Les permis spéciaux émis pour la récolte des cerfs sans bois deviennent un régulateur encore plus essentiel dans la gestion expérimentale qui sera mise à l'essai dans les zones 6 Nord et 6 Sud de l'Estrie à compter de l'automne. - PHOTO COURTOISIE Roger Laroche

L'attrait et l'utilité des permis spéciaux 

CHRONIQUE / Les modalités de chasse au chevreuil que nous vivrons pour la première fois l'automne prochain dans deux zones de l'Estrie m'ont convaincu de participer au tirage au sort pour l'obtention d'un permis de cerfs sans bois. Ça faisait des lunes que je n'avais pas inscrit mon nom dans le boulier de la Sépaq.
J'ai voulu être conséquent avec le discours que nous avons tenu comme chasseurs, en réclamant un virage vers la qualité de chasse. Les permis spéciaux ne doivent plus être considérés comme accessoires puisque dans le projet de restriction de la taille légale des bois (RTLB), ils deviennent un régulateur encore plus essentiel.
Les variations dans l'offre, la demande ainsi que la faible utilisation de ces permis spéciaux (voir tableau) sont révélatrices de ce qu'étaient auparavant nos perceptions face à cette forme de contingentement. Dès que le cheptel rebondissait, la participation au tirage au sort diminuait. La post-saison à la poudre continuait de nous offrir l'assurance poupoune pour racheter un automne creux.
Rappelons que la récolte universelle de cerfs de tous les sexes ne sera dorénavant permise que durant la première saison de l'arc et de l'arbalète, soit du 30 septembre au 20 octobre. Pour la saison à la poudre noire qui suivra, puis durant celle à l'arme à feu, seuls les détenteurs de permis spéciaux pourront abattre une femelle ou un faon.
Si votre intérêt à participer au tirage au sort tient à vos chances de sortir gagnant, sachez que ces probabilités ont été de 30 % sur une moyenne des cinq dernières années dans la zone 6 sud et qu'elles ont été aussi élevées que 77 % l'an dernier dans la 6 Nord (65 % sur cinq ans). Cet indicateur ne devrait surtout pas être celui qui nous guide.
Le nombre de permis spéciaux a été considérablement augmenté à la suite d'un hiver peu rigoureux ainsi que pour compenser l'importante baisse de récolte anticipée dans le segment des mâles en exigeant un minimum de trois pointes et plus d'un côté du panache pour un abattage légal.
Dans la 6 Sud, les 5000 permis pour les cerfs sans bois à distribuer multiplient presque par trois les 1800 émis de l'an dernier. Anticipe-t-on une hausse proportionnelle du nombre de participants?
« Sans référence, il nous est difficile de spéculer là-dessus. Il nous importe par contre que le taux de participation soit maximisé et que le taux d'utilisation des permis augmente aussi. Au moins à 50 %, et nous aimerions que ce soit même davantage. Autrement, il sera difficile de maintenir les densités aux objectifs de gestion », relève le biologiste responsable de la grande faune en Estrie, Éric Jaccard.
La protection des jeunes mâles doit nous amener vers une plus grande concentration de mâles matures d'ici quelques années. Mais ne perdons pas de vue que le déplacement de la pression de chasse des mâles vers les cerfs sans bois vise également à rééquilibrer le ratio mâle/femelle.
Si les chasseurs ignorent cette réalité, s'ils ne perçoivent pas le poids des permis spéciaux dans la nouvelle équation, le cheptel de cerfs explosera. Le broutage redeviendra excessif dans les cultures et dans la forêt.
Un pareil déséquilibre risquerait de nous orienter vers des résultats erronés avec le projet RTLB et, dans le pire des scénarios, pourrait même provoquer un arrêt du projet expérimental avant terme sous les pressions du monde agricole.
L'investissement pour s'inscrire au tirage au sort d'ici le 31 mai est de 8 $. Si vous êtes gagnant, le permis vous sera délivré gratuitement. Avec les 10 $ supplémentaires qui seront exigés pour un permis RTLB dans les zones 6 Nord et 6 Sud, ce sont les seul frais s'ajoutant à l'achat du permis régulier. J'ai commis une erreur dans une récente chronique en calculant des frais de gestion de 23 $ ne s'appliquant que pour les permis de double abattage.