Sébastien Lajoie
La Tribune
Sébastien Lajoie
Les joueurs de football ont perdu un mois d’activités jusqu’ici.
Les joueurs de football ont perdu un mois d’activités jusqu’ici.

Le football, grand perdant de l’incohérence actuelle

CHRONIQUE / Le football est le grand perdant de la grande incohérence qui régente le milieu sportif québécois depuis quelques semaines. Déjà, les footballeurs des niveaux scolaire, collégial et universitaire ont perdu au bas mot, jusqu’à présent, un mois d’activité. Et ce n’est pas terminé.

Le hockey est toujours en préparation pour sa saison d’automne. Le soccer d’automne peut être reporté à l’intérieur, et transformé en futsal. Le volleyball, le basketball, ça commencent un peu plus tard cet automne.

Et pour toutes les autres disciplines, il y a la possibilité de décaler la saison, de reporter certaines activités.

Mais le football d’automne, disputé au Québec, a une date de péremption directement liée à notre hiver québécois. Il peut difficilement se jouer après la mi-novembre.

Voilà pourquoi le 14 septembre est la date ultime pour prendre une décision cohérente avec la poursuite ou non des activités en football.

Un camp d’entraînement d’au moins deux semaines serait par la suite requis, advenant un go collectif, avant de disputer une saison écourtée, modifiée. Mais une saison quand même.

Le football est également la discipline qui met le plus en lumière l’incohérence dans la prise de décision gouvernementale, depuis la semaine passée.

Les jeunes joueurs de football au secondaire, qui participent entre autres à des programmes sport-études, sont présentement assis en classe, avec un entraîneur ou un superviseur, à passer le temps, plutôt que d’être sur le terrain.

Mais dès que la cloche de 16 h a sonné, le football associatif se met en branle. Avec les mêmes règles sportives, mais à l’écart des interdictions du gouvernement. Ça ne fait aucun sens. On comprend maintenant pourquoi certains clubs civils de Montréal ciblent les étudiants-athlètes du scolaire et les invitent à joindre leur rang. « Tu ne peux pas jouer à l’école? Viens jouer avec nous! »

Le sentiment d’injustice est grand. Et avec raison.

Mais pourquoi en est-on arrivé là?

Que le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge veule encadrer la pratique du sport scolaire en cette rentrée atypique, soit. Mais pourquoi ne pas avoir étendu le mot d’ordre à tous les sports, associatifs ou scolaires?

Le nœud, il est là. C’est le ministère de l’Éducation qui gère les fédérations sportives, au Québec. Un vaste mot d’ordre à toutes les fédés et le sport aurait été arrêté en même temps. Pas de différence entre le scolaire et le civil. Pas d’injustice. Un combat collectif pour que la rentrée se passe bien, et que le sport reprenne, ensuite.

Mais non. Ça aurait été trop facile. 

Où est la ministre déléguée aux sports?

Et dans tout ce dossier, où est la ministre déléguée aux sports Isabelle Charest?

L’ancienne championne olympique se fait discrète, c’est le moins que l’on puisse dire, depuis quelques mois. Et encore plus depuis deux semaines.

Outre sa conférence de presse en juin dernier pour annoncer le déconfinement progressif sportif, on l’a vu cette semaine lors de l’annonce du retour des sports de combat.

Questionnée sur cette incohérence, entre autres concernant les sports, civil et scolaire, Mme Charest a dit qu’il y avait des problèmes de communication.

Le ministère de l’Éducation compte trois ministres; outre M. Roberge et Mme Charest, et Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur.

Ils sont trois. Pas 15. Trois. J’ai de la difficulté avec cet argument fondé sur le manque de communication.

Je comprends. La situation est exceptionnelle. Personne n’a le petit manuel du parfait gestionnaire en temps de crise sanitaire comme celle que l’on vit présentement.

Mais est-ce normal que les protocoles de retour au jeu des fédérations sportives ne soient pas scrutés à la loupe par la Santé publique? Qu’ils ne soient pas autorisés par la Santé publique?

Est-ce normal que le football et le hockey, deux sports qui se ressemblent sur la fréquence des contacts, entre autres, ne soient pas rendus au même stade de déconfinement?

Est-ce que le protocole de retour au football, qui est à son maximum, a été révisé par la Santé publique?

Et si on pousse plus loin? C’est normal que le hockey civil soit sur pause, de même que la LHMAAAQ, mais que les jeunes hockeyeurs de la LHJMQ disputent présentement des matchs hors-concours, tout en gardant le cap vers une saison régulière début octobre?

La pandémie nous a poussés dans des retranchements que l’on ne croyait jamais atteindre. Depuis le mois de mars dernier, les gens tiennent le coup, et espèrent un retour à la normalité. Le plus vite possible, mais le plus sécuritairement possible.

Mais surtout, les gens ont un grand désir de cohérence, de sentir que tout le monde est dans le même bateau, que le combat est collectif. Pas disparate.

L’explosion populaire provoquée par l’annonce du ministre Roberge, la semaine dernière, qui voulait retarder les sports et activités parascolaires a fait sauter les valves.

Encore une fois, l’objectif est légitime : la santé de nos jeunes. Je comprends.

Mais de grâce, parlez-vous.

Et j’anticipe les prochaines semaines. Les équipes du football collégiales doivent voter, mardi prochain, sur la tenue d’éventuels matchs hors-concours. Ils ont le droit.

Les universités, elles, ne sont pas encore là. Pas du tout, même. Avec les cas de COVID qui prennent une tangente vers le haut, ça n’augure rien de bon.

Au printemps dernier, USPORTS a soulevé un tollé, en annonçant qu’il n’y aurait pas de sports universitaires cet automne en Ontario, dans l’Ouest, et dans les Maritimes. Au Québec, plusieurs ont dénoncé cette situation, jugée trop hâtive.

Au moins, eux, ils sont fixés.