La Loi sur l’immatriculation des armes à feu au Québec est sortie du même moule d’improvisation que la mise en marché du cannabis, dont l’inefficacité fait pourtant l’unanimité.

Le code d’honneur des gens responsables

Par conviction et par principe, je lutterai jusqu’au bout contre le système d’immatriculation des armes à feu du Québec. Je le ferai pacifiquement, démocratiquement, sans désobéissance civile.

Avant de vous expliquer, permettez-moi un parallèle d’actualité. Voici comment Ottawa prévient les propriétaires de drones des nouvelles règles qui s’appliqueront d’ici quelques mois au pays : « vous devez être enregistré pour faire voler votre drone après le 1er juin 2019 ».

En comparaison, la loi votée il y a un an à l’Assemblée nationale n’impose aux propriétaires d’armes que l’obligation « d’avoir présenté une demande d’immatriculation » avant le 29 janvier 2019. Sept ans après l’abolition du registre fédéral, c’est la conviction et la détermination avec lesquelles nos gouvernants provinciaux agissent au nom de la sécurité!

Les formulaires d’immatriculation de ma carabine et de mon fusil de chasse sont déjà remplis, prêts à partir. Je veillerai à les expédier tard le 28 janvier, avant la date butoir, tout en conservant la preuve d’envoi qui me mettra à l’abri des amendes.

En optant pour cette inscription tardive par la poste plutôt que par l’option en ligne, j’attaque de front avec mes avions de chasse en papier la faiblesse de cette mesure dite préventive : sa crédibilité. J’agis néanmoins en citoyen responsable à l’intérieur du cadre légal.

En contrepartie, le législateur se montrera-t-il aussi honnête et prenant l’engagement de ne répandre aucune statistique de propagande dans les médias sur les centaines de milliers de dossiers qui pleuvront avant d’en avoir finalisé le traitement administratif avec l’émission des attestations de conformité?

Le premier ministre François Legault est-il prêt à respecter cette règle de transparence et à en faire un code d’honneur de manière à ce que nous puissions juger dans deux mois, six mois ou un an de l’empressement avec lequel la banque de données provinciales sera réellement constituée… ou continuera de flotter au gré des vents.

La première préoccupation des autorités québécoises aurait logiquement dû être celle de pouvoir valider au premier coup d’œil si les armes immatriculées dans la province sont entre les mains de détenteurs d’un permis de possession ou d’acquisition d’armes à feu (PPA), une preuve de compétence obligatoire que contrôle toujours le gouvernement fédéral à travers tout le pays.

On s’entend qu’en exigeant cette confirmation légale dans son questionnaire, Québec aurait fait d’une pierre deux coups pour repérer les inscriptions douteuses pour lesquelles des vérifications supplémentaires seront prioritaires.

La réalité est plutôt que la déclaration du PPA est facultative. Elle n’est en fait que l’un des modes d’identification de la personne adressant une demande d’immatriculation. Autrement, envoyez une photo numérisée ou une photocopie de votre carte d’assurance maladie ou de votre permis de conduire, suggère-t-on dans les informations générales. C’est dire que le seul numéro d’un certificat fédéral convient accessoirement, mais qu’un duplicata de documents émis par le Québec est nécessaire pour fournir la même preuve d’identité!

La SAAQ nous délivre un permis en format de poche pratique pour conduire un véhicule. Les cartes de santé sont rigides et même la Société des alcools nous offre gracieusement une carte plastifiée pour cumuler des points bonis sur l’achat de vins et spiritueux.

Le Service d’immatriculation des armes à feu prévient, lui, qu’il n’enverra qu’une lettre comme preuve d’enregistrement et que les requérants auront l’entière responsabilité d’en préserver la qualité même s’ils devaient faire l’objet d’un contrôle en situation de chasse, sous la pluie ou durant une tempête de neige.

Voilà pourquoi même si François Legault a voté en faveur de cette loi mal foutue du précédent gouvernement et bien qu’il en ait défendu la pertinence encore la semaine dernière, il hésite sûrement à en devenir le principal répondant comme premier ministre.

Tellement que, même s’il se fait tard, je parierais même encore quelques dollars que le gouvernement caquiste acceptera des assouplissements d’ici la fin du mois en se pliant à trois demandes modérées de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, dont l’obligation de rapporter les changements de lieu d’entreposage si les armes changent d’adresse durant plus de 15 jours.

Voir si au moment de répondre à un appel à l’aide dans un domicile, les policiers abaisseront stupidement leur niveau de précaution et de vigilance parce que le registre provincial les informe que les armes d’une personne potentiellement dangereuse sont en principe restées au chalet!

Il est unanime que l’État québécois a lamentablement échoué dans la mise en marché du cannabis vendu légalemement, non? Ma résistance n’est qu’insistance à vous démontrer que la Loi sur l’immatriculation des armes à feu est sortie du même moule d’improvisation.