Yuri Davis-Martel a choisi l'exil aux États-Unis pour poursuivre son développement et le jeune Sherbrookois ne regrette pas sa décision.

Le parcours atypique d'un hockeyeur sherbrookois

Yuri Davis-Martel n'a pas emprunté le chemin le plus traditionnel pour atteindre son rêve, celui d'être repêché dans la LNH. En sortant des sentiers battus, le hockeyeur sherbrookois espère atteindre les plus hauts sommets.
Après avoir été retranché à sa première participation au camp des Cantonniers de Magog, Yuri Davis-Martel a disputé une saison complète avec les Harfangs midget espoir de l'école secondaire du Triolet pour finalement effectuer le grand saut vers les États-Unis à l'âge de 16 ans.
« Je n'étais pas un joueur étoile avec des habiletés incroyables, admet le Sherbrookois. Je travaillais fort et je n'ai jamais cessé de vouloir apprendre. Il y a deux ans, j'ai connu une belle saison dans le midget espoir et j'ai été invité à un tournoi d'évaluation à Boston. Je tentais alors ma chance dans la North America Hockey League. J'étais encore jeune, je n'ai pas fait l'équipe, mais ça m'a valu une place au sein du Wild d'Iowa U16 AAA. »
Si son père l'encourageait à foncer tête baissée, sa mère semblait plus réticente.
« Elle était contre l'idée que je parte de la maison à 16 ans pour aller aux États-Unis. Aujourd'hui, elle est fière du choix que j'ai fait. Il faut toutefois avoir la volonté de réussir et être discipliné. Je voulais apprendre l'anglais, avoir du succès dans mes études tout en jouant du hockey de haut niveau. Soudainement, j'avais plus de motivation à l'école et au lieu d'avoir des C dans mon bulletin, j'avais des B ou des A », raconte-t-il fièrement.
Espérant atteindre le niveau suivant, Yuri Davis-Martel a tenté sa chance dans la USHL, le meilleur niveau aux États-Unis.
Des États-Unis à Vancouver
« J'ai bien fait sans toutefois réussir à me tailler un poste. Je suis retourné avec le Wild, mais avec l'équipe des moins de 18 ans. Je n'ai jamais cessé de progresser et je me suis fait connaître en tant que défenseur robuste ayant un bon sens du jeu et un bon lancer. Mes entraîneurs m'ont ensuite recommandé aux Capitals de Cowichan Valley à Vancouver, membres de la British Colombia Hockey League, une ligue comparable au junior majeur », explique le jeune athlète.
Son objectif? Connaître une belle saison à ses débuts dans la BCHL et obtenir une invitation ou une bourse d'études d'un collège américain pour ensuite être repêché.
« Je vais participer à un camp d'évaluation en vue du repêchage de la LNH dans quelques semaines et je tenterai de me démarquer. D'ici trois ans, j'aimerais bien être repêché ou obtenir un essai avec une organisation de la LNH. »
Selon lui, plusieurs chemins mènent aux ligues majeures et celui qu'il a emprunté semblait le plus logique dans son cas.
« Si j'avais à conseiller les hockeyeurs québécois, je leur dirais de ne pas avoir peur de sortir du lot et de foncer. Il n'y a pas que la LHJMQ qui permet d'atteindre le niveau supérieur. Si c'était à refaire, je referais la même chose. Je sais que je pourrais percer l'alignement d'une équipe junior majeur, mais je refuse de fermer les portes qui s'ouvrent devant moi chez les collèges américains », note le défenseur.
« Yuri est un athlète exceptionnel, estime pour sa part Louis Gravel, recruteur chez les Capitals de Cowichan Valley. Il s'est présenté à notre camp et il démolissait les autres jeunes. Yuri est admissible au repêchage, mais on ne se fait pas d'idées. Il suffit qu'il décroche une invitation dans la division 1 aux États-Unis et il se fera remarquer par la suite. »
Un retard à rattraper au Québec
Louis Gravel ne mâche pas ses mots quand vient le temps de parler du développement des hockeyeurs québécois. Selon l'ancien gardien des Remparts de Québec, maintenant devenu recruteur pour les Capitals de Cowichan Valley, peu d'options sont offertes au Québec et de plus en plus de hockeyeurs semblent attirés par le reste du Canada et les États-Unis.
L'ancien entraîneur des Gee-Gees d'Ottawa a roulé sa bosse en Europe avant de faire le saut en Colombie-Britannique pour devenir entre autres professeur en immersion française il y a environ 25 ans. Gravel se dit étonné de constater à quel point plusieurs avenues se présentaient aux hockeyeurs de l'Ouest canadien.
« Le problème au Québec, c'est qu'il y a un immense cran entre le junior AAA et la LHJMQ. Et après, il y a les rangs collégiaux, une ligue scolaire plus faible que le junior AAA. Dans l'Ouest, les meilleurs joueurs d'âge midget ont au moins deux options : la BCHL ou le junior majeur, La BCHL est probablement le meilleur circuit pour faire le saut ensuite vers les universités américaines et compte de très bons étudiants qui n'ont pas à voyager autant que les joueurs du junior majeur », avance Louis Gravel.
Trois joueurs provenant de la BCHL ont d'ailleurs été repêchés en première ronde lors de l'encan de 2016 de la LNH : Dennis Cholowski, Dante Frabbro et Tyson Jost.
« Pendant ce temps, deux membres de la LHJMQ étaient sélectionnés en première ronde. Quand je vois qu'il y a de plus en plus de jeunes Québécois qui désertent la province pour aller jouer ailleurs, je trouve ça triste. Ça n'arriverait peut-être pas si plus d'options étaient proposées au Québec. Mais la LHJMQ veut tout contrôler. Elle vend un rêve aux joueurs d'ici. Un rêve que seulement 5 % des joueurs vivent », clame-t-il.
D'après le recruteur, le Québec aurait tout intérêt à miser sur un circuit scolaire parallèle.
« Est-ce que l'expansion de la Ligue de hockey préparatoire scolaire est une bonne nouvelle? Probablement. Si les institutions scolaires continuent de développer un bon programme, cela pourrait permettre au Québec de garder ses joueurs ici », résume-t-il.
À lire demain
Classé au 8e rang chez les espoirs du prochain encan de la LHJMQ, Jérémy Jacques lorgne les États-Unis.