François Lebeau est le seul employé permanent de la Fédération canadienne de handball olympique. Il est directeur technique depuis 2006. Il fut entre autres l’architecte de la présentation du Championnat mondial de handball de la jeunesse féminine, en août 2006 à Sherbrooke.

Manque de financement : «Une situation qui ne sera pas réglée de sitôt»

La Fédération canadienne de handball olympique n’a qu’un membre permanent, et il est résident de Sherbrooke. François Lebeau, impliqué dans la discipline depuis des années, ne peut que constater les dégâts causés par le manque de financement de son sport.

La semaine dernière, La Tribune rapportait le mécontentement de deux joueuses de handball et d’une entraîneuse, toutes membres de l’équipe nationale canadienne de handball, qui devaient payer des coûts importants afin de participer aux Jeux panaméricains 2019 à Lima au Pérou.

Audrey Marcoux et Émilie Routhier se préparent pour les Jeux panaméricains présentés au Pérou, à Lima, du 20 juillet au 1er août. Elles doivent recueillir pas moins de 4200 $ pour ce voyage. L’entraîneuse Nadia Lefebvre doit aussi éponger des coûts importants.

Ces deux athlètes qui rêvent de participer aux Jeux olympiques, ne reçoivent aucune aide financière de Handball Canada. Et cette fédération sportive ne se qualifie pas aux différents critères exigés par le programme « À nous le podium » (ANP).

« Sports Canada a des critères de reconnaissance très élevés. Et parmi ceux-ci, il faudrait se retrouver parmi les 10 meilleurs pays au monde, au Championnat du monde ou aux Jeux olympiques. Ce qui n’est pas près d’arriver, malheureusement. C’est donc une situation qui n’est pas à la veille de s’améliorer », a déploré M. Lebeau.

« Entre autres critères d’acceptabilité, la Fédération canadienne de handball devrait regrouper au moins huit fédérations provinciales; nous n’en avons que sept. On a bien tenté une approche en Nouvelle-Écosse, mais sans succès. Notre point faible, ce sont les Maritimes; on a fait des tentatives, mais le handball n’est pas fort là-bas. Le Québec et l’Alberta sont vraiment les deux fédérations provinciales les plus importantes en handball ».

Impuissant, François Lebeau ne peut que vanter la persistance et la résilience d’Audrey Marcoux et d’Émilie Routhier.

Ce dernier est arrivé en poste, à la direction technique de la Fédération canadienne en octobre 2006, après avoir passé une quinzaine d’années à la tête de la Fédération québécoise de handball.

La mise en place du programme « À nous le podium » en 2005, programme de financement ciblé afin de maximiser les chances de médailles du Canada aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010, a tout changé.

Depuis ce temps, Lebeau et le handball multiplient les contorsions afin de maintenir la discipline à flot.

Mais le cercle vicieux est toujours là et ce n’est pas demain la veille qu’il sera renversé, déplore-t-il.

« Je vis ce cauchemar depuis 13 ans. Pour avoir au moins une étude de dossier, il faudrait être parmi les 10 meilleurs au monde, ou gagner des médailles aux Jeux olympiques, au Championnat du monde, ou aux Jeux panaméricains. Je ne vois pas le jour où on va monter sur un podium. »

Émily Routhier et Audrey Marcoux devront débourser plus de 4000 $ pour participer aux Jeux panaméricains.

« C’est très décevant de constater que le programme ANP ne prévoit rien pour les fédérations en développement. On se fout un peu de nous. Je suis bien content pour les autres fédérations, mais il devrait y avoir une certaine équité. On est cinq ou six fédérations dans cette situation, des fédés qui ne répondent pas, ou ne répondront jamais, aux critères de ANP », a plaidé François Lebeau.

Difficulté à trouver des partenaires financiers, des commanditaires importants, ou seulement de la visibilité, le handball décline tranquillement.

S’il estime le nombre de membres à environ 5000 au Québec, il n’y en a que 400 en Ontario et environ 500 en Colombie-Britannique.

« On tente de survivre. C’est tout juste si on peut mettre sur pied des équipes nationales. Les entraîneurs sont bénévoles. Je ne peux que souligner l’engagement et la persévérance des athlètes dans cette situation. »

L’espoir de 2015

François Lebeau a entrevu une lueur d’espoir, en 2012.

Marcel Aubut, alors à la présidence du Comité olympique canadien, a mis sur pied une importante campagne de financement destinée à renflouer les fédérations sportives qui ne pouvaient obtenir l’aide financière du programme ANP.

Ces fonds devaient être utilisés en vue de la présentation des Jeux panaméricains de 2015, présentés à Toronto.

L’objectif était d’amasser un montant de 250 000 $, dit François Lebeau.

« Mais les fédérations plus riches ont tranquillement torpillé la procédure et on a perdu les subventions. Tout ça s’est concrétisé lors de l’assemblée générale annuelle de Sports Canada, en 2013. Être une petite fédération sportive signifie également un plus petit poids politique », a soupiré François Lebeau.

Chaque année, ce dernier doit racler les fonds de tiroir et rédiger des demandes d’aide financière afin de maintenir le bateau à flot.

« Nous sommes considérés comme un pays en émergence, par la Fédération internationale. Ça nous donne le droit d’obtenir, ou plutôt de postuler, pour de l’aide ponctuelle. On a réussi à avoir un coup de pouce pour notre équipe masculine qui va participer à l’IHF Trophy, en Macédoine cet été. C’est la Fédération internationale qui va payer. »

Un peu d’espoir pour les filles

Audrey Marcoux et Émilie Routhier ont lancé une campagne de financement, la semaine dernière, une campagne qui a connu un certain succès, confirme François Lebeau.

« Un mécène de l’Alberta a même fait un don important, avec la promesse d’approcher des commanditaires potentiels. Tout cela va s’ajouter à ce qu’elles ont réussi à obtenir jusqu’à présent. Elles ont un courage à toute épreuve. Si ce n’était pas de ces passionnées, qui sait ce qu’il adviendrait de ce sport? »

La demande d’entrevue faite à ANP n’a pas encore été retournée.