Trois patineurs Sherbrookois qui se sont illustrés sur la scène internationale : à gauche, Jean-René Bélanger, en longue piste, à droite, Mathieu Turcotte en courte piste, et au centre, une toute jeune Kim Boutin, qui allait joindre l’élite mondiale quelques années plus tard.

Mathieu Turcotte chausse les champions

« Kim est une grande athlète. Son calme, sa force, son assurance, c’est une personne vraiment inspirante. Toujours souriante. Je suis extrêmement fier de ce qu’elle a réussi à PyeongChang. »

Malgré l’entrevue téléphonique avec La Tribune qui durera près d’une demi-heure, l’ancien olympien Mathieu Turcotte n’a pas cessé de travailler pour autant.

En bruit de fond, on pouvait entendre le Sherbrookois s’activer dans son atelier montréalais, à confectionner les patins qui sont chaussés par plus d’un champion olympique en patinage courte piste, mais aussi longue piste.

Dont Kim Boutin.

Depuis qu’il a cessé sa carrière d’athlète, Mathieu Turcotte n’est pas demeuré très loin de la surface glacée. Il est le fondateur de la compagnie APEX, qui se spécialise dans la confection et la fabrication de bottes de patin pour le patinage courte piste et longue piste.

Une aventure amorcée en 2001.

« Attends que je regarde dans mes livres… J’ai fabriqué la première paire de patin de Kim en 2009; ensuite je lui en ai livré une autre en 2012 et la plus récente, celle qu’elle porte à PyeongChang, date de 2017 », indique-t-il, en précisant que c’est lui également qui a conçu les patins portés par l’autre Sherbrookois présent à PyeongChang, Alex Boisvert-Lacroix.

« Je chausse environ 30 % des athlètes olympiques en courte piste. Le marché du longue piste est plutôt nouveau pour moi, mais qui s’ouvre rapidement. Ça me motive. »

Outre Boisvert-Lacroix, Alex St-Jean, Ivanie Blondin, Isabelle Wiedeman, en longue piste, portent des APEX.

Médaillé d’or au relais 5000 m et médaillé de bronze sur 1000 m aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002, en plus de remporter la médaille d’argent au relais 5000 m à Turin, en 2006, Mathieu Turcotte a suivi les Olympiques avec attention.

Et cette toute jeune Kim Boutin qu’il a rencontré il y a longtemps, alors qu’elle donnait ses premiers coups de patin avec le Club de patinage de vitesse de Sherbrooke (CPVS), lui a procuré de grandes sensations jusqu’ici.

« J’étais déjà au Centre national à Montréal lorsqu’elle a commencé à patiner. On a appris à mieux se connaître lorsqu’elle a gravi les échelons des différentes équipes canadiennes. »

« On s’est levé très tôt tous les jours pour suivre les Olympiques et ça en a valu la peine. Remporter trois médailles individuelles, c’est historique. Kim a toujours été très forte, à mon avis. Je m’attendais à la voir très bien faire aux Jeux. On a vu sa progression et sa force lors des compétitions des sélections canadiennes et ensuite, lors des compétitions pré-olympiques », a-t-il analysé.

« Regarder les Olympiques me rappelle toujours de bons souvenirs, mais pas de la nostalgie. Ça, c’est ce qu’on ressent lors des Jeux qui se déroulent après notre retraite et qu’on pense qu’on est encore capable de le faire! »

« Je vois les patineurs aller, et je sais ce qu’ils vivent, les moments de joie, et de peine. Je ressens beaucoup de fierté pour tous ces athlètes. La seule différence, c’est que je suis maintenant beaucoup moins nerveux quand je regarde les Jeux! »

APEX, un joueur mondial incontournable

Mathieu Turcotte ne compte plus les médailles récoltées par les patineurs et patineuses qui chaussent ses produits. À PyeoncChang, jusqu’à présent, il en a dénombré huit, et les Jeux ne sont pas encore terminés.

« On est cinq employés dans cette aventure, moi inclus. On produit environ 400 paires de patin chaque année, des patins fabriqués sur mesure. On a besoin d’environ une trentaine d’heures pour réaliser chaque paire. Dans la mesure du possible, j’apprends à connaître les clients afin de m’assurer de maîtriser les détails qui sont importants pour eux. »

Outre les patineurs canadiens, Mathieu Turcotte et APEX chaussent des patineurs d’Italie, de Hongrie, de Pologne, de Chine, du Kazakhstan, des États-Unis.

« Il y a cinq gros joueurs dans ce domaine au monde et sans fausse modestie, je crois être le deuxième en importance. »

Jeudi, le patineur chinois Dajing Wu a fracassé le record mondial deux fois sur 500 m chaussé de patins APEX. Idem pour trois des quatre patineurs chinois qui ont terminé deuxième au relais masculin sur 5000 m.

« J’adore ce que je fais, ça me rend très fier de participer un petit peu aux succès des athlètes. C’est comme un travail d’entraîneur qui peaufine la préparation de ses athlètes. Il faut prendre le temps afin que le patin soit parfait. »

Avec une botte flexible moulée personnalisée, chaussée d’une lame de 1,1 millimètre coupante comme un rasoir, la confiance que le patineur a en ses patins joue pour beaucoup.

« C’est un travail de conception très minutieux. J’adore ça », explique-t-il en poursuivant son travail.

« J’ai hâte de féliciter Alex et Kim en personne et de les serrer dans mes bras. On a aussi la chance d’avoir les championnats du monde à Montréal, à la mi-mars, à l’aréna Maurice-Richard, tout près de mon atelier. »