Pendant 45 ans Sylvain Goyette a chéri son emploi de surveillant des étudiants et contrôleur des absences à l’école secondaire La Ruche de Magog. En parallèle et toujours à La Ruche, Goyette a dirigé des équipes de basketball pendant une quarantaine d’années, ce qui lui déjà valu le surnom de monsieur Basket à Magog.
Pendant 45 ans Sylvain Goyette a chéri son emploi de surveillant des étudiants et contrôleur des absences à l’école secondaire La Ruche de Magog. En parallèle et toujours à La Ruche, Goyette a dirigé des équipes de basketball pendant une quarantaine d’années, ce qui lui déjà valu le surnom de monsieur Basket à Magog.

Monsieur Basket prend sa retraite

Pendant 45 ans Sylvain Goyette a chéri son emploi de surveillant des étudiants et contrôleur des absences à l’école secondaire La Ruche de Magog. En parallèle et toujours à La Ruche, Goyette a dirigé des équipes de basketball pendant une quarantaine d’années, ce qui lui déjà valu le surnom de monsieur Basket à Magog. Or, à compter de la prochaine année scolaire, il ne restera plus que le basketball pour l’attirer à La Ruche car celui que plusieurs considèrent comme une légende vivante à cette institution scolaire a décidé que l’heure de la retraite avait sonné.

Avec la pandémie de la COVID-19 qui a forcé la fermeture des écoles secondaires, Sylvain Goyette aurait préféré une sortie différente, mais ne comptez pas sur lui pour s’en plaindre. 

« J’aurais aimé me retrouver au beau milieu de l’action pour mon dernier jour de travail. Vivre mon dernier jour au travail comme tous les autres. Mais bon, il y a pire que ça dans la vie. J’ai l’habitude de voir le bon côté des choses. Comme me l’a mentionné ma conjointe, dans le fond j’ai bénéficié d’une pré-retraite avec la pandémie pour me préparer à ma retraite. »

Le personnel enseignant et les étudiants devront donc s’habituer à ne plus voir Sylvain Goyette arpenter les corridors de La Ruche, la place publique, etc. 

« Je pourrais me promener dans tout l’établissement les yeux fermés. Mais ce ne sont pas les lieux physiques qui vont me manquer. Je vais surtout m’ennuyer de ce contact quotidien avec les adolescents, les professeurs, la direction et les autres membres du personnel. L’être humain est une belle invention, blague-t-il. J’ai tout vu en voyant grandir ces adolescents que je me suis toujours refusé à juger. Les écouter, comprendre leur réalité, a fait de moi un homme d’une immense richesse intérieure. »

Omniprésent dans la vie étudiante depuis plus de quatre décennies à la même adresse, Sylvain Goyette s’est souvent fait demander, surtout en début d’année scolaire, quelle matière il enseignait. 

« Je ne suis pas professeur, que je leur répondais en ajoutant que s’ils avaient besoin d’une preuve, je pourrais toujours sortir mon talon de paye ou encore mes bulletins de mes dernières années au secondaire. Je ne brillais pas nécessairement sur les bancs d’école », se remémore-t-il avec son sens de l’humour qui ne l’a jamais abandonné.

Trois générations

Sylvain Goyette peut se vanter d’avoir fréquenté presque trois générations d’étudiants au fil du temps. 

« En toute humilité, cela me faisait un petit velours d’entendre des parents dire à leur progéniture qu’ils m’avaient connu eux aussi du temps qu’eux-mêmes étudiaient à La Ruche et que j’étais une bonne référence pour leur enfant s’ils avaient des problèmes. Au basketball, je ne sais pas combien de fois j’ai entendu dire par mes joueurs et joueuses tu as coaché mon père ou mère. Et moi d’ajouter qu’ils étaient pas mal meilleurs que leurs parents. »

Le tissu social ayant connu passablement de bouleversements depuis la fin des années 1970, Sylvain Goyette a dû s’ajuster tout en restant lui-même, c’est-à-dire respectueux. 

« Tout passe par le respect de l’autre. Il y a 40 ans, un adolescent avait un père et une mère. Ça s’est multiplié, puis sont venus les beaux-pères, les belles-mères, sans oublier le travailleur social, l’avocat de la famille. Je dois avoir obtenu un bac en psychologie sur le terrain », de s’esclaffer Goyette.

Celui-ci a toujours été conscient qu’il était souvent le premier contact avec les jeunes lorsqu’ils arrivaient à l’école le matin. 

« Personne ne m’a vu avec un visage triste. J’ai toujours fait en sorte que les ados aient un accueil positif, agréable pour partir leur journée », précise-t-il.

À savoir s’il a déjà eu ses préférés, Sylvain Goyette soutient que c’était l’erreur à éviter. Il a quand même son petit secret. « Je me suis pas mal attaché aux jeunes trisomiques 21 qui ont leur place bien à eux à La Ruche. Ils sont tellement charmants et j’ai toujours pris le temps d’échanger avec eux. Je félicite les autorités de les garder avec la clientèle régulière. »

Tristes souvenirs

Le visage de Sylvain Goyette s’assombrit lorsqu’il fait référence à quelques incidents malheureux qui l’ont bouleversé. « Ça donne un coup quand tu apprends qu’un jeune que tu as vu quelques jours plus tôt vient de s’enlever la vie. Même chose quand c’est un autre étudiant ou étudiante qui a fait une tentative de suicide. Je me disais à ce moment-là, est-ce que j’aurais pu apercevoir des signes annonciateurs de ce qui s’en venait? Tout le monde est ébranlé quand cela survient. Heureusement, cela ne s’est pas produit trop souvent », déclare celui qui était d’ailleurs en première ligne pour intervenir dans les problèmes de toxicomanie des adolescents.

« Avant la police, c’est l’école qui a un œil sur tout ce qui se passe à l’intérieur de ses murs. J’étais les yeux de l’école, pas pour les prendre en défaut et les dénoncer, mais pour leur propre protection. Évidemment, j’ai développé une belle complicité avec notre corps policier qui a toujours eu une approche exemplaire avec les jeunes à l’école », fait valoir Goyette.

A-t-il senti qu’il avait fait une différence pour plusieurs étudiants de La Ruche? « Je ne l’ai jamais cru jusqu’à cette semaine. Les réseaux sociaux se sont enflammés quand j’ai annoncé ma retraite. J’ai été inondé de témoignages du genre une chance que tu étais là ou encore merci pour ta belle écoute. Ce fut spécial de lire tous ces témoignages. Finalement, j’en déduis que j’ai exercé une influence positive pour plusieurs centaines d’élèves au fil des années. Ça fait chaud au cœur tout de même. »

Basketball

Le basketball tient une place importante dans la vie de Goyette. Son association avec son sport de prédilection n’est pas près de s’éteindre. 

« Je vais y aller une année à la fois. Je ne suis pas un gars de chiffres. Ne me demandez pas ma fiche depuis que je dirige. Pas plus pour le nombre de jeunes que j’ai dirigés. Si je fais un calcul rapide, ça doit être entre 600 et 700, dont mes enfants Simon et Catherine. Pauvres eux!, confie-t-il sur un ton moqueur. J’ai toujours été là pour le développement du sport, faire des étudiants qu’on me confiait des meilleures personnes et ensuite de meilleurs athlètes. Une vie sans sport, c’est moche. C’est mon opinion. Alors, aussi bien faire en sorte qu’ils apprennent et qu’ils s’amusent. Cela a toujours été ma philosophie. On m’a déjà reproché de ne pas coacher pour gagner. Cela ne m’a jamais fait reculer dans mon approche. »

Celui-ci dirige aussi en compagnie de sa conjointe Sylvie Côté depuis quelques années. « Elle connaît son affaire, insiste Sylvain Goyette. Je l’ai déjà vue changer l’allure d’un match par son analyse du jeu qui se déroulait devant elle et ses décisions. Sylvie est aussi très appréciée des adolescents. »

À ses heures, Sylvain Goyette agit également comme arbitre dans son sport. 

Il y a donc des adolescents qui seront heureux d’apprendre que monsieur Basket sera encore à leurs côtés lors de la prochaine année scolaire. À La Ruche, il y a fort à parier qu’il sera accueilli à bras ouverts.