Un des orignaux errants ayant dû être abattus à East Hereford par des agents de protection de la faune avait été approché par Benjamin et Léandre Gagnon. Ce cas grave ne doit pas être confondu avec les escapades passagères qui surviennent à ce moment-ci de l'année en milieu urbain.

L'errance chez les orignaux

CHRONIQUE / Un autre orignal en cavale a été aperçu mercredi à Sherbrooke. Le temps d'appeler les agents de protection de la faune en renfort, il avait repris le large.
C'est la période des aventuriers qui surgissent de nulle part en ayant l'air complètement désorientés. S'ils sont alertes et se cherchent un corridor de fuite, tenez-vous à distance. Car, plus un animal sauvage se sent traqué plus il devient imprévisible.
Une autre sorte d'errance chez les orignaux nous montre des bêtes très mal en point, qui bougent peu et, parfois, plus du tout. Bien qu'encore sur leurs pattes, ces orignaux ont non seulement perdu leurs repères, ils ne réagissent même plus à la présence humaine. Ils ont la tête basse, qui bascule parfois sur le côté, et les oreilles rabattues.
La photo accompagnant illustrant cette chronique montre l'un de ces cas. Le 28 décembre dernier, les frères Benjamin et Léandre Gagnon ont pu s'approcher d'un orignal qui a eu l'air d'une statue à côté de celle de la Vierge-Marie, à la halte routière d'East Hereford. Des agents de protection de la faune sont allés l'achever.
La carcasse de l'animal n'a pas été envoyée pour analyse en laboratoire, mais tout porte à croire qu'il s'agissait d'une jeune femelle dont le cerveau a été attaqué par le parasite appelé vers du méninge.
« À la fin de l'automne et au début de l'hiver, les tiques se sont agglutinées aux orignaux, elles ont commencé à se nourrir de leur sang. Mais les ravages qu'elles causent ne sont généralement pas assez sévères à ce moment-là pour altérer complètement leurs facultés. Les cas d'épuisement associés aux tiques surviennent davantage au printemps », distingue le biologiste Éric Jaccard, responsable de la grande faune en Estrie.
Un deuxième orignal a dû être abattu dans le secteur d'East Hereford en mai.
« Nous n'avons pas suffisamment d'éléments pour relier ces deux cas et suspecter une dispersion de la maladie cérébrale », précise M. Jaccard.
Les agents de protection de la faune ont également mis un terme aux souffrances d'un orignal en mars à Eastman. Un 4e cas a été rapporté le mois suivant dans le Canton de Potton.
« Il y a légère augmentation du nombre de signalements pour des orignaux au comportement inopportun depuis le début de l'année, mais il n'est pas significatif. Nos équipes étaient intervenues à 17 reprises au cours des cinq premiers mois de 2016 et nous sommes à 19 dossiers pour la même période cette année », précise pour sa part le sergent François Laprise, du bureau régional de protection de la faune.
Des inspections visuelles ont révélé au cours des dernières années que pratiquement tous les orignaux récoltés par les chasseurs de l'Estrie sont porteurs de tiques. Malgré cela, la viande n'est pas contaminée.
Plusieurs des orignaux incommodés, au point où ils s'usent le pelage à force de se frotter aux arbres pour essayer de soulager leurs démangeaisons, réussissent à passer à travers. Ils retrouvent leur fourrure durant l'été, soit durant la période au cours de laquelle les tiques adultes gorgées de sang se laissent retomber au sol pour pondre les oeufs qui deviendront à leur tour des tortionnaires l'automne suivant.
« Il ne faut pas conclure à des séquelles permanentes et irréversibles dès qu'on voit un orignal hors de son milieu naturel. La meilleure chose à faire est de nous signaler tout comportement suspect. Nous dépêcherons des gens aptes à bien évaluer la situation », ajoute le biologiste Jaccard.
Les ravages causés par les tiques sont néanmoins identifiés comme facteur responsable d'une mortalité élevée, tant au Québec que dans les États limitrophes du Vermont, du New Hampshire et du Maine, où une baisse appréciable du cheptel a été constatée.