Jérôme Gaudreau
La Tribune
Jérôme Gaudreau
Les prestations de Jesperi Kotkaniemi et de Nick Suzuki peuvent panser les plaies laissées par l’élimination rapide du Canadien et l’obtention d’un choix plus tardif au repêchage. Mais est-ce que ce sera assez pour permettre au Canadien de devenir une équipe de premier plan?
Les prestations de Jesperi Kotkaniemi et de Nick Suzuki peuvent panser les plaies laissées par l’élimination rapide du Canadien et l’obtention d’un choix plus tardif au repêchage. Mais est-ce que ce sera assez pour permettre au Canadien de devenir une équipe de premier plan?

Le jeu en valait-il la chandelle?

CHRONIQUE / Et voilà, c’est terminé. Pendant que l’heure était déjà au bilan chez le Canadien en fin de semaine, les jeunes Flyers se préparaient pour le deuxième tour des séries. Après avoir éliminé les Penguins lors de la phase qualificative, et du même coup toutes ses chances de repêcher Alexis Lafrenière ou un espoir de premier plan au 9e rang, le Canadien s’est contenté de deux petites victoires en séries avant de se faire montrer la porte de sortie.

D’un côté, il y avait ceux qui se réjouissaient de la présence en séries du Tricolore. Une chance inespérée en raison de la formule adoptée à la suite de la pandémie.

De l’autre, les partisans déçus de voir la boule du Canadien disparaître du tirage au sort de la loterie Lafrenière. Maintenant, le CH doit se contenter du 16e rang. 

Certains croient que l’expérience acquise par les jeunes joueurs du Canadien face aux Penguins, ou même encore face aux Flyers, n’a pas de prix. Comme Marc Bergevin:

« Il n’y a aucun doute, a mentionné le DG en conférence de presse samedi. La façon dont ils ont progressé, ça n’a pas de prix. Repêcher 16e au lieu de 9e, c’est un petit prix à payer comparativement à ce que notre équipe a vécu durant le dernier mois. Ça aidera notre organisation à aller de l’avant. Et ce n’est pas rare de voir le 18e choix devenir meilleur que le 8e. Je suis confiant de pouvoir repêcher au 16e choix le joueur qui aurait été visé au 9e choix. »

J’avoue que ce message donne espoir. Laissez-moi toutefois douter de la si grande importance de cette première ronde, sans dire toutefois qu’elle n’aura pas d’effets positifs. Est-ce que le jeu en valait la chandelle, pour finalement perdre en première ronde?

Est-ce que six matchs de séries, dont quatre défaites, peuvent faire oublier le 9e choix total, ou encore Alexis Lafrenière? Il ne faut pas oublier que la participation à la phase qualificative était déjà acquise, même si le fait de battre la bande à Crosby n’est vraiment pas à négliger.

En fait, elle est là, la seule récompense. Mais j’aurais de loin souhaité pour le Canadien une défaite honorable contre Pittsburgh avec de belles sorties de ses jeunes ou de ses joueurs étoiles... et la possibilité de repêcher au 1er rang ou au 9e. Mais les joueurs veulent gagner. Les entraîneurs aussi.

« Après tout, le Canadien a obtenu en retour une chance de gagner la coupe Stanley! »

Non, je n’achète pas non plus. Pas du tout même. Quelles chances avec cet alignement?

Je suis d’accord: quant à reculer au classement des rangs de sélection, aussi bien aller loin en séries et bâtir l’avenir sur du succès. Mais ça n’a vraiment pas été le cas.

Si au moins les hommes de Claude Julien et Kirk Muller avaient pris part à la troisième ronde par exemple, on aurait pu parler d’expérience réelle.

Lorsque viendra le temps de parler, gageons que Marc Bergevin aurait bien préféré sélectionner des joueurs comme Jack Quinn, Alexander Holtz, Jake Sanderson ou surtout Alexis Lafrenière.

On me proposera d’être patient. D’attendre l’évolution de Cole Caufield ou d’Alexander Romanov. D’espérer que les bonnes prestations de Kotkaniemi et de Suzuki en séries aient un impact sur leur développement.

Heureusement que ces deux jeunes attaquants ont montré de belles choses. Ça augure bien pour l’avenir, j’en conviens. Mais imaginez si ces deux joueurs avaient été plus qu’ordinaires en séries. La victoire contre les Penguins aurait laissé un goût encore plus amer.

Les cas Price et Weber

À force de toujours terminer au milieu du classement et de repêcher des joueurs moyens en première ronde pour la simple et bonne raison de viser une place en séries chaque année, le Canadien demeure une équipe moyenne qui n’a jamais osé reconstruire pour profiter des bonnes années de Shea Weber et Carey Price. 

Les deux piliers se font vieillissants. Ils seront encore dominants l’an prochain. Et dans deux ans. Mais est-ce que le Canadien aura assez de temps pour former ses jeunes joueurs tout en pouvant compter sur ces deux vétérans? Bien hâte de voir. 

Ajoutez une ou deux recrues de premier plan par le biais du repêchage, transigez de jeunes vétérans de deuxième trio ou de deuxième duo pour de plus jeunes joueurs en pleine émergence ou encore d’autres bons choix au repêchage et là, on commence à jaser.

Est-ce que le temps est venu de placer Capitaine Weber sur le marché? Ou encore Carey pour profiter de sa pleine valeur? La question se pose. Reste à savoir si Marc Bergevin considère réellement ces options.

Personnellement, le succès peut encore passer par Carey Price, toujours aussi dominant même à 33 ans, mais aussi sans lui. 

Un oeil sur les jeunes Canucks

Pendant ce temps, la jeune défensive des Flyers a quant à elle réussi à passer au second tour... Comme les Canucks de Vancouver. 

Il aura fallu que les Canucks soient exclus des séries cinq fois dans les six dernières années en terminant au dernier rang de leur division ou à l’avant-dernier par exemple pour leur permettre de repêcher des joueurs comme Quinn Hughes (7e choix de 2019) et Elias Pettersson (5e choix de 1re ronde), deux éléments déterminants dans les séries actuelles.

Sans parler de l’espoir Vasili Podkolzin (10e choix 2019) et Bo Horvat, un 9e choix qui avait toutefois été acquis des Devils du New Jersey contre... le gardien Corey Schneider, qui n’a ensuite pas supporté le poids de ses 33 et 34 ans chez les Devils ou dans la Ligue américaine.

Le traitement-choc du CH ne se fera probablement pas cette année. Espérons donc pour les fans du Canadien que leur équipe puisse avoir la main heureuse en repêchant tardivement des joueurs qui s’avéreront bien meilleurs que leur rang de sélection pourrait laisser croire. Comme les Canucks avec Brock Boeser au 23e rang en 2015.

Chose certaine, les dernières expériences du passé ont prouvé que le statu quo et le milieu de peloton ne mènent à rien chez le CH. Ils ne font que donner un maigre espoir aux plus optimistes, année après année.

La Coupe Stanley de 1993 ou la dernière participation au carré d’as en 2014 semblent bien loin dans le rétroviseur. À quand, un vrai « reset »?