Cette saison, seulement 24 des 205 filles inscrites au hockey mineur à Sherbrooke ont joué avec les garçons.

Les filles avec les filles

N’ayons pas peur des mots, les Sherbrookoises dominent la scène du hockey mineur au Québec. Elles ont remporté sept titres à la Coupe Dodge dans les deux dernières années. Ce chiffre grimpe à 15 depuis 2014. On ne doit pas chercher bien loin pour expliquer cette domination. Il y a certes un bon bassin de joueuses et des entraîneurs de qualité, mais lorsqu’on parle avec les intervenants du hockey féminin, un facteur s’impose. À Sherbrooke, les filles jouent avec les filles.

En fait, Hockey Sherbrooke n’organise plus de hockey mixte depuis la saison 2015-2016. Une fille qui s’inscrit doit donc jouer avec une équipe féminine à partir de la division novice (7-8 ans). Une exception demeure pour les filles qui parviennent à se tailler un poste avec une équipe masculine double lettre.

Très peu d’associations à travers la province ont un tel règlement, mais il a eu l’effet d’un coup de circuit pour le hockey féminin de la région.

« Plus les années avancent, vers atome et pee-wee, et plus les filles commencent à ne plus être bien dans la chambre avec les garçons, explique Martin Roulx, vice-président hockey féminin chez Hockey Sherbrooke. Elles arrêtent alors souvent de jouer, mais lorsqu’elles sont avec des filles, elles continuent bien souvent. C’est le point majeur qui explique que Sherbrooke va de mieux en mieux. En Ontario, il n’y a pas de questions, les filles jouent avec les filles. Au Québec, on a encore peur de perdre des membres en les forçant. »

C’est toutefois un règlement qui ne fait pas l’unanimité. Quelques parents déplorent de ne pas pouvoir faire jouer leur fille avec les garçons.

« La première année, ç’a choqué des gens, admet Martin Roulx. Mais après un an habituellement, ils voient que leur fille va s’améliorer autant sinon plus. En jouant contre des filles, elles montent leur jeu d’un cran et elles sont beaucoup plus agressives, elles ont une confiance qu’elles n’ont pas lorsqu’elles jouent contre les garçons. Souvent, les parents ont peur que leur fille joue avec moins d’intensité, mais c’est le contraire qui se passe. »

« Il y a une ambiance particulière dans une équipe de filles, poursuit-il. Si une joueuse fait une erreur ou si l’équipe perd 4-0, elles ne seront pas fâchées après une joueuse. Chez les gars, si tu fais une erreur, tu te le fais dire ou tu te fais regarder. Les filles ont moins peur de faire des erreurs lorsqu’elles jouent entre elles, elles se débarrassent moins de la rondelle. Elles deviennent meilleures. Et si la fille est trop forte, elle joue quand même avec les garçons. »

Cette saison, seulement 24 des 205 filles inscrites au hockey mineur à Sherbrooke ont joué avec les garçons.

« Hockey Sherbrooke croit au hockey féminin », résume M. Roulx

Une route Houleuse

À la lumière du succès à Sherbrooke, Hockey Estrie a approché Hockey Québec pour tenter de faire adopter un règlement similaire à l’ensemble du territoire québécois. L’organisme estrien a toutefois essuyé un refus.

« C’est une question de droit de la personne, estime Jasmin Gaudet, directeur général chez Hockey Estrie. On comprend leur point de vue. C’est une route houleuse. On va plus vers des stratégies pour convaincre les filles de jouer avec les filles parce que si on les force sans avoir l’appui de notre fédération, c’est comme donner des coups d’épée dans l’eau. C’est certain qu’on pousse pour avoir une réglementation qui nous permettrait d’aller de l’avant parce qu’on y croit. »

La saison dernière, environ la moitié des 696 filles inscrites en Estrie jouaient avec les garçons.

« La principale raison du refus d’Hockey Québec, c’est l’appréhension du litige, pense Pierre Dubuc, gouverneur des Harfangs féminin AA. Les parents pourraient amener l’organisation devant la Commission des droits de la personne si leur fille ne peut pas jouer avec les garçons. Je pense qu’il y a une réelle peur de leur part de faire face à une situation de la sorte. Je pense aussi que Hockey Québec ne veut pas savoir que ce règlement-là existe à Sherbrooke. Ce sont des choses sur lesquelles ils ne veulent pas se prononcer. »

« C’est un avis bien personnel, mais je pense que si ce règlement était adopté pour la région de l’Estrie, on perdrait de 5 à 10 % de filles, admet M. Dubuc. Tant qu’à ne pas jouer avec les gars, elles iraient faire un autre sport. On récupérait toutefois 80 à 90 % des filles qui jouent avec les garçons en ce moment. On pourrait bâtir un secteur féminin plus fort et avec cette base-là on récupérerait les filles qu’on a perdues. Il y aurait un effet d’entraînement. »

Une nouvelle structure

Hockey Québec confirme ne pas vouloir forcer une fille qui veut jouer avec les garçons à jouer avec les filles.

« Bien que nous n’obligeons pas les joueuses, Hockey Québec met beaucoup d’effort pour amener les filles à jouer entre elles, a répondu l’organisme par courriel. D’ailleurs, dans le but d’améliorer l’offre de service aux joueuses, la Fédération a revu et est à déployer sa nouvelle structure de hockey féminin. »

Cette nouvelle structure consiste à l’implantation de structures intégrées et de la création d’une ligue AAA qui comptera huit équipes dans la province.

Lorsque La Tribune a tenté de rappeler pour obtenir plus de détails concernant la gestion du hockey féminin dans la province, la porte-parole de Hockey Québec a mentionné que le président, Paul Ménard, n’était pas disponible durant tout le mois de mai pour répondre à nos questions.