Cette idylle qui est née à Sherbrooke en 2006 forme maintenant une petite famille toute sherbrookoise; Vincent Millot, accompagné de sa femme Stéphanie et de leurs enfants Victoria et Thomas.

Le tennisman Vincent Millot adopte Sherbrooke pour de bon

Vincent Millot a concrétisé tout récemment son histoire d’amour avec Sherbrooke. Le joueur professionnel de tennis, Français d’origine, a non seulement marié une Sherbrookoise, mais il vient tout juste d’emménager pour de bon à Sherbrooke, avec sa petite famille. Histoire d’un coup de foudre.

Ils étaient environ une vingtaine de jeunes joueurs de tennis à avoir les yeux rivés sur le jeu du joueur français, vendredi matin au Centre récréatif Rock Forest.

Sous l’impulsion de François Lefebvre, Millot a partagé sa passion du tennis avec ces jeunes, qui ont non seulement pu échanger des coups en fond de terrain avec lui, mais aussi lui faire la jasette sur la vie sur le circuit des pros.

C’était un peu un retour aux sources pour Millot, qui n’a pratiquement manqué aucune édition du tournoi Futures de Sherbrooke, depuis 2005.

C’est d’ailleurs ici, à Sherbrooke, qu’il a connu le coup de foudre; même s’ils n’étaient alors âgés que de 20 et 19 ans, en 2006, Vincent Millot et Stéphanie Blanchard savaient. C’était l’amour, le vrai.

D’ailleurs, pendant que papa frappait les balles avec le sourire, Stéphanie s’occupait de leur deuxième enfant. Thomas, âgé de six mois, ressemble déjà énormément à son père. Quant à Victoria, âgée de quatre ans, elle était bien évidemment sur le court, pas trop loin des baskets de papa.

« Le plus drôle, c’est qu’à notre première rencontre, on avait déjà décidé d’avoir des enfants! Et que si c’était une fille, elle s’appellerait Victoria! », relate sa mère, en riant.

Voilà ce qu’on peut qualifier de coup de foudre!

« Vincent était alors en famille d’accueil chez Pierre Ouzilleau (entraîneur chez Tennestrie), et ma mère, qui jouait au tennis, hébergeait également des joueurs qui participaient au Futures. Je suis allée voir un match, et c’était lui qui était là. Je le trouvais mignon. Après son match, il a rencontré des amis communs à moi, sur le terrain. De fil en aiguille, on a parlé. Je le trouvais beau, galant. On est tombés fous amoureux! » se rappelle Stéphanie.

La relation s’est d’abord amorcée à distance; joueur sur le circuit de l’ATP, Vincent devait parcourir le monde afin de participer à des tournois où il espérait accumuler le plus de points possible afin de grimper les classements, et espérer toucher de meilleures bourses.

« Ça a coûté cher d’appels interurbains à mes parents! On se gardait au moins une heure, le vendredi, pour jaser. Sinon, on s’écrivait des lettres, on s’envoyait des « mails ». On n’avait pas les mêmes moyens de communication qu’aujourd’hui. »

« J’ai amassé mon argent, je me suis acheté un billet pour la France, et on a passé un mois ensemble. C’est là que tout s’est confirmé. »

Déménagée à Montréal, Stéphanie a poursuivi ses études universitaires en littérature comparée tout en étant serveuse, et la métropole québécoise est devenue leur port d’attache.

« Ce n’était pas facile, au début de sa carrière. Je lui ai payé des billets d’avion, je payais le loyer et il payait quand il pouvait. »

Le couple s’est marié en 2012, en France, dans un château de Bourgogne et il s’établit dans l’Hexagone, où Stéphanie amorce une maîtrise, à l’Université de Bourgogne, à Dijon. Elle est déjà enceinte de Thomas.

« Sherbrooke, c’est une histoire de cœur, pour moi. J’y ai rencontré ma femme et c’était mes premiers tournois où j’ai bien joué au tennis. Tout a commencé ici, presque, pour ma vie privée et professionnelle », acquiesce Millot.

« Ce fut un coup de foudre, réellement. Ça fait déjà 13 ans qu’on est ensemble. Nos vies étaient très opposées, étant jeunes, de par la distance. On n’avait pas les moyens de communication d’aujourd’hui. C’est assez beau d’avoir réussi à garder cette relation et à l’avoir amplifiée! »

Incertitude sociale en France

Le couple a cependant choisi de déménager à Sherbrooke, une décision motivée en grande partie par l’incertitude sociale qui teinte la vie en France depuis quelques années. Et le récent phénomène des Gilets jaunes n’est que la pointe de l’iceberg, a observé Stéphanie Blanchard.

« Le contexte social en France s’est beaucoup dégradé. Les Gilets jaunes, c’est rien. Depuis les attentats, il y a comme une peur qui s’est installée. Avec les enfants, je me voyais ici, dans un contexte plus paisible et où il y a plus d’opportunités de travail pour moi. En France, il n’y a pas de travail. »

Des propos appuyés par Vincent Millot.

« C’est surtout pour les enfants. Ça devient plus compliqué un peu partout. L’aspect sécurité nous a poussés à bouger. Le climat social est tendu en France. Le problème, c’est que le pouvoir d’achat est très très faible et le coût de la vie est assez cher. On ne se rend pas compte, on pense que la France est un pays riche, mais ce n’est pas le cas. C’est très paradoxal. Le Français moyen s’approche de la difficulté financière, il a de la misère à boucler les fins de mois. Voilà pourquoi il y a le mouvement des Gilets jaunes. J’ai vu ça de mes propres yeux; les gens sont désespérés. C’est triste. Le gouvernement paie les pots cassés des gouvernements précédents. Le pays est sur la corde raide depuis quelques années. J’espère que ça va changer. On est dans un climat de peur et un peu d’hostilité. »

L’après-carrière

Âgé de 32 ans, Vincent Millot lorgne déjà son après-carrière.

« J’ai été beaucoup blessé récemment. C’était le bon moment pour bouger et choisir la stabilité à Sherbrooke. Je joue pro depuis que j’ai 20 ans, et cette vie entraîne beaucoup de sacrifices, de toutes sortes », dit le Français.

« Il y a beaucoup de sacrifices financiers à faire au départ et beaucoup de sacrifices familiaux. Je ne compte plus les fêtes que j’ai ratées. On gagne de l’argent au tennis, mais seulement à partir d’un certain niveau; mais avant d’avoir atteint ce niveau, il faut être très très fort. »

« J’en ressors grandi, à mon âge, de tout ce bagage acquis. Au départ, ce fut compliqué, on a vécu des moments difficiles. De 2013 à 2017, ça a très bien été, mais avant, on faisait beaucoup plus attention. On a beau nous prévenir et nous préparer, rien ne vaut le vivre. »

« Je viens de démarrer une compagnie au Canada, spécialisée dans le luminaire sportif avec l’éclairage au LED, avec un associé français. La première année, je vais continuer à jouer, et amorcer le boulot pour cette compagnie. J’ai toujours réfléchi assez vite, il faut toujours prévoir. Même si je joue bien, on ne sait jamais. Ainsi, ça me permet une première porte de sortie. »