Aux États-Unis, dans le pays des extrêmes, faudra-t-il que les parents d’une ou de victimes de la fusillade survenue dans une école de la Floride poursuivent le FBI pour que les alertes cessent de tomber entre deux chaises?

Les alertes passant sous le radar

CHRONIQUE / J’attends depuis une semaine que notre protecteur nous rassure, que le ministre responsable de la Sécurité publique, Martin Coiteux, nous confirme qu’il exerce de la vigilance sur cet autre aspect du contrôle des armes à feu.

Ne trouveriez-vous pas opportun que le ministre Coiteux profite de ce qui se passe en Floride pour nous présenter les directives que les corps policiers de la province sont tenus de suivre dès qu’un cas préoccupant de santé mentale est associé à la possession d’armes à feu? Il est l’homme des coïncidences, celui qui nous a dévoilé le calendrier d’implantation du registre québécois des armes de chasse à la veille des commémorations de l’attentat de Québec...

Le rappel serait de mise étant donné que le FBI, le corps policier le plus financé et le mieux équipé au monde, a omis de traiter « comme une menace potentielle » le signalement de Nikolas Cruz, le responsable présumé du carnage commis dans une école secondaire et s’étant soldé par la mort de 17 personnes.

Pas un mot du ministre Coiteux. Pas davantage de statistiques pour démontrer l’existence d’un réseau d’alerte fonctionnant aussi efficacement au Québec que l’imposant dispositif de surveillance de crues des eaux.

J’ai publié à pareille date l’an dernier les maigres données qui m’avaient été fournies reliant la détresse à la surveillance des armes à feu. En 2016, la Sûreté du Québec a procédé à 487 saisies préventives d’armes à feu au Québec, dont 25 sur le territoire de l’Estrie. Aucune mise à jour depuis.

Ce sont des données brutes, sans précision quant à la source des signalements, qu’il s’agisse d’une femme ou d’autres membres d’une famille se sentant en danger durant une mauvaise passe d’un proche propriétaire d’armes à feu ou d’un professionnel de la santé.

À moins d’améliorations n’ayant pas été officiellement communiquées, le Service de police de Sherbrooke (SPS) ne comptabilise toujours pas isolément ce type d’intervention préventive. Ainsi, la saisie d’une corde à danser dans le milieu de vie d’une personne suicidaire est encore répertoriée dans le chiffrier du SPS dans le même rayon que celle d’armes à feu.

J’assumerai ma responsabilité d’enregistrer ma carabine et mon fusil de chasse sans rouspéter et je ne vise pas qu’à embarrasser le ministre Coiteux en ramenant cette question sur le tapis. C’est un volet de la prévention qui devrait nous être régulièrement communiqué par le ministre ou par des représentants du ministère pour contrer le sentiment d’insécurité alimenté par la couverture de cette autre tragédie humaine.

Souhaitons que les protestations des Américains inquiets et outrés durent jusqu’à forcer les législateurs des États n’exerçant aucune forme de contrôle sur les armes à souscrire à l’instauration de règles minimales. C’est à force de parler de ces cas ahurissants qu’on nourrit les perceptions laissant croire que le Canada est un semblable Far West. Or, il n’en est rien.

Dans ce pays d’extrêmes, faudra-t-il que les parents d’une ou de victimes de l’école de Parkland intentent des poursuites civiles contre le FBI et obtiennent dédommagement pour que les bottines suivent les babines?

« Il y a des poursuites civiles à peu près sur tout aux États-Unis, mais pour qu’il y ait faute et réparation dans un tel cas, un plaignant devrait démontrer que l’erreur du FBI a été commise de mauvaise foi. Je ne conseillerais pas à un client de s’engager dans une telle démarche », commente le criminaliste Jean-Pierre Rancourt, qui réside au Vermont, mais qui prend des causes des deux côtés de la frontière.

La récurrence va venir qu’à peser lourd et miner la crédibilité de la police fédérale américaine. Rappelons qu’Esteban Santiago, le tireur four qui avait semé la terreur à l’aéroport de Fort Lauderdale l’an dernier, s’était lui-même rapporté préalablement au FBI comme ancien combattant souffrant d’hallucinations. Un membre de sa famille avait dénoncé après l’assaut que les autorités aient rendu les armes à l’homme de 26 ans même s’il était toujours malade et potentiellement dangereux.