Les préoccupations que le service de protection de la Faune a manifestées en pleine saison de chasse, en constatant une méconnaissance des règles spécifiques au projet expérimental RTLB, traduisent une carence évidente dans la diffusion de l’information.

L'information : une cible à revoir

Les membres du service de protection de la Faune de la région ne sont pas les seuls à être perplexes face aux nombreuses « erreurs d’interprétation » relevées lors de la deuxième année d’application du programme expérimental de restriction de la taille des bois (RTLB), mis à l’essai pour la chasse au chevreuil dans les zones 6 nord et 6 sud de l’Estrie.

« Je vends des permis depuis 30 ans à mon magasin général de Racine et je n’ai jamais vu autant de confusion. La restriction de trois pointes et plus pour le panache, la plupart des personnes la connaissaient parce que c’est une information qui circule entre chasseurs. Pour le reste, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû expliquer et justifier la décision douteuse de surtaxer de 10 $ les chasseurs des zones expérimentales en leur imposant un permis spécifique » témoigne le commerçant Patrice Dupont, estimant qu’il est du devoir de ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) d’assurer une meilleure diffusion de l’information.

Des chasseurs ont été pris en défaut en se rendant à une station d’enregistrement avec une bête, découvrant sur place qu’ils se retrouvaient en infraction parce qu’ils ne s’étaient pas procurés le permis complémentaire obligatoie  dans l’une de ces deux zones. 

Constatant que le niveau de compréhension sur le terrain n’était pas celui souhaité, la direction régionale de la protection de la Faune a effectué durant la saison de chasse un rappel des particularités réglementaires des zones 6 nord et 6 sud, tout en précisant qu’il incombe à chaque chasseur de connaître les règles applicables sur le territoire qu’il fréquente.

La confusion découle en partie des habitudes de longue date. Pour l’orignal, le gros gibier le plus convoité à l’extérieur du sud de la province, un chasseur doit spécifier la zone où il compte se rendre au moment d’acheter son permis, qui est d’ailleurs valide seulement dans cette zone. 

Le permis de chasse au chevreuil, lui, est universel et s’il ne précise pas qu’il compte venir en Estrie, un chasseur de la Mauricie achetant un permis à Trois-Rivières, par exemple, est susceptible de ne jamais se voir offrir celui qui est exigé dans les zones expérimentales du RTLB.

« Le ministère a été pris de court la première année et la campagne d’information à grande échelle annoncée pour l’an 2 n’a jamais eu lieu. C’est pourtant évident qu’il faut mieux diffuser le cadre réglementaire du projet expérimental RTLB qui, en rehaussant la qualité de notre cheptel, deviendra plus attrayant pour les chasseurs d’autres régions. Tout cela avait été anticipé et discuté, mais le plan d’implantation convenu n’a pas suivi. Le manque de transparence et la culture du secret semblent profondément ancrés dans ce ministère », observe Michel Dufort, qui préside la section estrienne de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) et porteur de ce dossier depuis le début.

Une lectrice soutient quant à elle avoir retrouvé sur sa propriété au cours des deux dernières années plus de bêtes atteintes mortellement.

« Nous voyons apparaître beaucoup de chasseurs inexpérimentés dans le voisinage, se peut-il que ce soit la cause », soulève-t-elle.

Ma première réaction est la comparaison suivante : les détenteurs d’un permis de conduire sont-ils plus compétents en Estrie qu’ailleurs au Québec et comment pourrait-on en faire la démonstration?

Par contre, le chasseur n’étant pas certain d’avoir ouvert le feu sur un  « cerf légal  » n’est généralement pas très persévérant dans ses recherches et son dernier réflexe sera de se dénoncer auprès d’un voisin en lui demandant l’autorisation d’aller récupérer la bête sur son terrain...

« Ce sont des cas possibles, mais qu’il ne faut pas exagérer ou généraliser non plus. La qualité de l’information qui sera livrée aux chasseurs et aux propriétaires de terres dans la région commence par la volonté de ceux qui ont cette responsabilité », soutient Michel Dufort.

À suivre.