C’est avec sa conjointe Vanessa Vandal et leurs enfants Mason et Victoria que le hockeyeur sherbrookois David Perron profite de son confinement à sa résidence située en bordure du lac Memphrémagog.
C’est avec sa conjointe Vanessa Vandal et leurs enfants Mason et Victoria que le hockeyeur sherbrookois David Perron profite de son confinement à sa résidence située en bordure du lac Memphrémagog.

La vie différente de David Perron

SHERBROOKE — En temps normal, David Perron se trouverait actuellement entre Saint-Louis et on ne sait trop quelle ville de la LNH pour y disputer un match de séries éliminatoires, espérant participer à une troisième finale de la Coupe Stanley en autant d’années. Les Blues possédaient tous les éléments pour triompher une deuxième fois de suite. Mais l’euphorie de la victoire a cédé sa place au calme et à la routine familiale. La vie est soudainement devenue bien différente pour David Perron.

Il est le premier à l’admettre. Toute la population est ébranlée par la pandémie de la COVID-19. Le quotidien de tout le monde a été chamboulé. Pas seulement celui des joueurs de hockey professionnels. 

« J’ai surtout une pensée pour mes proches qui subissent les effets de ce confinement. Pour mes amis qui venaient de se lancer en affaires. Plusieurs familles n’étaient pas préparées à ça financièrement. Et puis j’ai la chance d’avoir une famille en santé. C’est le plus important pour moi. On a peut-être disputé 70 parties sans pouvoir terminer la saison ou prendre part aux séries, on perdra peut-être 35 % de notre salaire, mais je suis privilégié. D’autres font face à de plus grands défis en raison du coronavirus. »

C’est à Magog, entouré de sa conjointe Vanessa Vandal et de leurs enfants Mason et Victoria, que le joueur sherbrookois vit son confinement. 

« Ça nous ramène aux vraies valeurs, admet le numéro 57 des Blues. On ne s’ennuie pas ici. J’ai la chance d’avoir un grand terrain sur le bord du lac Memphrémagog. On s’amuse bien. J’ai rarement le temps de vivre cette routine familiale à ce temps-ci de l’année : les repas en famille, les bains, etc. Sinon, on patiente et je respecte les recommandations du gouvernement. Je n’ai même pas encore été faire l’épicerie. On reste à la maison en attendant d’avoir des nouvelles et tranquillement pas vite, ça va se replacer. »

Ce qu’il trouve le plus difficile?

« J’ai rarement la chance d’être en région et d’avoir tout ce temps libre. Je trouve ça difficile de ne pas pouvoir voir mes parents et le reste de ma famille. Mais tout le monde doit s’y faire. Heureusement, on a les réseaux sociaux. J’avais acheté un iPad à mes grands-parents et on fait des séances Facetime. »

Dur à accepter

Au moment de suspendre la saison, les Blues trônaient au sommet du classement de la conférence de l’Ouest. Ils formaient la deuxième meilleure équipe de la LNH derrière les Bruins de Boston. 

« C’est dur à accepter, confie Perron. Les dirigeants du circuit essaient tant bien que mal de trouver une solution pour nous permettre de disputer les séries. On ne sait pas ce qui va se passer. Les séries seront-elles annulées? Est-ce que la LNH trouvera une formule pour présenter les séries à la fin de l’été ou même cet automne? On verra bien. J’aimerais défendre notre titre. On a encore faim. Mais je me demande comment on fera pour tenir des séries éliminatoires tout en gardant l’intégrité de la Coupe Stanley. »

L’option de présenter les parties dans seulement quatre arénas sans spectateurs dans les gradins est actuellement évaluée par la LNH. 

« Je respecte le processus. Je comprends aussi les mesures qu’il faudra appliquer en raison de la COVID-19, mais je me demande si c’est réaliste. J’essaie de m’imaginer une finale de la coupe Stanley sans spectateurs. L’excitation ne serait pas aussi intense. La pression serait moins grande. Imaginez que le pointage est de 3 à 2 et qu’il reste une minute à jouer à un match important dans un amphithéâtre plein à craquer. On ne retrouverait pas la même émotion. On ne peut pas égaler ça. Soulever la coupe Stanley devant aucun spectateur, célébrer la victoire sans défilé de la coupe Stanley... Ce serait spécial! On s’ajusterait, mais l’expérience serait vraiment différente. »

Toute la question de logistique complique aussi les choses selon David Perron. 

« Les joueurs ne pourraient pas sortir de l’hôtel : est-ce qu’on serait encore confinés entre les matchs? Et s’il y a un de nos joueurs qui est atteint de la COVID-19, on fait quoi? On suspend la série? On annule tout? Est-ce que la LNH peut se permettre de tester trois fois par semaine ses joueurs alors que la population en général ne peut obtenir ces tests? Tout devient compliqué. »

Cet arrêt soudain aura également des conséquences sur la carrière de plusieurs joueurs de la LNH. 

« Notre capitaine Alex Pietrangelo sera peut-être agent libre cet été. On aurait aimé gagner une autre coupe avec lui. Je pense aussi à ceux qui songeaient à prendre leur retraite à la fin de l’année. Ils n’auront pas pu savourer leurs derniers moments, comme Deryk Engelland, qui aurait voulu gagner la coupe à Vegas avant de se retirer à 38 ans. »

Une pause pour guérir

L’arrêt forcé des activités n’a pas que de mauvais côtés pour David Perron. 

« Je me suis cassé la mâchoire cette saison. Je traîne aussi deux ou trois blessures depuis les dernières séries éliminatoires. Ce sont les résultats de deux participations de suite en finale », précise-t-il. 

Pour cette raison, l’entraînement de David Perron n’est pas optimal. 

« J’ai un gym à la maison, je garde la forme, mais je ne suis pas à 100 %. Sans blessures, je me donnerais à 100 %, mais présentement, je suis à 60 % en ce qui concerne mon entraînement. Ce qui me donne encore plus de temps avec ma famille et c’est une bonne chose. On dit souvent que l’on manque de temps dans une journée pour faire tout ce que l’on souhaite faire. Le confinement n’a pas que des effets négatifs. Je vais probablement m’ennuyer de certaines habitudes adoptées en confinement le jour où la vie reprendra son cours normal. »