Brandon Frattaroli (27) a connu un premier match de rêve dans la LHJMQ avec trois points dans un gain des Olympiques. — Photo Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

Le Phœnix perd un match de fou

Ce n’était vraiment pas parti pour ça, mais la minuscule foule qui s’est déplacée au centre Robert-Guertin mercredi soir a été récompensée en restant jusqu’à la fin en assistant à un événement peu commun.

Les 1843 spectateurs annoncés ont eu droit à 40 minutes de jeu terne de la part des Olympiques de Gatineau, mais les 20 dernières minutes ont tout effacé pour faire passer ce match dans la catégorie des légendes pour les locaux.

Les protégés d’Éric Landry ont d’abord comblé un déficit de 4-2 après deux périodes pour transformer une prestation décevante en victoire de 7-5 contre le Phœnix de Sherbrooke. Marek Zachar, Mathieu Olivier, Nicolas Poulin, Yaroslav Alexeyev et Nicolas Roy ont marqué dans la défaite pour les visiteurs.

Pour couronner ce match de fou, le gardien Tristan Bérubé est devenu le troisième gardien des Olympiques à marquer un but au cours de l’histoire récente. Après François Brassard et Mathieu Bellemare, Bérubé a expédié un haut ballon dans une cage déserte pour concrétiser la victoire des siens.

Le gardien était fou de joie. Ne sachant pas trop quoi faire pour célébrer, il a suivi la recommandation du capitaine Alex Breton d’aller «taper dans les mitaines» des joueurs au banc comme le font tous les buteurs !

«C’est un rêve de jeunesse de marquer un but. Comme gardien, tu y penses souvent, mais les occasions sont rares. J’ai eu la chance de l’essayer en fin de match et j’ai probablement réussi mon meilleur tir à vie sur la séquence ! Avec une avance d’un seul but, c’était risqué un peu, mais j’ai expédié la rondelle haut dans les airs pour être sûr que mon tir ne serait pas intercepté. J’étais tellement content, je ne savais pas comment réagir ! Je ne me rendais pas compte de ce qui venait de se passer ! Puis, Alex Breton m’a dit d’aller au banc !»

Bérubé était bien au fait de l’historique des gardiens des Olympiques capables de marquer des buts.

«Quand Mathieu a compté l’année dernière, j’étais tellement heureux pour lui. Je me disais que ça devait être tripant. Puis, nous étions déjà tous les deux au courant des exploits offensifs de François Brassard.»

Le gardien de 18 ans a également fait son travail de bloquer des rondelles. Les Olympiques ont été dominés 39-29 au chapitre des tirs par les Sherbrookois et Bérubé a souvent été laissé à lui-même pendant les deux premières périodes. Ses prouesses ont permis à ses coéquipiers de remonter la pente en troisième période grâce à deux buts de Shawn Boudrias. Anthony Beauchamp avait amorcé la remontée, puis Giordano Finoro a lui aussi inscrit son deuxième but du match pour donner une première avance de 5-4 aux locaux à la 52e minute de jeu.

Dans cette première victoire en cinq matches, les partisans des Olympiques ont peut-être assisté à la naissance d’une étoile. Rappelé des Lions du Lac St-Louis pour venir en aide à une attaque moribonde, Brandon Frattaroli a connu un début de carrière de rêve dans la LHJMQ en héritant la première étoile avec trois mentions d’aide.

L’avantage numérique, qui a produit trois buts en quatre tentatives, a aidé les Gatinois à revenir de l’arrière. Celle des Sherbrookois s’est réveillé après un long passage à vide, mais ça n’a pas été suffisant pour aller chercher les deux points.

Frattaroli se pince

Brandon Frattaroli devait se pincer à la fin de la rencontre. Jamais il n’aurait osé croire qu’il récolterait trois points à son baptême dans le circuit Courteau.

«Jamais ! J’étais nerveux parce que c’est mon objectif de jouer dans cette ligue. La marche est grande entre le midget AAA et la LHJMQ, mais j’arrivais en pleine confiance», a dit celui qui venait d’inscrire 14 points à ses cinq derniers matches avec les Lions. Il était également le deuxième meilleur compteur de la ligue avec 56 points en 31 matches.

Rapidement, il s’est retrouvé avec des joueurs offensifs pour se mettre à l’aise. Il s’est bien entendu avec Giordano Finoro et Jeffrey Durocher. «C’est une belle connexion italienne ! Finoro m’a aidé à me calmer avant le match. Je suis content des points, mais surtout de la victoire.»

Fou et frustrant

Un match de fou, un match frustrant. Le Phœnix a laissé filer une avance de deux buts et du même coup, deux points importants. En fait quatre, puisque l’entraîneur sherbrookois avait justement qualifié cette soirée de partie de quatre points.

Face à un rival au classement, les hommes de Stéphane Julien ne pouvaient se permettre de laisser les Olympiques revenir de l’arrière de cette façon, convient l’entraîneur.

« On dominait. Il n’y avait plus de match après 40 minutes : c’était 4-2. Mais les mauvaises punitions ont ouvert la porte aux Olympiques. On ne donnait pas de chances à l’adversaire et soudainement, on a manqué de concentration. Gatineau connaissait aussi l’importance de cette partie », souffle le pilote sherbrookois.

Maintenant au 9e rang, Gatineau a pris une avance de sept points sur Sherbrooke, 11e. Une victoire pour le Phœnix lui aurait permis d’être à trois points des Olympiques.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, les locaux ont vu leur gardien marquer leur septième but, le coussin de sécurité : 7-5 marque finale.

« Je n’ai jamais vu ça en personne dans la LHJMQ », admet Julien.

En fait, Tristan Bérubé est le huitième à réaliser l’exploit. Et d’une brillante façon.

« C’est un match frustrant. Dans une saison de hockey, ça peut arriver, mais le moment est mal choisi. D’habitude, on conserve nos avances. Mais pas cette fois. On devra digérer la défaite et revenir en force vendredi », espère Stéphane Julien.

Le point positif : les cinq buts comptés. Le point négatif : les trois filets accordés avec un homme en moins.

« Notre jeu en avantage numérique (2/5) a été efficace également », précise Julien, tentant de cibler les éléments encourageants.

Le Phœnix a toutefois encore été l’équipe ayant attaqué le plus souvent le gardien adverse : 39 contre 29 les lancers. Heureusement, la qualité de ces tirs était tout de même élevée.

« Nos cinq buts en témoignent », avance Julien.

Prochaine partie du Phœnix : vendredi soir contre Alexis Lafrenière et l’Océanic de Rimouski, à 19 h au Palais des sports. Un troisième duel en quatre soirs aura lieu à Drummondville samedi.

« On prendra trois heures d’autobus pour se remettre de cette défaite et par la suite, il faudra répliquer rapidement », conclut Stéphane Julien.  - Jérôme Gaudreau