Le gardien de but des Bruins de Boston, Tuukka Rask
Le gardien de but des Bruins de Boston, Tuukka Rask

Les joueurs de la LNH sont prêts à vivre avec la réalité des villes-bulles

Tuukka Rask n’entrevoit aucun problème de vivre sous le même toit que ses rivaux.

Il n’est pas certain que c’est le cas pour tout le monde.

«Je n’ai pas trop d’ennemis dans la ligue parce qu’un gardien est un peu dans sa bulle, a expliqué le vétéran gardien des Bruins de Boston, qui partage un vestiaire avec le détestable ailier vedette Brad Marchand. Mais cela pourrait être différent pour certains de mes coéquipiers.

«Si vous jouez une série éliminatoire de sept matchs et qu’il y a une certaine tension entre les équipes ... vous ne jouerez probablement pas au ping-pong ensemble à l’hôtel.»

Les 24 équipes prêtes à en découdre lors de la relance de la LNH en cette saison de pandémie se rendront vers les villes-pôles de Toronto et d’Edmonton - où les joueurs et les entraîneurs seront isolés dans une bulle loin du grand public dans l’espoir de garder la COVID-19 à l’écart - dimanche.

Deux hôtels dans chaque marché accueilleront les équipes, ce qui pourrait donner lieu à des dynamiques intéressantes dans les restaurants, les salons et autres espaces communs. Il y a une longue liste de règles liées à la distanciation physique, et chacun des groupes de voyage de 52 membres aura son propre espace pour se préparer et se détendre. Mais il y a de fortes possibilités qu’on assiste à des moments bizarres alors que des centaines de joueurs de la LNH bataillant pour la coupe Stanley vivront à proximité.

Les Maple Leafs de Toronto et les Blue Jackets de Columbus, par exemple, sont deux des 10 équipes qui demeureront toutes les deux dans le même complexe hôtelier et qui s’apprêtent à s’affronter lors d’une série trois de cinq pour une place dans les séries éliminatoires habituelles à 16 équipes.

«Ce sera quelque chose de nouveau, c’est certain, a reconnu le défenseur Jake Muzzin des Leafs. Je ne sais pas ce que ça va donner. Nous le saurons quand nous y serons.»

Contexte étrange

Le centre Ryan O’Reilly des Blues de St.Louis, dont l’équipe amorcera la défense de son titre lors du tournoi à la ronde de l’association de l’Ouest pour déterminer les quatre premières têtes de série dans ce groupe à Edmonton, a précisé qu’il sera étrange de rencontrer un adversaire avec qui vous vous êtes querellés lors d’un match à l’hôtel le lendemain matin.

«Une fois que vous sautez sur la glace, c’est la guerre, a-t-il dit. Je ne pense pas que ce sera trop amical autour de la bulle.»

Le défenseur John Carlson et ses coéquipiers des Capitals de Washington seront logés dans le même hôtel de Toronto que les Penguins de Pittsburgh, les Flyers de Philadelphie, le Lightning de Tampa Bay et les Bruins, mais ils n’envisagent aucune tension réelle.

«Voir plusieurs de vos adversaires en séries éliminatoires n’est pas nécessairement une situation habituelle, mais nous sommes tous des professionnels, a-t-il mentionné. Nous sommes tous reconnaissants de pouvoir être dans cette bulle et de jouer au hockey en ce moment. Il y aura beaucoup d’ajustements dans tous les domaines, et ce sera certainement quelque chose que nous n’avons jamais vu auparavant.»

Le centre Mikael Backlund des Flames a comparé le fait d’être dans le même hôtel que l’équipe adverse en ronde de qualification à Calgary - les Jets de Winnipeg - à son expérience aux championnats du monde.

«Ce sera même plus difficile parce que nous allons jouer contre une seule équipe, a déclaré Backlund. Tu ne seras sans doute pas trop content de croiser dans le corridor un gars avec qui tu t’es chamaillé.»

L’entraîneur-chef des Capitals, Todd Reirden, a souligné que l’idée de proximité avec un adversaire hors glace aurait été sévèrement désapprouvée pendant sa carrière de joueur.

«Vous faites toujours attention de ne pas être dans le même hôtel qu’une autre équipe. Mais il faut ce qu’il faut. Nous sommes tout simplement heureux de pouvoir jouer au hockey dans une situation comme celle-ci et de nous divertir, essayez de revenir à une certaine normalité dans notre monde.»

Le fait est que les temps ont changé dans le monde du hockey. La forte antipathie des joueurs des générations passées a pratiquement disparu.

«Si vous m’aviez présenté ce scénario (ville-bulle) il y a 20 ans, je dirais qu’il y aurait eu de fortes probabilités d’une bagarre dans le hall d’entrée», a plaisanté l’entraîneur-chef des Jets, Paul Maurice.

Son homologue du Canadien de Montréal, Claude Julien, ne serait toutefois pas surpris si quelque chose se passe à un moment donné lors de la reprise du jeu, prévue le 1er août et qui pourrait de prolonger jusqu’à la première semaine d’octobre.

«À l’époque, il y avait beaucoup d’animosité, a dit Julien, qui a disputé 12 saisons professionnelles. Vous pourriez même voir une certaine animosité ici dans ces séries au fur et à mesure que les séries progressent. Qui sait ce qui va se passer dans les hôtels?

«J’espère qu’à l’hôtel, nous n’aurons pas besoin d’arbitres ou de gardes du corps pour interrompre certains combats.»