Doug Blair, sa conjointe Nancy Chrétien et leur fils Leighton ont dû dire au revoir rapidement à Samuel Hlavaj et Gregory Kreutzer, deux joueurs du Phœnix hébergés par la famille Blair-Chrétien.
Doug Blair, sa conjointe Nancy Chrétien et leur fils Leighton ont dû dire au revoir rapidement à Samuel Hlavaj et Gregory Kreutzer, deux joueurs du Phœnix hébergés par la famille Blair-Chrétien.

LHJMQ et Covid-19 : le deuil d’une famille d’accueil

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Elle les appelait ses « Boys ». « On n’est pas leurs parents, mais on s’attache. Quand il est venu le temps de leur dire bye, j’ai fait ça vite pour ne pas pleurer devant eux. » Nancy Chrétien accueillait chez elle et son conjoint Doug Blair le gardien du Phœnix Samuel Hlavaj et le défenseur Gregory Kreutzer, qui ont dû quitter leur famille de pension dans de tristes circonstances.

En raison de la Covid-19, le Slovaque et l’Américain ont regagné leur pays de façon expéditive le mois dernier. Sans même avoir la chance de soulever la Coupe du Président ou la Coupe Memorial avec leur équipe, classée numéro 1 au Canada. 

« On s’attendait à les avoir avec nous jusqu’à la fin du mois de mai, admet Nancy Chrétien. Quand la saison a été suspendue, on espérait que les activités reprennent rapidement. Samuel et Gregory ont trouvé ça difficile d’attendre. Ils n’en pouvaient plus. Du jour au lendemain, leur quotidien venait de changer. Leur raison d’être, c’est le hockey! Et en voyant tous ces événements être remis à plus tard ou annulés, on se rendait bien compte que ça regardait mal. »

Confinés dans leur maison de la rue Boright à Lennoxville, Samuel Hlavaj et Gregory Kreutzer ne sortaient que pour courir. 

« Le Phœnix avait demandé aux gars de garder la forme. Presque tous leurs coéquipiers étaient retournés à leur maison, mais le Phœnix suggérait à Taro Jentzsch, Samuel et Gregory de rester à Sherbrooke au lieu de retourner dans leur pays et risquer d’être en quarantaine durant 14 jours en revenant pour reprendre l’entraînement. On les occupait. On leur changeait les idées. Puis quand on a appris que tout était terminé, c’était simplement irréel », poursuit Nancy Chrétien. 

À contrecœur, le directeur général Jocelyn Thibault a indiqué aux deux amis de partir à la maison le plus rapidement possible. Le lendemain, Gregory Kreutzer était déjà au Michigan et une journée plus tard, Samuel Hlavaj se trouvait dans un avion en direction de Vienne, située tout près de la Slovaquie.

« Ce n’était pas facile pour le Phœnix de trouver un billet d’avion à Sam. J’avais dit à Jocelyn Thibault que peu importe ce qui arriverait, Sam allait être le bienvenu chez nous. Mais soudainement, il y avait un vide dans la maison avec leur départ. C’était très tranquille. Notre garçon Leighton avait peut-être quitté l’Université Brock pour revenir ici et continuer ses études à distance, mais ça faisait bizarre. Il ne se passait plus rien. On ne parlait plus de hockey autour de la table au souper. On ne jouait plus aux jeux de société avec les boys. »

Des adieux à Gregory Kreutzer?

Samuel Hlavaj pourrait bien revenir à Sherbrooke la saison prochaine. Or, le cas de Gregory Kreutzer demeure incertain. Celui qui aura 20 ans le 24 mai prochain devra obtenir l’un des trois postes de vétéran de dernière année disponibles et la course sera féroce. Le défenseur songe même à traverser l’océan pour évoluer en Europe. 

« Les voir partir du jour au lendemain m’a fait un petit pincement au cœur. Ils faisaient partie de la famille. Tout s’est passé trop vite quand ils ont quitté. Notre famille n’était pas prête à ça. On venait de rencontrer la famille à Gregory et celle de Samuel était venue manger à la maison en février. Ils s’étaient vraiment bien intégrés à notre famille. Ils ne restaient pas de leur côté. Ils venaient même avec moi pour aller voir les grands-parents de nos enfants Megan et Leighton! »

« Samuel avait hâte que l’on revienne à la maison pour nous parler ou partager de bonnes nouvelles, ajoute immédiatement Mme Chrétien. Quand il y avait un recruteur de la LNH qui l’appelait, on était parmi les premiers à le savoir. On leur souhaite d’évoluer chez les professionnels l’an prochain, mais on espère aussi les revoir, ce qui est un peu égoïste. Peut-être que Gregory ne reviendra pas, mais Sam a laissé des choses à la maison! J’imagine qu’il aimerait aussi revenir ici! » 

De la peine en famille

Le gardien slovaque a pulvérisé les records du Phœnix et aurait pu améliorer sa marque si la saison n’avait pas pris fin abruptement. 

« On était tellement tristes pour eux quand la saison et les séries ont été annulées. Sam vivait une première expérience au Québec. Il impressionnait et améliorait ses chances d’être repêché rapidement dans la LNH cet été. Gregory espérait aller loin en séries. Ça lui aurait permis de se faire davantage remarquer et de peut-être gagner la coupe à l’une de ses dernières saisons dans le junior majeur. On avait vraiment de la peine de voir ces occasions s’envoler. » 

Le premier deuil? L’annulation de la partie contre l’Océanic de Rimouski et Alexis Lafrenière alors qu’il restait encore cinq matchs à jouer. On annonçait d’ailleurs une salle comble pour ce duel présenté au Palais des sports.

« Tout le monde attendait cette partie, soutient-elle. Les gars se préparaient mentalement et physiquement pour accueillir Lafrenière et son équipe. C’était une première déception. Une victoire allait booster encore plus les joueurs à quelques jours des séries. »

Ce n’est que partie remise

La famille Blair-Chrétien s’ennuiera de l’ambiance qu’amenaient leurs deux joueurs en pension.

« On recevait souvent les joueurs anglophones à la maison, comme Bailey Peach et Israel Mianscum puisqu’ils demeuraient à quelques rues d’ici. Jaxon Bellamy venait faire son tour à l’occasion. On les invitait à souper. Ils étaient aussi par exemple venus à la maison avant de partir pour leur party d’Halloween chez Alex-Olivier Voyer. On aimait les voir s’amuser autrement qu’en jouant au hockey », indique Mme Chrétien.

« Doug et moi, on n’est pas leurs parents, rappelle-t-elle aussitôt. Il faut les nourrir, les héberger, mais ce n’est pas à nous à faire la discipline et de toute façon, on n’avait pas à le faire. Samuel et Gregory sont à leurs affaires. Ce n’est pas tous les adolescents qui feraient ces sacrifices de joueur de hockey du junior majeur. »

Cette dernière espère maintenant que le Phœnix reprenne là où il l’a laissé la saison prochaine. 

« De belles choses attendaient l’équipe, mais ce n’est peut-être que partie remise! »