Le père du Tour cycliste de l’Abitibi est peiné de l’annulation de la course

Sans porter un jugement sur la décision des organisateurs d’annuler l’un des événements-phare de la vie estivale du nord-ouest québécois, le père du Tour de l’Abitibi ne pouvait cacher une certaine tristesse face à l’annulation de cette épreuve cycliste internationale. Au point où il aurait souhaité que ce rendez-vous annuel soit tenu dans un cadre plus modeste et un peu plus tard en 2020, plutôt que pas du tout.

À l’instar de la Coupe Rogers de tennis, mais contrairement au Tour de France, qui a été déplacé à l’automne, le 52e Tour de l’Abitibi, qui devait être présenté du 13 au 19 juillet avec Rouyn-Noranda comme ville-hôtesse, n’aura pas lieu en 2020.

La nouvelle a été confirmée par les dirigeants de l’événement par voie de communiqué, mercredi matin. Le communiqué précise que la décision a fait suite à l’annonce du gouvernement du Québec, vendredi, d’empêcher la tenue d’événements publics culturels et sportifs jusqu’au 31 août.

Les organisateurs ont fait part de leur intention de tenir la course en 2021, dans une ville-hôtesse qui sera identifiée au cours des prochains mois.

«C’a été une décision vraiment très difficile à prendre», a affirmé la présidente du comité organisateur, Suzanne Fortin, en entrevue avec La Presse canadienne mercredi après-midi.

«On a reculé le moment de prendre cette décision le plus possible parce qu’on espérait que les choses se rétablissent. On ne veut jamais penser au pire, on se dit toujours ‘ça va se replacer, notre événement est en juillet, tout le monde va célébrer dans la fraternité’. Mais en fin de compte, ce n’est pas ça qui se passe présentement, et avec les annonces qui sont tombées en fin de semaine, on n’avait pas le choix. On ne peut pas répondre aux conditions demandées par les autorités», a ajouté Mme Fortin, qui a entamé sa 10e année à la tête de l’événement.

La nouvelle, également publiée sur la page Facebook de l’événement, a suscité des réactions, dont une venant d’un responsable de l’équipe du Danemark, Steen Bluhm Hansen.

«C’est une triste nouvelle, car nous avions déjà planifié de venir à votre fantastique course cycliste avec l’équipe nationale danoise. Je vois le Tour de l’Abitibi comme l’une des meilleures courses cyclistes, sinon la meilleure du calendrier junior masculin de l’UCI. Une super compétition du plus haut niveau international, mais avec du respect entre cyclistes et de l’esprit sportif. Nous sommes donc très déçus car je sais que des cyclistes danois avaient placé cette course au sommet de leur priorité cette année.»

La veille, en soirée, un membre de l’organisation avait fait part de la nouvelle à Léandre Normand, cet ancien journaliste abitibien qui a créé l’événement en 1969.

Normand y est demeuré attaché au point d’y assister bon an mal an, même s’il vit à Montréal depuis déjà de nombreuses années. Et il comptait bien y retourner encore cet été. Il en est tellement imprégné qu’il a produit, en 2018, une véritable encyclopédie de 421 pages pour commémorer les 50 ans d’existence d’un événement qui est venu près de s’effacer du portrait régional de nombreuses fois.

Sur sa page Facebook, mercredi après-midi, Normand a d’ailleurs très bien résumé ces embûches qui se sont dressées devant le Tour de l’Abitibi, mais sans jamais parvenir à le faire dérailler de sa route. Jusqu’à l’arrivée de la COVID-19.

«Ni les problèmes financiers récurrents, ni le retrait de certaines villes importantes, ni le manque de bénévoles, ni les problèmes logistiques, ni le mécontentement des automobilistes impatients, ni les remises en question internes, ni le manque de collaboration de certains dirigeants municipaux, ni la mauvaise température, ni les inévitables accidents de course, ni le mépris de certaines instances internationales, ni celui de trop de grands médias, ni l’éloignement des grands centres ou une topographie peu propice au cyclisme au départ; voilà qu’un petit virus devenu pandémie vient interrompre cet événement merveilleux qu’est devenu le Tour de l’Abitibi après 51 ans sans interruption. Voilà que ce qui est devenu l’une des grandes fiertés de l’Abitibi est forcée de s’arrêter et d’annuler sa 52e édition.»

Normand n’aurait été nullement offusqué si le Tour avait été présenté selon un format différent. Il aurait bien vu, par exemple, l’événement se tenir pendant la Fête du Travail. Ç’aurait alors été un beau clin d’oeil aux origines du Tour, note-t-il, en faisant remarquer que la toute première course avait été tenue à ce moment précis de l’année.

«Peut-être à cause de la difficulté d’avoir des classes si les écoles ont recommencé, ce qui va être le cas, on aurait peut-être pu le réduire à trois jours pendant la Fête du Travail», a-t-il ajouté en rappelant que le Tour a besoin des établissements scolaires pour loger les cyclistes.

«S’il aurait été difficile de faire venir des équipes internationales, on aurait pu revenir vraiment aux origines et en faire une course panaméricaine. J’aurais mieux aimé un Tour plus restreint, plus modeste, que de l’annuler complètement dans la mesure où c’est faisable. Mais je ne veux surtout pas porter un jugement sur la décision (des organisateurs), elle est sûrement très éclairée.»

Normand était également triste pour un groupe bien précis d’athlètes.

«J’ai aussi une pensée pour tous ces coureurs juniors de deuxième année qui s’étaient donné comme objectif d’améliorer leurs résultats de 2019 ou de connaître un grand Tour en 2020. Hélas, ils n’auront pas la chance de se reprendre. Je suis triste pour eux.»