L’arrivée du jeune gardien Rogatien Vachon en février demeure la principale source de réjouissance pour le Canadien durant cette saison en montagnes russes de 1966-1967.
L’arrivée du jeune gardien Rogatien Vachon en février demeure la principale source de réjouissance pour le Canadien durant cette saison en montagnes russes de 1966-1967.

Le rendez-vous manqué

Chronique / «Notre échec à la Coupe en 1967 représente une véritable honte. On avait l’équipe qu’il fallait. Il n’y avait aucune raison de perdre cette finale. Tout le monde parlait d’amener la Coupe à l’Expo 67, et ce fut une source de distraction pour nous. Et il a fallu qu’on se fasse battre! Ça me hante encore aujourd’hui. »

Les propos de Jacques Laperrière, repris en 2009 par Ken Campbell dans son livre Bleu! Blanc! Rouge! résument la cruelle déception qui n’a jamais quitté les joueurs du Canadien depuis la saison 1966-1967. L’équipe montréalaise paraissait imbattable après deux Coupes Stanley et rien ne devait la priver d’une troisième en cette année du centenaire de la Confédération. On raconte même que le maire Jean Drapeau avait fait installer un piédestal pour montrer le célèbre trophée aux nombreux visiteurs de l’été sur le site de Terre des Hommes.

En 1967, tout n’était pas aussi beau que dans la chanson de Beau Dommage. Pour les acteurs de la dynastie tranquille, c’est le douloureux rappel que la victoire n’est jamais acquise, c’est la défaite qui fait la différence entre une nouvelle dynastie qui ferait l’histoire, à l’image de celle de 1955 à 1960, et une dynastie trop facilement « oubliable ». Il est remarquable qu’il existe plus de livres sur le triomphe des Maple Leafs en 1967 que sur les quatre du Canadien, qui ont l’air de simples guillemets autour du sacre de la Ville-Reine. 

« De toutes les années où nous avons perdu, 1967 est celle qui m’a le plus marqué, avait confié Jean Béliveau à D’Arcy Jenish dans son livre Les Glorieux, publié en 2009. Et je sais qu’elle peina aussi mes coéquipiers, car nous avions une bonne équipe et aucune raison de perdre. » L’ex-capitaine, qui est resté dans l’entourage de son équipe jusqu’à sa mort en 2014, a pourtant eu de nombreuses occasions de savourer sa revanche, puisque les Maple Leafs n’ont plus jamais ramené la Coupe à Toronto depuis. En toute partisanerie, notons qu’ils n’ont même pas participé à une finale depuis ce printemps, alors que Montréal a accueilli 10 autres défilés sur la rue Sainte-Catherine.


Béliveau est aux premières loges en ce douloureux 2 mai 1967. Les Maple Leafs mènent la série finale 3-2 et le match 2-1 avec 55 secondes à jouer en troisième période. Toe Blake désigne son capitaine pour prendre une mise au jeu cruciale en territoire adverse et retire son gardien Lorne Worsley à la faveur d’un sixième attaquant. Son vis-à-vis Punch Imlach lui oppose Allan Stanley (un défenseur!), qu’il entoure de quatre autres vétérans, dont la moyenne d’âge avoisine 40 ans. 

Quand le juge de lignes jette la rondelle, Stanley se contente de la laisser glisser derrière lui, mais s’assure de tenir Béliveau en échec. Red Kelly s’en empare pour la remettre à Bob Pulford, qui la refile à son tour à George Armstrong, détaché à droite. Celui-ci traverse la zone centrale et n’a aucun mal à clouer le cercueil du Canadien avec un faible lancer de la ligne bleue. Imlach triomphe sans retenue devant son public tandis que Blake et ses hommes goûtent l’amertume inaltérable de la défaite. 

À la veille de la finale, l’instructeur des Maple Leafs avait joué gros en ciblant ses attaques sur le jeune gardien du Canadien, Rogatien Vachon, qui venait pourtant de battre les Rangers de New York en quatre matchs en demi-finale. « Vous ne pouvez pas dire que ce gardien de junior B va jouer contre une équipe de tireurs de pois en affrontant les Leafs. On va lui arracher la tête dès notre premier tir », avait-il prévenu, dans un langage tout en finesse. 

La suite a failli le faire mal paraître, puisque Vachon (21 ans) a d’abord signé une victoire éclatante de 6-2 en ouverture contre Terry Sawchuk (37 ans), relevé en troisième période par Johnny Bower (42 ans). Celui-ci ramènera les Leafs dans la série avant que Sawchuk lui reprenne sa place lors des trois derniers matchs, en raison d’une blessure. 

Toe Blake avait lui aussi misé sur l’expérience en dernier recours pour ce sixième match en confiant le filet à Lorne Worsley, appelé en relève à Rogatien Vachon en troisième période, trois jours plus tôt. Mais la performance de 39 arrêts du vieux Gump (37 ans) n’a pas eu le même effet qu’un an auparavant, alors qu’il avait tenu le fort tout au long des séries. 


Au-delà de ce douloureux dénouement en finale, l’arrivée de Rogatien Vachon en février demeure la principale source de réjouissance pour le Canadien au cours de cette saison en montagnes russes, la toute dernière de l’ère, faussement appelée, des six équipes d’origine. En raison des blessures à Worsley et du rendement décevant de Charlie Hodge, Sam Pollock doit faire appel à un gardien qui évoluait encore l’année précédente avec le Canadien de Thetford Mines, une filiale de la Ligue junior du Québec. 

« On savait qu’il jouerait dans la Nationale, se souvient aujourd’hui le Sherbrookois Onil Boutin, qui était son cochambreur à Thetford Mines. Il débordait de confiance et aimait le hockey comme personne. C’était un gars jovial, un vrai joueur d’équipe. » Vachon était bien entouré dans ce club, qui deviendra les Castors de Sherbrooke en 1969. On y retrouvait notamment les futures vedettes Gilbert Perreault, Richard Martin, Marc Tardif et Réjean Houle. « Il inspirait confiance, ajoute l’ex-défenseur Boutin. C’était un modèle pour nous autres. À son premier match, contre les Red Wings de Detroit, reprend-il, il avait arrêté Gordie Howe, seul devant lui. Il venait de gagner la confiance dont il avait besoin. »

Ses débuts spectaculaires raniment l’espoir du Canadien, qui poursuit sa progression de la dernière place au classement général à la deuxième, derrière les Black Hawks de Chicago. Si bien que Vachon devient rapidement le favori de la foule, des journalistes et même de Toe Blake, qui n’a pourtant pas la réputation de faire confiance aux jeunes. Mais les statistiques ne mentent pas. Le petit gardien termine le calendrier avec onze victoires, trois défaites, quatre nulles et une moyenne de buts alloués de 2,48. Hodge, qui a joué 37 parties, a accumulé le même nombre de victoires, mais quinze défaites et sept nulles. 


Worsley ne sera pas le seul à se retrouver sur la touche durant une période prolongée en 1966-1967. Le 17 décembre, Jean Béliveau reçoit la lame du bâton de Stan Mikita dans un œil. « C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec la palette banane, raconte-t-il dans sa biographie Ma vie bleu-blanc-rouge. Il s’agissait en fait d’un bâton dont la palette était ridiculement courbée. Mikita et Bobby Hull avaient adopté ce bâton en croyant qu’il pouvait améliorer leur lancer. Effectivement, ces bâtons banane terrorisaient certains gardiens de but, mais ils étaient aussi très dangereux pour certains joueurs, tellement qu’on les a plus tard interdits. »

L’œil de Béliveau mettra 17 matchs à se cicatriser. Pendant la convalescence, certains journalistes et commentateurs racontent que le Gros Bill se retrouve plus souvent qu’à son tour sur la liste des blessés. « Ces sages messieurs des médias laissaient entendre que j’étais devenu “fragile” avance-t-il cinglant dans sa biographie. J’étais, selon eux, souvent blessé et rarement capable de jouer durant toute une saison. Or, c’était absolument faux. On accordait tout simplement plus d’attention à mes blessures qu’à celles des autres joueurs », argumente-t-il, chiffres à l’appui. 

Comme pour donner raison à Béliveau, trois défenseurs rateront une dizaine de matchs au cours de la saison 1966-1967. Tour à tour, Terry Harper, Jacques Laperrière et Jean-Claude Tremblay tomberont au combat. Ce dernier adoptera le casque protecteur à son retour d’une commotion cérébrale subie à la suite d’un violent coup de coude de Reggie Flemming, des Rangers, qui laissera le défenseur inconscient sur la glace durant de longues minutes. En fait, aucun joueur du Canadien ne jouera 70 matchs cette saison-là.


Henri Richard s’en tire mieux que la plupart de ses coéquipiers en ne manquant que cinq matchs. Il en profite pour connaître une de ses meilleures saisons des années 1960, avec 21 buts et 34 passes. Qu’on se comprenne, le valeureux centre ne connaîtra jamais de production de 80 points, comme en 1957-1958, alors qu’il était flanqué de son frère Maurice et de Dickie Moore. Mais son aversion viscérale contre la défaite inscrite dans ses gènes continue d’inspirer ses coéquipiers.

« Il y a toujours eu des leaders qui prêchaient par l’exemple plus que par les discours, et Henri a certes été un exemple extrême, avait confié Gilles Tremblay dans la biographie 40 ans avec le Canadien que lui a consacrée Guy Robillard en 2008. Il n’avait pas à dire un mot : on ne pouvait pas jouer à ses côtés sans avoir le goût de travailler, car il se défonçait à tous les matchs. »

Habile marqueur, Henri Richard prenait surtout plaisir dans le rôle de « fabricant de jeux », comme on dit. Pas étonnant qu’il se retrouve sur de nombreuses photos de Frank Prazak au cours de ces années. « Il était toujours près de la rondelle, comme s’il savait où elle irait », m’avait confié celui qui nous a offert toutes les photos tirées de Perspectives et de Weekend Magazine reproduites dans cette série de chroniques.

« Henri, c’était un gars de zone : il demandait la rondelle et ne la redonnait qu’en territoire offensif, rappelle Gilles Tremblay. […] Mais une fois passée la ligne bleue, on aurait dit qu’il jugeait son travail terminé. Et il cherchait un coéquipier à qui remettre la rondelle. On lui disait souvent “lance donc, Henri! ’’ Il était trop généreux. On lui rappelait souvent qu’il avait le droit de marquer des buts lui aussi. D’autant qu’il s’était donné le plus de mal. »

Malgré son tempérament taciturne, ses sautes d’humeur légendaires, l’ombre de son frère Maurice qui ne l’a jamais quitté et la maladie des dernières années, Henri Richard aura suivi le chemin qu’il s’était tracé dès l’enfance. À 8 ans seulement, racontent Léandre Normand et Pierre Bruneau dans Les Légendes des Canadiens, il avait déjà énoncé ses trois rêves : jouer pour le Canadien, épouser Lise Villiard et avoir sa taverne. À sa mort, le 6 mars dernier, il avait plus de bagues de la Coupe Stanley que de doigts pour les enfiler, son amie d’enfance lui avait tenu la main tout au long des 63 dernières années de sa vie et il a possédé une taverne de l’avenue du Parc durant 25 ans. 

Richard n’a perdu qu’une finale durant sa carrière, celle de 1967. Il aura l’occasion de se reprendre l’année suivante, marquée par l’’ajout de six équipes la Ligue. 

Nous plongerons samedi prochain dans cette nouvelle ère, marquée par de nouvelles couleurs, un nouveau Forum et de nouveaux visages.


Le grand Jean Béliveau était aux premières loges au printemps 1967 dans la douloureuse défaite du Canadien face aux « vieux » Maple Leafs de Toronto en finale de la Coupe Stanley.

Béliveau est aux premières loges en ce douloureux 2 mai 1967. Les Maple Leafs mènent la série finale 3-2 et le match 2-1 avec 55 secondes à jouer en troisième période. Toe Blake désigne son capitaine pour prendre une mise au jeu cruciale en territoire adverse et retire son gardien Lorne Worsley à la faveur d’un sixième attaquant. Son vis-à-vis Punch Imlach lui oppose Allan Stanley (un défenseur!), qu’il entoure de quatre autres vétérans, dont la moyenne d’âge avoisine 40 ans. 

Quand le juge de lignes jette la rondelle, Stanley se contente de la laisser glisser derrière lui, mais s’assure de tenir Béliveau en échec. Red Kelly s’en empare pour la remettre à Bob Pulford, qui la refile à son tour à George Armstrong, détaché à droite. Celui-ci traverse la zone centrale et n’a aucun mal à clouer le cercueil du Canadien avec un faible lancer de la ligne bleue. Imlach triomphe sans retenue devant son public tandis que Blake et ses hommes goûtent l’amertume inaltérable de la défaite. 

À la veille de la finale, l’instructeur des Maple Leafs avait joué gros en ciblant ses attaques sur le jeune gardien du Canadien, Rogatien Vachon, qui venait pourtant de battre les Rangers de New York en quatre matchs en demi-finale. « Vous ne pouvez pas dire que ce gardien de junior B va jouer contre une équipe de tireurs de pois en affrontant les Leafs. On va lui arracher la tête dès notre premier tir », avait-il prévenu, dans un langage tout en finesse. 

La suite a failli le faire mal paraître, puisque Vachon (21 ans) a d’abord signé une victoire éclatante de 6-2 en ouverture contre Terry Sawchuk (37 ans), relevé en troisième période par Johnny Bower (42 ans). Celui-ci ramènera les Leafs dans la série avant que Sawchuk lui reprenne sa place lors des trois derniers matchs, en raison d’une blessure. 

Toe Blake avait lui aussi misé sur l’expérience en dernier recours pour ce sixième match en confiant le filet à Lorne Worsley, appelé en relève à Rogatien Vachon en troisième période, trois jours plus tôt. Mais la performance de 39 arrêts du vieux Gump (37 ans) n’a pas eu le même effet qu’un an auparavant, alors qu’il avait tenu le fort tout au long des séries. 


Au-delà de ce douloureux dénouement en finale, l’arrivée de Rogatien Vachon en février demeure la principale source de réjouissance pour le Canadien au cours de cette saison en montagnes russes, la toute dernière de l’ère, faussement appelée, des six équipes d’origine. En raison des blessures à Worsley et du rendement décevant de Charlie Hodge, Sam Pollock doit faire appel à un gardien qui évoluait encore l’année précédente avec le Canadien de Thetford Mines, une filiale de la Ligue junior du Québec. 

« On savait qu’il jouerait dans la Nationale, se souvient aujourd’hui le Sherbrookois Onil Boutin, qui était son cochambreur à Thetford Mines. Il débordait de confiance et aimait le hockey comme personne. C’était un gars jovial, un vrai joueur d’équipe. » Vachon était bien entouré dans ce club, qui deviendra les Castors de Sherbrooke en 1969. On y retrouvait notamment les futures vedettes Gilbert Perreault, Richard Martin, Marc Tardif et Réjean Houle. « Il inspirait confiance, ajoute l’ex-défenseur Boutin. C’était un modèle pour nous autres. À son premier match, contre les Red Wings de Detroit, reprend-il, il avait arrêté Gordie Howe, seul devant lui. Il venait de gagner la confiance dont il avait besoin. »

Ses débuts spectaculaires raniment l’espoir du Canadien, qui poursuit sa progression de la dernière place au classement général à la deuxième, derrière les Black Hawks de Chicago. Si bien que Vachon devient rapidement le favori de la foule, des journalistes et même de Toe Blake, qui n’a pourtant pas la réputation de faire confiance aux jeunes. Mais les statistiques ne mentent pas. Le petit gardien termine le calendrier avec onze victoires, trois défaites, quatre nulles et une moyenne de buts alloués de 2,48. Hodge, qui a joué 37 parties, a accumulé le même nombre de victoires, mais quinze défaites et sept nulles. 


Worsley ne sera pas le seul à se retrouver sur la touche durant une période prolongée en 1966-1967. Le 17 décembre, Jean Béliveau reçoit la lame du bâton de Stan Mikita dans un œil. « C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec la palette banane, raconte-t-il dans sa biographie Ma vie bleu-blanc-rouge. Il s’agissait en fait d’un bâton dont la palette était ridiculement courbée. Mikita et Bobby Hull avaient adopté ce bâton en croyant qu’il pouvait améliorer leur lancer. Effectivement, ces bâtons banane terrorisaient certains gardiens de but, mais ils étaient aussi très dangereux pour certains joueurs, tellement qu’on les a plus tard interdits. »

L’œil de Béliveau mettra 17 matchs à se cicatriser. Pendant la convalescence, certains journalistes et commentateurs racontent que le Gros Bill se retrouve plus souvent qu’à son tour sur la liste des blessés. « Ces sages messieurs des médias laissaient entendre que j’étais devenu “fragile” avance-t-il cinglant dans sa biographie. J’étais, selon eux, souvent blessé et rarement capable de jouer durant toute une saison. Or, c’était absolument faux. On accordait tout simplement plus d’attention à mes blessures qu’à celles des autres joueurs », argumente-t-il, chiffres à l’appui. 

Comme pour donner raison à Béliveau, trois défenseurs rateront une dizaine de matchs au cours de la saison 1966-1967. Tour à tour, Terry Harper, Jacques Laperrière et Jean-Claude Tremblay tomberont au combat. Ce dernier adoptera le casque protecteur à son retour d’une commotion cérébrale subie à la suite d’un violent coup de coude de Reggie Flemming, des Rangers, qui laissera le défenseur inconscient sur la glace durant de longues minutes. En fait, aucun joueur du Canadien ne jouera 70 matchs cette saison-là.



Henri Richard

Henri Richard s’en tire mieux que la plupart de ses coéquipiers en ne manquant que cinq matchs. Il en profite pour connaître une de ses meilleures saisons des années 1960, avec 21 buts et 34 passes. Qu’on se comprenne, le valeureux centre ne connaîtra jamais de production de 80 points, comme en 1957-1958, alors qu’il était flanqué de son frère Maurice et de Dickie Moore. Mais son aversion viscérale contre la défaite inscrite dans ses gènes continue d’inspirer ses coéquipiers.

« Il y a toujours eu des leaders qui prêchaient par l’exemple plus que par les discours, et Henri a certes été un exemple extrême, avait confié Gilles Tremblay dans la biographie 40 ans avec le Canadien que lui a consacrée Guy Robillard en 2008. Il n’avait pas à dire un mot : on ne pouvait pas jouer à ses côtés sans avoir le goût de travailler, car il se défonçait à tous les matchs. »

Habile marqueur, Henri Richard prenait surtout plaisir dans le rôle de « fabricant de jeux », comme on dit. Pas étonnant qu’il se retrouve sur de nombreuses photos de Frank Prazak au cours de ces années. « Il était toujours près de la rondelle, comme s’il savait où elle irait », m’avait confié celui qui nous a offert toutes les photos tirées de Perspectives et de Weekend Magazine reproduites dans cette série de chroniques.

« Henri, c’était un gars de zone : il demandait la rondelle et ne la redonnait qu’en territoire offensif, rappelle Gilles Tremblay. […] Mais une fois passée la ligne bleue, on aurait dit qu’il jugeait son travail terminé. Et il cherchait un coéquipier à qui remettre la rondelle. On lui disait souvent “lance donc, Henri! ’’ Il était trop généreux. On lui rappelait souvent qu’il avait le droit de marquer des buts lui aussi. D’autant qu’il s’était donné le plus de mal. »

Malgré son tempérament taciturne, ses sautes d’humeur légendaires, l’ombre de son frère Maurice qui ne l’a jamais quitté et la maladie des dernières années, Henri Richard aura suivi le chemin qu’il s’était tracé dès l’enfance. À 8 ans seulement, racontent Léandre Normand et Pierre Bruneau dans Les Légendes des Canadiens, il avait déjà énoncé ses trois rêves : jouer pour le Canadien, épouser Lise Villiard et avoir sa taverne. À sa mort, le 6 mars dernier, il avait plus de bagues de la Coupe Stanley que de doigts pour les enfiler, son amie d’enfance lui avait tenu la main tout au long des 63 dernières années de sa vie et il a possédé une taverne de l’avenue du Parc durant 25 ans. 

Richard n’a perdu qu’une finale durant sa carrière, celle de 1967. Il aura l’occasion de se reprendre l’année suivante, marquée par l’’ajout de six équipes la Ligue. 

Nous plongerons samedi prochain dans cette nouvelle ère, marquée par de nouvelles couleurs, un nouveau Forum et de nouveaux visages.