de presse, jusqu’à la mère de Boucher. Plus de doute, mercredi après-midi, les Remparts n’avaient pas convoqué les médias pour parler de l’urgence de trouver un premier centre ou du menu au Centre Vidéotron.

«Ça fait 27 ans que j’ai la pédale au plancher à faire du hockey. Dix-sept ans dans le pro [comme joueur], sept ans ici et je me suis impliqué dans le hockey mineur, sans jamais regarder en arrière», a affirmé l’homme de 45 ans, mettant un terme à ses cinq années à la barre des Remparts. L’ancien défenseur de la LNH avait d’abord été dg de l’Océanic de Rimouski, deux ans.

«J’ai le même sentiment aujourd’hui que j’ai eu quand j’ai pris ma retraite de joueur, a-t-il poursuivi. [À l’époque,] j’avais une offre sur la table que j’avais acceptée, puis je l’ai refusée parce que je m’embarquais à 90 % et je ne suis pas quelqu’un qui s’embarque à moitié. J’ai la réflexion chaque année, en fin de saison, et ça prend d’ordinaire une ou deux minutes. La semaine passée, elle a duré une journée, deux journées, trois journées...»

C’est mardi qu’il a annoncé sa décision finale à l’équipe et à ses proches. «Je ne m’embarque pas si je ne suis pas à 100 %. J’ai donné au hockey, j’ai donné au coaching. À juste faire ça, juste penser à ça. À passer des nuits blanches à bâtir un club», a indiqué Boucher, identifiant la difficulté au plan humain de retrancher ou d’échanger des joueurs comme l’un des principaux irritants.

Posé comme à son habitude, Boucher n’a pu retenir ses émotions quand il a été question de sa famille. Il a remercié tout le monde, mais le trémolo est venu à l’évocation de sa mère et de son fils Matthew, qui étaient sur place, puis de sa fille Vanessa et de la maman de ses enfants, Lucie.

Matthew vient de conclure trois campagnes dans l’uniforme des Remparts et sa carrière junior. Le départ du fils n’a pas provoqué celui du père, assure néanmoins Boucher. «Samedi, j’aurais aimé mieux être à Halifax [en deuxième ronde des séries], mais j’étais aux provinciaux [de basketball scolaire] avec ma fille qui était inconsolable. Et c’est ça que je veux faire.»

Pas de plan B

Justement, le fait d’avoir échoué en première ronde éliminatoire pour la troisième année de suite et pour une quatrième fois en cinq ans n’a pas influencé sa décision non plus, dit-il. Même si la débâcle de sa troupe en l’espace de quatre minutes dans le septième et ultime match de la série contre Charlottetown demeure son pire souvenir de son passage chez les Remparts. Le match sept, un autre, en grande finale de ligue il y a trois ans reste aussi un souvenir douloureux. «La Coupe du Président, on y a presque touché. Et ça va toujours faire mal», tranche-t-il.

Boucher ne part pas pour autre chose. Pas de plan B. Sans dire qu’il ne se dressera jamais plus derrière un banc, il n’est plus certain que le métier le passionne autant. 

«Si j’ai un appel dans un an, deux ans, on verra. Mais le hockey junior, c’est fini pour moi. Je n’ai rien d’autre, je ne m’en vais nulle part. Je m’en vais à Boston samedi voir les Bruins contre les Leafs, je vais en Floride dans deux semaines, je vais jouer au golf cet été. Et je vais venir voir jouer les Remparts la saison prochaine. C’est tout!» sourit-il.

«Mes amis de longue date me disent tous la même chose : “Phil, c’était bien plus l’fun quand tu jouais pro. Dans ce temps-là, on te voyait et là, on ne te voit plus!” Ils vont me voir», conclut celui qui résume en disant vouloir prendre du temps pour lui, sa famille et ses amis. Point.

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UN HOMME, DEUX JOBS

Qui sera le prochain entraîneur-chef des Remparts? Et le prochain directeur général? On en le sait pas encore. Mais «de préférence», Jacques Tanguay «cherche quelqu’un qui va occuper les deux emplois».

Philippe Boucher quitte le club junior majeur de Québec après cinq années de règne. Président de l’organisation, Tanguay prône la patience en vue de le remplacer. Ne pas brusquer les choses pour ne pas louper l’occasion parfaite, inattendue, qui pourrait survenir.

Il n’en fallait pas davantage pour que le nom de Patrick Roy resurgisse. À l’évocation de son ami et ancien entraîneur-chef, directeur général et copropriétaire de l’équipe, Tanguay n’a pu que s’esclaffer. «La dernière fois que j’ai parlé à Patrick, je lui ai demandé comment allait son golf et il m’a répondu : “Très bien! ”»

«Je ne pense pas que Patrick s’ennuie, il ne m’a jamais laissé entendre qu’il s’ennuyait, en Floride. Je ne pense pas qu’il regrette sa décision d’aller là-bas pour jouer au golf. Je ne peux pas dire qu’il ne changera jamais d’orientation, mais en ce moment, il semble très heureux de ce qu’il fait», assure Tanguay.

N’empêche que celui qui deviendra le cinquième pilote de la nouvelle ère des Remparts aura de grands souliers à chausser, après Guy Chouinard, Éric Lavigne, Roy et Boucher. Ce dernier a d’ailleurs procédé à la reconstruction post-Coupe Memorial 2015 au fil des dernières saisons et les attentes redeviendront vite élevées.

Tanguay tenait d’ailleurs à souligner que la récente saison régulière de 40 victoires en 68 matchs réguliers avait été «à la hauteur de mes attentes, ni plus bas ni plus haut». Il en va toutefois autrement de sa fin abrupte dès la première ronde éliminatoire.

«Je continue de croire qu’on avait une meilleure équipe que Charlottetown, mais ils ont joué du hockey différent que nous avec peut-être un peu plus de chien. J’ai vu des joueurs l’autre bord qui ont élevé leur jeu d’un cran et qui ont joué avec intensité. Ça, c’est une leçon pour nos joueurs», affirme Tanguay.

Coach dévoué

Le repêchage se tient le 2 juin, à Shawinigan. Le président assure que le recruteur en chef, Christian Vermette, a déjà tout préparé.

Quant aux entraîneurs adjoints Benoît Desrosiers, Marc Fortier et Ghyslain Rousseau, qui s’occupe des gardiens, Tanguay précise qu’ils sont toujours sous contrat avec les Remparts et qu’il les rencontrera de façon individuelle dans les prochaines semaines. «Mais dans le domaine du hockey, le nouvel instructeur, c’est lui qui décide de ses assistants», constate-il, comme quoi ce dossier sera aussi à suivre.

Pour remplacer Boucher, faudra autant de dévotion, aux dires du patron. «Philippe n’a pas juste fait un travail de coach et de directeur général, c’était aussi un travail d’enseignant et de père de famille. Il a 24 joueurs qui jouent pour lui avec des caractères différents, avec des objectifs différents. Il a relevé ce défi de façon formidable durant les cinq années. Ça passe trop vite», a terminé Tanguay, disant ne pas avoir tenté de retenir inutilement son ami Boucher.

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SYRACUSE? NON MERCI!

À pareille date l’an dernier, Philippe Boucher s’était vu offrir un poste d’entraîneur adjoint dans la Ligue américaine, aux côtés de Benoît Groulx. À la lumière de sa démission, certains étaient prompts à expédier Boucher derrière le banc du Crunch de Syracuse. «J’ai beaucoup de respect pour Benoît et on reste en contact, mais la réponse serait encore non», tranche l’ex-patron du volet hockey des Remparts. «Et ç’a fait partie de ma réflexion. Si ça ne m’intéresse pas d’aller coacher à un niveau plus élevé, pourquoi je continue à faire ça?»

Il se dit curieux d’une carrière dans les médias, mais assure n’avoir aucune offre de ce côté non plus. Pour la suite, dans un aréna, un studio ou ailleurs, il compte simplement «laisser le temps faire les choses. À Rimouski, je n’avais pas envoyé de C.V. et à Québec non plus. J’ai l’impression qu’à un moment donné, quelqu’un va m’appeler», croit Boucher.

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BEAUSOLEIL SURPRIS ET PEINÉ

«Je suis très surpris et peiné», a réagi Serge Beausoleil à l’annonce de la démission de Philippe Boucher. «C’est un ami, un gars de hockey extraordinaire. Il va nous manquer.» Lorsque Boucher avait été nommé directeur général à Rimouski en 2011, il avait engagé Beausoleil. «Quand il a quitté pour Québec, je suis devenu l’entraîneur-chef et le directeur général de l’Océanic. Je vais toujours lui en être reconnaissant. Je ne me cache jamais pour le dire, même aujourd’hui. C’est vraiment lui qui m’a donné la chance de diriger dans le hockey junior pour la première fois. On a travaillé ensemble pendant deux ans. Ce fut deux années formidables.»

Beausoleil voit très bien Boucher dans l’univers du hockey professionnel. «C’est un gars de hockey qui a un potentiel professionnel. Après ça, c’est une question de timing, d’opportunités et de contacts.»  Johanne Fournier (collaboration spéciale)