Passage bloqué

Grâce au soleil, dont l'ardeur est accentuée par le bitume, nos rues retrouvent peu à peu leur pleine largeur. Dans le bois, c'est une autre histoire.
« Cet hiver, comme lors des précédents, nous avions une harde d'une douzaine de chevreuils qui venaient manger derrière la maison.
Ils y étaient encore samedi soir, mais depuis la tempête, plus rien. Qu'arrive-t-il selon vous », me demande un lecteur de l'arrondissement du Mont-Bellevue.
C'est l'effet pervers des oeuvres de bienfaisance. Les cerfs restent collés aux mangeoires jusqu'au jour où la nature les oblige à passer au plan B.
« Ils ne sont sûrement pas très loin et probablement hors de danger. On peut imaginer que leur passage habituel est bloqué en raison de l'épaisseur de la neige. Alors, ils limitent leurs déplacements », estime le biologiste Éric Jaccard.
Sans intervention humaine, les cerfs se regroupent dans des aires de confinement sous des couverts résineux. Mettant leurs efforts en commun, ils se développent un réseau de sentiers pour accéder à la nourriture.
Il arrive que certains petits groupes se retrouvent isolés, dans des milieux moins favorables à leur survie, éloignés à la fois de la main humaine leur facilitant normalement l'existence durant l'hiver et du reste de la gang. Ceux-là peuvent se placer en situation de vulnérabilité.
« Nous comprenons le plaisir que les gens éprouvent à nourrir les chevreuils. Malgré toutes les petites attentions qu'ils peuvent leur porter, c'est généralement plus néfaste qu'utile », poursuit M. Jaccard.
Dans son courriel, le lecteur m'indique investir entre 700 et 1000 $ par année pour nourrir les cerfs du voisinage. « De la moulée génisse 14 % et du maïs en grains durant l'hiver », précise-t-il comme souci de qualité.
« Les cerfs ne sont pas des ruminants comme le bétail domestique. Leur régime alimentaire est diversifié. Si certaines protéines sont trop concentrées, cela peut leur causer d'autres carences. Les cerfs ont l'habitude de privation de nourriture durant l'hiver et leurs réserves de graisse assurent leur survie ».
Le geste contrevient à la réglementation de la Ville de Sherbrooke interdisant le nourrissage d'animaux sauvages.
« C'est tellement beau de voir toutes ces mamans rondes, sur le point de mettre bas. Elles et leur progéniture sont-ils en danger », s'inquiète leur parrain.
« Il leur reste plus d'un mois pour mener leur grossesse à terme normalement. C'est une fin de saison éprouvante pour les cerfs, mais le début de l'hiver ne les avait pas trop hypothéqués. Nous suivrons l'indice de rigueur hivernal jusqu'au mois de mai. Après la période de dégel et de fonte, nous pourrons mieux nous prononcer », précise le biologiste responsable de la grande faune en Estrie.
La photo d'une femelle ayant mis bas prématurément le 26 mars dans l'État de New York a circulé.
« Cela impliquait un accouplement aussi précoce qu'en septembre. Même si le climat est un peu moins rigoureux dans ce secteur qu'ici, les deux faons n'ont pas survécu. C'était un cas très particulier dont l'issue était malheureusement prévisible », raconte M. Jaccard.
Rendez-vous à Windsor
L'équipe Chassomaniak, avec en tête les deux passionnés que sont François Carrier et Steve Migneault, vous attend pour une projection de films de chasse et pêche ce soir à 19 h à la salle des Chevaliers de Colomb à Windsor. Les billets en prévente à 20 $ à la boutique Pronature de Windsor coûteront 25 $ à l'entrée.