Opéré à l’épaule droite à la mi-avril après une blessure subie un peu plus tôt dans l’année, Xavier Desharnais ignore comment son épaule réagira dans les eaux généralement tumultueuses du lac Saint-Jean à l’occasion de sa dernière participation à la Traversée internationale samedi.

Les dernières brasses de Desharnais au lac Saint-Jean

Xavier Desharnais passera-t-il à l’histoire en devenant le premier Canadien à gagner trois fois la prestigieuse Traversée internationale du lac Saint-Jean? Nous aurons une réponse à cette question en milieu d’après-midi samedi alors que les premiers nageurs devraient toucher le quai d’arrivée à Roberval.

Desharnais a déjà annoncé qu’il se retirerait de la compétition au terme de la présente saison. Terminer sur une note victorieuse au lac Saint-Jean ferait passer le nageur originaire de Sherbrooke au rang des plus grands de son sport au Canada en nage en eau libre.

« Je ne pense pas du tout à ça, jure Desharnais. C’est évident que j’aimerais remonter sur la marche la plus haute du podium après avoir terminé quatrième l’an dernier. Ce que je vais réaliser comme performance samedi n’effacera pas tout ce que j’ai réalisé depuis 2008 sur le circuit, mais terminer en champion au lac Saint-Jean, ce serait évidemment magique et la réalisation d’un rêve. »

Il y a tout de même une ombre au tableau. Opéré à l’épaule droite à la mi-avril après une blessure subie un peu plus tôt dans l’année, Desharnais ignore comment son épaule réagira dans les eaux généralement tumultueuses du lac Saint-Jean.

« Je débute ma saison sur le circuit mondial avec un marathon de 32 kilomètres. J’aurais préféré l’inverse et y aller graduellement en ajoutant des kilomètres au fil des compétitions. Mais on ne modifiera pas le calendrier pour moi, souligne Desharnais, sourire en coin. Je suis en bonne forme physique, je nage bien, je me sens léger dans l’eau et ma préparation mentale est à point. Ma seule incertitude, c’est mon épaule. Je suis habitué de composer avec la douleur, mais le corps humain a ses limites. On verra comment ça va se passer. Et puis, je ne peux pas nager 32 km avec un seul bras. J’ai quand même confiance. J’ai tout fait pour que ça se passe bien. »

Il faut dire que le double champion du lac Saint-Jean revient de très loin. Après son opération, il pouvait à peine nager sur 500 mètres en piscine. Il a modifié son entraînement, a mis les bouchées doubles au cours des dernières semaines et le voilà au départ de la 64e édition de la Traversée du lac Saint-Jean samedi.

Pour plusieurs, il s’agit déjà d’une victoire en soi.

S’amuser

Celui qui a complété ses études en kinésiologie à l’Université de Montréal entend s’amuser au maximum une fois le départ lancé à 8 h 30 en matinée. « Je ne ressens aucune pression supplémentaire. On me parle beaucoup de ma dernière présence ici et c’est correct. Ça ne me dérange pas. Je veux m’amuser au maximum. Je suis serein et j’ai même hâte de plonger dans l’eau pour avoir mal. »

Si son épaule opérée pourrait s’avérer son pire ennemi, Desharnais sait qui il devra avoir à l’œil une fois le marathon lancé. Les Argentins Guillermo Bertola (champion défendant) et Damian Blaum, l’Allemand Alexander Studzinski et le Français Edouard Lehoux figurent parmi les favoris et pourraient priver Desharnais d’un troisième titre.

« Ce sera une course très ouverte. Les prétendants à la victoire ne manquent pas, dont les Argentins. On verra dans l’eau comment les choses vont se passer. Je n’ai pas de stratégie particulière, car dans l’eau les conditions font en sorte que tout peut basculer. Ce sera une brasse à la fois », commente celui qui a aussi terminé deux fois au deuxième rang à la Traversée internationale du lac Memphrémagog.

La bonne nouvelle pour Desharnais, c’est qu’on pourrait assister à un marathon sans combinaison thermique pour les nageurs et nageuses. « On se dirige vers une température de l’eau qui jouerait autour de 22 ou 23 degrés Celsius. Cela signifie que le port du wetsuit sera interdit. J’adore l’eau froide, ce qui n’est pas le cas du champion en titre Bertola. L’an dernier, le wetsuit était autorisé et Bertola était seul dans la course. Ça risque d’être différent sans wetsuit », soutient Xavier Desharnais.

Un parcours qu’il referait sans hésiter

Même si la vie d’un nageur en eau libre longue distance ne ressemble en rien à un conte de fées, Xavier Desharnais n’hésiterait pas à repartir au bas de l’échelle si c’était à refaire.

C’est le chant du cygne pour le nageur de 28 ans en 2018. Desharnais est sorti de l’anonymat en gagnant à deux reprises la Traversée internationale du lac Saint-Jean, sans oublier ses deux médailles d’argent à Magog à la défunte Traversée internationale du lac Memphrémagog.

Pourtant, le nageur de Sherbrooke a fièrement représenté sa ville, sa province et son pays pendant presque 10 ans sur la majorité des continents. 

« Mais la nage en eau libre longue distance, ce n’est pas le Canadien de Montréal. Ce n’est pas le sport le plus spectaculaire non plus. Ça prend donc des exploits un peu hors-normes pour attirer l’attention. J’aurais pu choisir un autre sport plus médiatisé, plus payant surtout, mais je ne regrette rien. Qui sait si j’aurais tripé autant. J’ai fait le tour du monde et j’ai pratiquement des endroits où aller séjourner partout sur la planète. J’exagère à peine. » 

« D’ailleurs, c’est ce qui va me manquer le plus. Les nageurs, on forme une véritable famille. On passe des semaines ensemble. On se retrouve à différents endroits sur la planète. Dans l’eau, la compétition est féroce, mais dès que nous mettons les pieds sur terre, nous sommes inséparables », fait-il valoir tout en ajoutant que la nage en eau libre lui en a appris énormément sur lui-même, ses forces, ses faiblesses, son caractère, comment rivaliser face à l’adversité.

Desharnais a toujours aimé aussi l’aspect imprévisible de sa discipline. « Il n’y a jamais deux courses pareilles. Il faut toujours être prêt pour réagir aux stratégies des autres nageurs ou encore savoir identifier le bon moment pour prendre les commandes. Connaître son corps, les conditions du jour, tout ça mis ensemble fait en sorte que c’est loin d’être monotone pour l’athlète qui pratique ce sport. Je referais la même carrière si c’était à recommencer. »

Un rythme démentiel

À l’opposé, Desharnais ne s’ennuiera pas du tout de l’entraînement. « Me lever à 4 h 30 le matin, m’entraîner deux à trois fois par jour, je vais mettre ça derrière moi avec empressement. C’est un rythme un peu démentiel. J’ai eu ma dose. J’ai hâte de voir aussi c’est quoi ne plus avoir mal à mon corps, une sensation que j’ai perdue, surtout au cours des dernières années. »

Avec la ligne d’arrivée du nageur qui pointe à l’horizon, Desharnais commence à regarder plus loin, à son après-carrière. « J’ai complété mes études en kinésiologie et la médecine m’intéresse. Si je fais le saut, je sais que la nage en eau libre aura bien préparé le terrain. En médecine comme en eau libre, ça exige de la patience, de la persévérance, du travail sans relâche, un bon contrôle de soi, de l’assurance. Je ne renierai jamais mon sport et je sais que ça va me servir toute ma vie peu importe la direction que j’emprunterai. »