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La course à pied est arrivée comme une bouée de sauvetage dans la vie d’Isabelle Bernier. Parmi ses principaux exploits, soulignons sa victoire chez les femmes à un ultra marathon de 109 kilomètres en Chine, sa participation à la Diagonale des Fous, une des épreuves les plus éprouvantes au monde.
La course à pied est arrivée comme une bouée de sauvetage dans la vie d’Isabelle Bernier. Parmi ses principaux exploits, soulignons sa victoire chez les femmes à un ultra marathon de 109 kilomètres en Chine, sa participation à la Diagonale des Fous, une des épreuves les plus éprouvantes au monde.

Lumineuse Isabelle Bernier

Jean-Guy Rancourt
Jean-Guy Rancourt
La Tribune
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MAGOG – Isabelle Bernier est allergique à la routine. La course à pied et l’écriture nourrissent la Magogoise d’adoption. Après des années et des années à se terrer, à vivre dans la peur et voir les drames s’empiler, Isabelle Bernier a fermé les portes du passé à double tour pour en arriver aujourd’hui à goûter chaque instant de la vie. Avec en surplus une force insoupçonnée qui l’habitait, laquelle lui permet maintenant d’aider son prochain en toute modestie à travers ses aventures et ses histoires à raconter.

La vie ne l’a pourtant pas épargnée avec sa part de problèmes de santé. Elle a combattu l’anorexie et la dépression alors qu’elle venait à peine de franchir l’âge adulte. La mort l’a côtoyée d’un peu trop près avec les suicides de son frère, sa sœur et un oncle. Ses parents ont aussi voulu en finir avec la vie. Et si sa mère est encore en vie en 2020, elle le doit à sa fille Isabelle.

Les cicatrices étaient profondes et il a fallu du temps pour les guérir, une décennie presque. 

« J’en ai fini avec l’anorexie à l’annonce de la grossesse de la première de mes deux filles. Les épisodes de suicide chez les membres de ma famille, mes ennuis de santé physique avec lesquels je jongle encore aujourd’hui, deux accouchements surréalistes, un avortement, l’isolement, les échecs répétitifs, la situation financière précaire, j’étais plongée dans un tourbillon infernal. Je ne m’en plains pas. Au contraire, cela a agité des drapeaux en moi qui ont contribué à forger celle que je suis devenue. Nous éprouvons tous des ennuis sous différentes formes dans la vie. C’est le chemin que tu choisis d’emprunter pour te rebâtir qui compte », fait valoir la mère monoparentale de deux adolescentes.

La course à pied

La course à pied est arrivée comme une bouée de sauvetage dans la vie d’Isabelle Bernier. Sa connexion avec la nature avait pris son envol lors d’un séjour avec les cadets de l’armée. À l’école secondaire, la native de Baie-Comeau a aussi pratiqué l’athlétisme. Tout s’est arrêté dans la vingtaine et ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que la véritable connexion s’est faite avec la course à pied. Enseignante suppléante, elle s’était retrouvée sur un trajet de la course Terry Fox. 

« Après 900 mètres j’en avais assez. Mais j’ai eu la piqûre et je me suis remise à l’entraînement. Ce fut le début d’une thérapie pour moi », exprime la Magogoise d’adoption de 42 ans, qui n’était pas encore au bout de ses peines.

« Mon estime de soi et ma confiance étaient à leur plus bas niveau. Je ne voulais pas m’installer à la ligne de départ d’une course. J’étais intimidée. Je craignais de courir et surtout de dépasser les gars. Pour tout dire, c’était un éternel combat contre la peur. La compétition, on m’y a presque poussée de force. »


« J’ai tellement tenté de me battre contre ma nature par souci de conformisme, par peur du jugement, parce que je refusais de me reconnaître. Parallèlement, je sais que je fonctionne au ressenti. C’est ma force. »
Isabelle Bernier

Or, il ne faut jamais compter Isabelle Bernier pour battue. Elle a réussi à dompter ses démons et, depuis quatre ou cinq ans, on a droit maintenant à une coureuse aguerrie qui est devenue une spécialiste du trail, sa course de prédilection. Son palmarès est florissant. Parmi ses principaux exploits, soulignons sa victoire chez les femmes à un ultra marathon de 109 kilomètres en Chine, sa participation à la Diagonale des Fous, une des épreuves les plus éprouvantes au monde, qu’elle a complétée en dépit du fait qu’elle traînait des séquelles d’une commotion cérébrale. Notons également ses tours du lac Memphrémagog en solo (123 kilomètres), elle qui demeure la seule femme à avoir accompli cet exploit, et deux fois plutôt qu’une! La liste pourrait s’allonger, mais il faut presque torturer Isabelle Bernier pour qu’elle aborde le sujet. La reconnaissance de ses performances ne fait pas partie de ses priorités.

« C’est une notion qui m’a toujours fait réfléchir, dans tous les domaines de la vie. À mes yeux, le fait de se retrouver sur un podium est un bel accomplissement, certes, mais c’est aussi un moment éphémère. Je sais que de nombreux athlètes en font leur premier objectif. Pour ma part, j’ai surtout besoin d’être à l’écoute du processus de ce qui se vit avant, pendant et après. Ce qui reste et qui nous fait grandir est l’ensemble de ce qui nous conduit au terme d’une course. Ainsi, en va-t-il, probablement, avec la vie. L’introspection, ce qui revêt un sens, un sens profond. Pas seulement aux yeux des autres, mais surtout pour soi. Pour ce qu’on compte être, faire et vivre à partir de cette et ces expériences », confie-t-elle.

Des épreuves de plus de 100 kilomètres en sentiers et en montagne, courir 10, 12, 20 heures par jour, pas de problème pour Isabelle Bernier. D’autres projets de course à travers le monde sont dans sa mire. La pandémie a déjà chamboulé sa saison 2020. Reste à voir si les événements renaîtront de leurs cendres en 2021.

« J’ai de nombreux défis, des épreuves sportives en tête, mais je veux aussi en faire des aventures, des expéditions. Les partager. Les raconter. En santé. Ce sont mes vœux les plus chers », enchaîne-t-elle.

L’écriture

Isabelle Bernier a plus d’une corde à son arc. Diplômée en arts visuels, elle manie avec brio les images, les mots. Déjà neuf bouquins pour enfants à son crédit et elle tient un blogue depuis presque sept ans.

« Jusqu’à tout récemment, parler en public avait toujours été un fardeau pour moi. J’ai donc privilégié l’écriture. Je rêve de gagner ma vie avec l’écriture, le dessin, la peinture. Et maintenant de faire des conférences. J’en avais à mon agenda en 2020, mais la pandémie a contrecarré mes plans. Je suis d’avis que la transparence et l’authenticité font partie des perles de la vie. Et je crois qu’être soi, le communiquer, peut avoir une portée que l’on néglige souvent. Je continue de croire que j’arriverai à en faire mon métier, rêvant d’aventure à la grandeur de notre incroyable planète. Sans présomption, peut-être avec naïveté, mais aussi la foi que c’est possible. Alors je continue d’y croire. Pour vivre longtemps, heureuse, et en santé. Pour mes filles. Pour tous ceux et celles qui pourront y trouver quelque chose de positif et d’inspirant. »

Le bénévolat fait aussi partie intégrante du quotidien d’Isabelle Bernier. Elle est ambassadrice pour La Clinique du Coureur; elle accompagne et dirige des adeptes de la course à pied avec le Club de trail. Collaborer à des causes humanitaires la motive au plus haut point. Remplir le temps est une force d’Isabelle Bernier.

« Je suis une femme de projets, un moulin à idées. C’est intrinsèque. J’ai tellement tenté de me battre contre ma nature par souci de conformisme, par peur du jugement, parce que je refusais de me reconnaître. Parallèlement, je sais que je fonctionne au ressenti. C’est ma force. Je ne suis pas analytique, même si je peux me servir de cette dimension. 2020 m’a confirmé que je ne pouvais plus passer à côté de ces aspects et surtout, de ma santé. Je comprends que le fait de m’asseoir ne signifie pas abdiquer quant à un projet, une aventure, un rêve, mais plutôt investir afin de mieux y parvenir. »

Courir, écrire, créer, partager, l’univers d’Isabelle Bernier est vaste. Et comme elle le répète souvent, il lui reste encore des zones à explorer. La fragilité de la vie, elle a subi. Sa valeur, elle connaît maintenant. Un pas à la fois, il n’y a pas de limite pour Isabelle Bernier.