Le directeur des sports de l’Université Bishop’s, Matt McBrine.

Maritimes : le bon choix pour les Gaiters

SHERBROOKE — Les Gaiters de l’Université Bishop’s ont maintenant complété deux saisons dans la conférence des Maritimes, depuis leur transfert de la conférence du Québec. Si le bilan est bien mince sur le terrain — seulement une victoire en deux ans — le directeur des sports de l’Université anglophone Matt McBrine cautionne non seulement la décision prise par Bishop’s il y a deux ans, mais il est très optimiste à propos de l’avenir. La Tribune s’est entretenue avec lui afin de revenir non seulement sur le processus décisionnel menant à ce transfert, mais aussi sur les nouveaux horizons et défis qui attendent le programme de football des Mauves.

Les discussions en coulisses ont été nombreuses, et souvent déchirantes.

Mais Bishop’s n’avait plus le choix ; devant la difficulté de présenter une formation qui pouvait rivaliser adéquatement avec ses rivales du Québec, non seulement sur le terrain, mais au chapitre des investissements nécessaires, les Gaiters ont décidé de quitter le RSEQ et de joindre la conférence des Maritimes.

De 2010 à 2016, les Gaiters montrent une fiche de 17-42 et seulement deux saisons de plus de ,500.

Ils n’ont gagné que trois matchs à leurs trois dernières saisons au Québec ; chaque fois contre une équipe des Maritimes.

« Cette décision a été difficile à prendre. On y a réfléchi pendant au moins deux ans avant de passer à l’action. On a eu beaucoup de réunions, on a jasé avec nos gens, avec nos diplômés et à la fin de la journée, on a pris la meilleure des décisions pour notre équipe de football », a-t-il indiqué en entrevue à La Tribune.

« On voulait mettre celle-ci dans une situation où elle pourrait être compétitive, c’était notre priorité. Ensuite, on voulait une conférence formée d’équipes dont les valeurs nous rejoignaient, et c’est le cas des quatre universités qui forment la Maple League. »

L’Université St-Mary’s, l’Université Acadia et l’Université St-Francis-Xavier, situées en Nouvelle-Écosse, de même que l’Université Mount Allison, ont accueilli Bishop’s à bras ouverts, dit Matt McBrine.

« On a sensiblement les mêmes budgets pour nos équipes sportives, les mêmes standards d’admission, le même nombre d’entraîneurs à temps plein avec des salaires équivalents. On est tous dans le même bateau. »

Certains partisans croyaient que l’arrivée des Gaiters dans les Maritimes se concrétiserait par des succès presque instantanés.

Il y a certes une période de transition à passer ; et cette dernière ne se fait pas sans heurts.

« Quand on a amorcé le processus, on a commencé par trouver un entraîneur-chef qui pouvait guider nos jeunes sur le terrain et en dehors selon ces valeurs, et c’est ce qu’on a trouvé avec Chérif Nicolas. L’ajout de Fabrice Raymond et de Justin Chapdelaine s’inscrit aussi dans cette volonté », poursuit M. Mcbrine.

« Quant aux victoires sur le terrain, ça va venir. On s’est donné plus ou moins trois ans dans notre plan stratégique pour montrer des résultats concrets sur le terrain. Je crois qu’avec le recrutement qu’on connaît, les gens vont voir un meilleur produit sur le terrain dès l’an prochain. »

« On s’attendait à vivre de l’adversité, au début. Notre coach a été engagé en janvier, et il a hérité d’une équipe qui pendant 10 ans, n’a pas été en mesure de compétitionner et qui piquait du nez. »

« Quand Chérif est arrivé, le recrutement au Québec était terminé. On a ajouté 14 ou 15 joueurs provenant de l’Ontario et on a essayé d’avoir une équipe pour jouer, littéralement. À sa deuxième année de recrutement, Chérif a amené 25 joueurs et on a vu tous ces jeunes jouer cette année. On savait que le processus serait long. »

« Ça va prendre du temps pour que les gens voient et croient qu’on a la bonne solution, qu’on a les bonnes personnes en place pour réaliser nos objectifs et être compétitifs, que notre programme peut être viable. Ainsi, on doit commencer à gagner un peu, afin de prouver qu’après deux ou trois ans, notre transfert est payant. »

Certains amateurs croient que les Maritimes offrent du football de moindre calibre, mais il n’y a rien de plus faux, dit Matt McBrine.

« Trop souvent les gens sous-estiment la qualité de football dans la AUS (Atlantic university sports) ; il ne faut pas faire l’erreur de comparer uniquement avec le football du Québec, c’est une mauvaise comparaison. Il y a plus de 20 autres programmes de football au Canada et environ une dizaine de clubs qui sont dans des marchés comme le nôtre. »

« Mais, contrairement aux professionnels, il n’y a pas de mesures en place, au football universitaire, afin d’aider les plus petits marchés à être compétitifs ; tu peux avoir le nombre de coachs que tu veux, les plus belles installations, tu peux faire ton camp d’entraînement en Floride, il n’y a pas vraiment de règles. On a 2500 étudiants ici alors qu’à Québec ça peut aller de 24 000 à 45 000 ; Québec a plus d’étudiants à temps partiel que nous à temps plein ! À Montréal, on parle de 40 000 à temps plein et 20 000 à temps partiel. C’est plus paritaire pour nous dans les Maritimes », argue-t-il.

Une question de budget, aussi et surtout

Outre l’aspect compétitif, l’aspect financier fut également un point important dans le processus décisionnel.

« À l’époque de notre décision, notre budget était de 350 000 $ ; le programme le plus près de nous à ce niveau, c’était Sherbrooke, à environ 750 000 $. McGill et Concordia, c’est un peu plus que ça. Quant à Montréal et Québec, c’est plus, beaucoup plus. Alors qu’est-ce qu’on fait? On tente de se rapprocher en ajoutant 500 000 $ au budget? Non. Tu ne peux pas gagner cette bataille, on n’aurait pas pu survivre longtemps », se désole M. McBrine.

« Pour évoluer dans les Maritimes, ça nous coûte 200 000 $ pour les quatre voyages en avion, ce qui porte notre budget à plus ou moins 550 000 $ par année et c’est encore moins que le budget le plus près de nous, au Québec. Dans les Maritimes, tous les programmes ont sensiblement le même budget, dans une fourchette variant de 350 000 $ à 550 000 $. »

« On continue de se transformer et on doit transformer la perception des joueurs québécois à notre égard ; on évolue dans les Maritimes, maintenant, plus dans le RSEQ. On met beaucoup d’efforts pour convaincre des gars du Québec, comme Charles Aubry, un quart-arrière qui arrive d’un programme en division 1 du football collégial. On a recruté six joueurs de division 1, jusqu’à présent. Ça peut donc être une belle expérience de jouer ici plutôt que rester sur le banc ou de ne jamais pouvoir gagner contre Montréal ou Québec. Pour Sherbrooke, par exemple, se rendre à la Coupe Vanier signifie de gagner trois fois contre Québec pendant la même année. Oublie ça. »

Un classement national à deux divisions?

L’idée de créer deux divisions au niveau national revient souvent sur le tapis lorsqu’il est question de parité au football universitaire québécois et canadien.

Ainsi, les programmes ayant des budgets plus importants pourraient lutter entre eux, et ceux qui ont des moyens, disons, moins importants, feraient de mêm en division 2.

« Un calendrier à deux divisions? Je suis pour et contre. Il faudrait, si ça arrive, qu’on applique les mêmes règles à tout le monde, et ça n’arrivera pas. On a quitté le Québec, car on ne voulait pas jouer à ce jeu-là ; si Montréal et Québec continuent à prétendre que si on ne peut pas rivaliser avec eux, on ne devrait pas avoir de programme de football, tant pis. S’ils peuvent se déplacer et aller jouer McMaster, Calgary, allez-y. S’ils peuvent se payer un camp d’entraînement en Floride, j’imagine qu’ils ont les moyens pour voyager jusqu’à Calgary. »

« Nous, on s’offre ce qu’on peut se payer, soit 200 000 $ pour aller jouer quatre fois dans les Maritimes ; et tout cet argent vient des anciens élèves, c’est de la philanthropie. Ce n’est pas Bishop’s qui paye. On a les sous pour trois ans, et on a connu beaucoup de succès dans nos récentes campagnes de financement, dont le fonds Bruce Coulter, qui est en excellente santé. »

« On parle de jeunes étudiants, seulement 1 % va jouer chez les pros. Le but, c’est l’expérience qu’on leur offre de jouer au football dans l’espoir qu’ils graduent et aient un diplôme. Pas d’en faire des joueurs pros. C’est notre responsabilité en tant que leaders et administrateurs de s’assurer que l’expérience de football soit paritaire ; personne n’a de plaisir quand ça finit 70-3, ou 100 à 0, ou 50 à 5. Ce n’est pas bon pour personne. Les jeunes n’apprennent pas dans ces situations et ça ne mousse pas nos valeurs. »

« C’est ce qu’on retrouve dans les Maritimes ; quand on a quitté Mount Allison après notre premier voyage là-bas, le principal de l’Université était à côté de l’autobus à serrer les mains des joueurs et à nous souhaiter une bonne fin de saison et bon voyage de retour. Les fans encouragent même l’adversaire après les matchs, les directions des deux universités en question regardent le match ensemble. »

« À Québec, on se fait lancer de la bière sur la tête, parce qu’on est une école anglophone. Ce n’est pas ce que le sport universitaire doit être. »

« Les différents programmes universitaires au Québec seront un jour ou l’autre confrontés à ce dilemme aussi ; est-ce qu’on continue à dépenser autant d’argent pour compétitionner dans cet environnement? Est-ce bon pour nous? Est-ce bon pour les jeunes? Je crois que la réponse est non. Combien de temps vont-elles continuer à dépenser avant de réaliser? Elles (McGill, Concordia et Sherbrooke) ne sont peut-être pas encore rendues là, présentement, je crois, mais qui sait? »