L’ancien joueur des Cantonniers Martin Gélinas, qui a été intronisé au Temple de la renommée de la LHJMQ en 2015 (notre photo), a fait partie il y a déjà 30 ans d’une transaction qui avait semé l’émoi dans la LNH, alors qu’il avait à peine 18 ans.

L’année où Gélinas a semé l’émoi

Parmi tous les anciens porte-couleurs des Cantonniers de Magog qui ont percé dans la LNH, difficile d’en trouver un qui a connu un début de carrière plus mouvementé que Martin Gélinas. Il y a 30 ans, le monde du hockey était sous le choc alors que Wayne Gretzky, dit La Merveille, était échangé des Oilers d’Edmonton aux Kings de Los Angeles. À peine sorti des rangs midget AAA deux ans plus tôt, Gélinas faisait partie de cette transaction qui avait semé l’émoi.

Le jeune homme de 18 ans n’avait pas encore donné un seul coup de patin dans la LNH et déjà son nom faisait le tour de la planète hockey. Quelques semaines plus tôt, Gélinas avait été le choix de première ronde des Kings de Los Angeles, le septième au total. En exigeant que Gélinas fasse partie de la transaction, les Oilers d’Edmonton étaient la deuxième équipe à démontrer un grand intérêt pour l’ancien Cantonnier.

« C’est une façon positive de voir les choses, mais sur le coup, ça faisait plus ou moins mon affaire. Les Kings avaient une équipe beaucoup moins bien nantie et je me voyais déjà dans leur alignement. À la place, je prenais le chemin d’Edmonton où le vestiaire était bondé de vedettes comme les Mark Messier, Jari Kuri, Grant Fuhr, Glen Anderson, Craig MacTavish et autres. D’ailleurs, c’est ce dernier qui m’a pris sous son aile. Finalement, j’ai vite réalisé que c’était tout le contraire et que je ne pouvais pas être mieux entouré avec autant de grands leaders autour de moi pour me préparer à ma carrière. J’étais peut-être jeune à 18 ans au moment de la transaction, mais c’était égoïste de penser seulement à ma petite personne au moment de la transaction. Avec eu un meilleur jugement, j’aurais analysé la transaction sous un angle différent et positivement », a confié Gélinas.

Carrière bien remplie
Chose certaine, Gélinas a donné raison aux Oilers d’Edmonton de lui avoir fait confiance. Membre de la kid line avec Adam Graves et Pter Klima à sa première saison complète dans la LNH, ce trio a eu un mot à dire dans la conquête de la Coupe Stanley par les Oilers face aux Bruins de Boston en 1990.

Gélinas ne s’est pas contenté de faire partie de la plus grosse transaction de l’histoire de la LNH. Il a pris les moyens afin qu’on se souvienne aussi de lui pour ses performances sur la surface glacée.

Loin d’être un feu de paille, le petit gars de Shawinigan-Sud disputera finalement 1273 rencontres en saison régulière, récoltant au passage 660 points, dont 309 buts. Gélinas a eu un impact encore plus grand dans les séries avec rien de moins que 56 points en 147 parties, participant en plus à trois autres finales de la Coupe Stanley sans toutefois parvenir à inscrire son nom une deuxième fois sur le gros trophée.

Gélinas avait gagné le respect de tous ses adversaires et coéquipiers, ces derniers le surnommant même The Eliminator en raison de ses nombreux buts gagnants dans les séries du printemps, souvent en prolongation. Qui ne rêve pas de devenir l’homme des grandes occasions dans les séries de la LNH? Gélinas s’est exécuté plus d’une fois.

« Sur une aussi longue carrière, c’est certain que belles choses surviendront. J’ai été choyé de compter sur d’aussi bons coéquipiers et entraîneurs », mentionne-t-il humblement.

En fin de carrière, Gélinas est devenu à son tour un leader, un meneur. « J’appelle ça le cycle de redonner ce que tu as reçu. J’ai essayé d’avoir une influence positive dans le vestiaire », précise-t-il.

Depuis la saison 2012-13, Martin Gélinas est toujours membre du personnel d’entraîneurs des Flames de Calgary. Après avoir assisté Bob Hartley sur le banc, Gélinas travaille maintenant à partir de la galerie de presse et communique directement avec les entraîneurs sur le banc.

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Un modèle pour les jeunes

Martin Gélinas ne renie pas son passé. Les Cantonniers de Magog avec qui il a évolué en 1986 tiennent toujours une place importante dans son cœur. Un sentiment de fierté ressenti aussi au sein de l’organisation magogoise envers leur ancien numéro 22. D’ailleurs, son chandail avait été retiré en 2014.

Patineur explosif, joueur complet, Gélinas avait amassé 78 points en 41 parties pour terminer au premier rang des pointeurs de l’équipe. Chez les plus vieux partisans des Cantonniers, nombreux sont ceux qui se souviennent des exploits de Gélinas. Pourtant, cela aurait pu très bien ne jamais se produire. À 15 ans, Gélinas avait été retranché au camp des Cantonniers. On le jugeait trop petit. « Je n’étais pas frustré, mais j’avais eu ma leçon. On ne m’y reprendra pas dans un an que je m’étais promis. En l’espace d’un an, j’ai pris 35 livres tout en muscles. On avait peine à me reconnaître un an plus tard », se remémore Gélinas.

Comment s’y était pris Gélinas pour passer d’un patineur plutôt maigrichon à un corps transformé par les muscles? « Je me suis tapé des séances de poids et haltères comme ça ne se peut pas. À l’école, je me sauvais toujours dans le gymnase dans mes moments libres. Quand est arrivé le congé scolaire estival, il n’y avait pas de salle d’entraînement que je pouvais utiliser dans ma ville à Shawinigan-Sud. J’ai alors enfourché mon vélo et chaque jour je me rendais au Cap-de-la-Madeleine. Ça représentait plus de 50 kilomètres aller-retour quotidiennement plus mes heures d’entraînement en gymnase. Au final, je m’entraînais cinq à six heures par jour. Mes promenades en vélo ont peut-être été ma bouée de sauvetage. Heureusement qu’il n’y avait pas de gymnase disponible à Shawinigan-Sud », a blagué Gélinas. 

La passion

Au-delà de son physique méconnaissable à 16 ans, Martin Gélinas était avant tout un joueur animé par la passion, le plaisir de jouer. « Pour tout hockeyeur, ça commence là. Parfois il y a des joueurs talentueux qui passent sous le radar et on en voit d’autres avec moins d’aptitudes qui ont une belle carrière. La réponse est dans la passion, l’amour du hockey et le désir de vouloir s’améliorer. Je me suis toujours rendu à l’aréna avec le sourire. Les jeunes devraient avoir en tête que les joueurs passionnés sont remarqués rapidement par les recruteurs », a relaté Gélinas.

Ce dernier avoue qu’il avait aussi bénéficié d’un environnement propice à son développement avec les Cantonniers. « À commencer par les entraîneurs Luc Boucher et Pierre Cliche. Puis, il y a avait la direction de l’équipe, ma famille d’accueil, l’école. Magog, c’est une belle ville pour grandir et jouer au hockey. Parfois je m’ennuyais, mais c’est normal quand tu quittes le foyer familial pour la première fois. Je me demandais à l’occasion ce que je manquais à la maison à Shawinigan-Sud. Lors des moments plus difficiles, on s’encourageait entre joueurs et tout entrait dans l’ordre rapidement. Ce fut une année formidable. »

Installé à Calgary, Martin Gélinas savait que les Cantonniers célébreront en 2018-2019 leur 40e anniversaire. « Je leur souhaite énormément de succès et de revivre de beaux souvenirs. Je serai toujours reconnaissant envers les Cantonniers. »