L'hiver qui dure

Les cerfs ont la fourrure pour résister au froid, pas nécessairement les réserves alimentaires pour passer deux hivers complets à attendre le printemps.
Malgré cela, comme nous, ils doivent se résigner à vivre aujourd'hui une superposition des saisons plutôt que la rotation attendue à tourner les pages du calendrier. L'hiver dure au lieu de s'éclipser. Il y a encore des précipitations de neige sur les radars
« Les mesures d'enfoncement que nous avons prises après la bordée de la semaine dernière dans l'est de la région étaient autour de 70 cm. À cette épaisseur, les déplacements des chevreuils sont plus compliqués. Même si ça ne sera rien pour améliorer les choses, l'ajout d'une dizaine de centimètres ne rendra pas nécessairement la situation critique. À ce moment-ci de l'année, la durée du couvert de neige devient l'élément à surveiller pour la mortalité », rapporte le biologiste Éric Jaccard, responsable de la grande faune pour les régions de l'Estrie et de la Montérégie.
Comme il y a eu peu de dégels durant l'hiver, la neige est moins compactée. Elle devrait fondre plus rapidement.
M. Jaccard a pu prendre des relevés du haut des airs au cours des dernières semaines durant les inventaires aériens des zones 5 est et 5 ouest (du lac Memphrémagog jusqu'à Bedford) ainsi que dans la zone 8 (secteur Saint-Hyacinthe).
« Les cerfs étaient bien présents. L'hiver ne posait pas de problème. Les attroupements sont plus éparpillés et comptent moins d'individus dans ces plaines moins enneigées que dans les secteurs montagneux », a-t-il pu observer.
Les résultats de ces inventaires seront communiqués dès que tous les croisements de données seront complétés.
Les gestionnaires de la faune gardent aussi un oeil sur les dindons sauvages pour qui le régime d'austérité alimentaire est également prolongé et chez qui la mortalité est évidente. Les chapelets habituels de cinq, huit ou dix dindons marchant à la queue leu leu ont des trouées.
« Il est clair qu'un certain nombre d'entre eux ont succombé à un manque de nourriture. Chez les dindons, avec des couvées normales d'une dizaine d'individus, l'effet de rebondissement peut cependant être quasi instantané », rappelle le biologiste.
À titre de comparaison, la portée moyenne chez les cerfs lors de la mise bas printanière est plutôt de 1,5 à 2 individus.
Les orignaux composent quant à eux sans trop de soucis avec cet hiver insistant, eux qui ont le profil et la stature pour vivre dans les neiges quasi éternelles du « parc des Laurentides ». Dans leur cas, plus le froid dure, moins les tiques sont ravageuses.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres.