Onde de choc au football québécois

Si la problématique a été exposée publiquement depuis quelques années chez les professionnels tant au football qu'au hockey, l'épidémie des commotions cérébrales, notamment au football scolaire, a été étalée au grand jour lors d'un reportage de l'émission d'affaires publiques Enquête de la SRC, jeudi soir. Et l'onde de choc provoquée sur la petite planète du football québécois se fait déjà sentir.
Les données colligées par Enquête ont de quoi inquiéter tous les parents, entraîneurs et joueurs qui évoluent au football scolaire aux quatre coins de la province. Des experts ont défilé pour mentionner que le Québec était 10 ans en retard sur la gestion des commotions cérébrales. Des jeunes joueurs ont témoigné des effets des commotions, sur leur état de santé et sur les études.
Et le principal problème exposé dans le reportage est la détection d'une commotion cérébrale, tout comme le signalement et le respect d'un protocole de retour au jeu adéquat.
Enquête a analysé les mesures prises par les écoles ayant des programmes de football, notamment en division 1 et 1 b, le plus haut niveau du football scolaire québécois, en matière de détection et d'intervention dans les cas de commotions cérébrales. Et parmi les 30 équipes sondées, le Séminaire de Sherbrooke et l'école secondaire le Triolet figuraient parmi les six écoles qui semblaient adéquatement outillées pour détecter les commotions et agir auprès des jeunes ayant subi une commotion.
Les statistiques compilées par Enquête révèlent que six joueurs ont subi une commotion chez les Harfangs en 2012 et huit en 2013. Chez les Barons, aucun joueur n'aurait eu de commotion en 2012 et trois en 2013.
Le portrait est loin d'être aussi reluisant dans les autres écoles sondées. À titre comparatif, 12 joueurs du Collège Jean-Eudes auraient eu une commotion, en 2013.
Une problématique d'encadrement qui relève d'abord et avant tout d'un manque de financement adéquat, admet Olivier Audet, directeur général du RSEQ Estrie.
Il est à noter que le football scolaire est géré par le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), mais que les questions de sécurité et des suivis échéants relèvent de Football Québec, précise M. Audet.
« J'ai surtout été surpris par le nombre élevé de commotions cérébrales subies par les jeunes. Malheureusement, on n'a pas un suivi efficace et on n'a pas ce genre de données en notre possession. C'est évidemment une préoccupation, mais je crois que l'équipe de journalistes d'Enquête avait plus de moyens que nous pour les répertorier. J'ai été impressionné par le reportage qui met en lumière une problématique qui nous préoccupe et ce, depuis quelques années. En même temps, il a clairement exposé le manque de ressources, humaines ou matérielles, des organismes qui gèrent le football », a continué M. Audet.
Jean-Charles Meffe, directeur général de Football Québec, a admis ne pas connaître le chiffre exact du nombre de commotions subies par les jeunes joueurs de football.
Il a même ajouté que : « On est content de ne pas recevoir (les rapports de signalement). Je te dis, on est deux dans cette fédération. Si on est inondé de ça, on va le prendre et puis on va le mettre sur une tablette... », a-t-il lancé, une déclaration fortement décriée sur les médias sociaux, après la diffusion du reportage.
Malgré cette onde de choc, le RSEQ Estrie avait déjà pris des mesures pour tenailler le problème, dit M. Audet.
« Dès l'automne dernier, on a statué que les jeunes de sixième année ne pourront désormais plus évoluer chez les benjamins, catégorie plutôt réservée aux jeunes de secondaire I et II. Voilà une mesure propre à notre région qui représente un pas dans la bonne direction. De plus, on ne ferme pas la porte à l'abolition du contact chez les benjamins. Maintenant, avec la diffusion de ce reportage, on n'écarte pas la possibilité de créer un groupe de discussion régional sur le sujet. »
Il est à prévoir qu'institutions scolaires, entraîneurs, éducateurs et gestionnaires du RSEQ et de Football Québec seront inondés de questions provenant de parents inquiets, au cours des prochains jours.
Si le reportage de la SRC a mis les commotions cérébrales sur la sellette au football scolaire, il faut dorénavant travailler sur des solutions, dit M. Audet.
« Et cela doit passer par une concertation des ressources; j'entendais une neuropsychologue sherbrookoise confirmer cette semaine que les commotions cérébrales chez les jeunes joueurs de football étaient en hausse; alors comment se fait-il qu'elle ne soit jamais débarquée dans nos bureaux pour nous en informer? Il va falloir une meilleure communication avec la communauté médicale, on doit nettement mieux travailler avec eux. »