Voici les membres de l’édition 1968 de l’équipe du Sher-Lenn. Sur la première rangée de gauche à droite : Jean-Pierre Goyette, Denis Rose, Robert Laforest, Luc Landry et Denis Choquette. Deuxième rangée : Yves Longpré, Randall Warner, Jean-Raymond Lapierre, Pierre Provencher, Roger Roy, André Caya, Daniel Forget, Conrad Deschênes et Normand Houle. Troisième rangée : Yves Dubreuil (assistant-instructeur) et Amédée Roy (instructeur).

Le Sher-Lenn se souvient de 1968

C’était il y a 50 ans. Les joueurs étoiles de la ligue de baseball Sher-Lenn ne savaient pas encore que les plus beaux moments de leur enfance étaient devant eux. Pilotée par Amédée Roy, qui a donné son nom à un stade de baseball bien connu à Sherbrooke, l’équipe Sher-Lenn entamait alors une longue route qui l’a menée jusqu’à Williamsport et les Mondiaux de petites ligues de baseball.

En 1968, en pleine guerre du Vietnam, le Sher-Lenn devenait la première équipe de la région à atteindre le Championnat mondial des petites ligues. Cette formation pavait ainsi la voie à deux autres équipes sherbrookoises : en 1979, le Sher-Lenn répétait l’exploit avec Denis Gosselin et Normand Labelle et en 1983, les joueurs du Sher-Mont dirigés par Michel Gaudet et Gaétan Fortier se rendaient également à Williamsport, une petite ville en Pennsylvanie qui accueille encore aujourd’hui les Mondiaux.

C’est en gagnant d’abord les Provinciaux et ensuite les Nationaux que le Sher-Lenn a pu rêver au titre mondial. 

« Je me rappelle du moment où l’autobus traversait Detroit. Il y avait une tension raciale qui planait au-dessus de la ville. C’était un peu fou là-bas : notre autobus a été bombardé de roches! Dans l’imaginaire d’un petit gars de 12 ans, ça frappe! » confie le membre de l’équipe Conrad Deschenes.

Une fois arrivés sur place, les jeunes Sherbrookois ont vaincu le Nicaragua par la marque de 1-0 en prolongation. 

« Il y avait 6000 sièges au stade, mais autour du terrain, on pouvait accueillir de 15 000 à 20 000 autres amateurs! C’était immense. Il devait y avoir au moins 10 000 personnes lors de notre premier match! En prolongation, Yves Longpré a frappé un double et moi aussi, ce qui a forcé Yves à foncer vers le receveur et le marbre pour faire 1-0 », se souvient M. Deschenes. 

« Je me souviendrai toujours de la façon dont les Américains organisent les événements, souligne pour sa part Marc Boudreau. Les journaux en parlaient chaque jour, tout le monde se déplaçait pour assister aux parties : c’était gros! »

Pas moins de 10 000 spectateurs assistaient aux parties du Sher-Lenn à Williamsport.

La légende de Roger Miller

Par la suite, le Sher-Lenn affrontait une équipe du sud des États-Unis et son joueur étoile Roger Miller, repêché six ans plus tard par les Brewers de Milwaukee.

« On a perdu par la marque de 8 à 5, explique le lanceur Yves Longpré. Roger Miller avait frappé trois circuits et produit six points. J’avais voulu donner un but sur balles à Miller, mais Amédée Roy a refusé. »

« Amédée Roy voulait être bon joueur et faire preuve d’esprit sportif. Donner un but sur balles à un enfant de 12 ans, c’était impensable pour lui. Il ne voulait pas voler le spectacle », souligne Marc Boudreau. 

Finalement, le Japon a battu l’équipe américaine au compte de 1-0. Et pour la courte histoire, Roger Miller est décédé à la suite d’une explosion d’un réservoir d’acétylène en 1993 à l’âge de 38 ans après avoir évolué dans les ligues majeures.

Reçus par Jean Béliveau

Le Sher-Lenn a eu droit à un accueil réservé aux grands champions. 

« On a été invités par le maire Armand Nadeau et la Ville de Sherbrooke à signer le livre d’or. Jean Béliveau du Canadien de Montréal était présent lors de la réception civique. Il y avait même eu un défilé dans les rues pour célébrer la conquête du titre national », lance Conrad Deschenes.

Dans les années 90, on assistait à la mort à petit feu de la Petite Ligue Sherbrooke-Lennoxville-Fleurimont à la suite d’une longue bataille contre le baseball mineur et Baseball-Québec. 

« Ce que j’ai vécu grâce à la Petite ligue, c’est ce que je souhaite que tous les jeunes vivent un jour, et ce, aussi intensément que moi. Et tout ça passe par les bénévoles, comme notre ancien entraîneur Amédée Roy. »

Décédé après avoir vécu son rêve

Tous les amateurs de baseball rêvent à Williamsport. C’était le cas d’Amédée Roy, l’entraîneur du Sher-Lenn. Après avoir vécu son rêve en participant aux Mondiaux de petites ligues dans cette ville de Pennsylvanie, Amédée Roy est malheureusement décédé lors d’un accident et le stade de baseball de la rue du Parc, maintenant devenue la rue du Cégep, empruntait le nom de l’ancien échevin et représentant en assurances, reconnu pour sa passion du baseball. 

Depuis bientôt 50 ans, le stade porte le nom d’Amédée-Roy, mais l’endroit existe depuis 1938. Il a entre autres été le domicile des Pirates de Sherbrooke de 1972 à 1973, club professionnel des ligues mineures de baseball de niveau AA affilié aux Pirates de Pittsburgh.

Or, l’ancienne structure devenue désuète a été démolie en 1981 lors de la venue de l’équipe Junior A de la ligue de baseball mineur de Sherbrooke et le stade se trouve sous sa forme actuelle depuis ce temps. 

Les anciens membres du Sher-Lenn pilotés par Amédée Roy savent très bien pourquoi le nom de leur entraîneur a été donné au stade :

« Il a laissé sa marque dans le monde du baseball sherbrookois, estime Yves Longpré. Il était tellement heureux d’avoir atteint le Championnat mondial des petites ligues! »

« Amédée était un instructeur rigide, mais il savait comment diriger ses troupes! » se rappelle Conrad Deschesne. 

Aujourd’hui, quelques équipes de baseball mineur disputent leurs parties à ce stade reconnu pour sa butte particulière au champ gauche. Le stade Amédée-Roy est également le domicile des Expos de Sherbrooke, membres de la LBMQ.