Les anciens des Rebels de la Montée étaient à l’honneur, samedi, après la victoire du Vert & Or face aux Stingers de Concordia. L’ancien entraîneur-chef des Rebels Marc-Antoine Joseph (à gauche) et son bon ami et adjoint Éric Goulet (à droite) entourent leurs anciens joueurs Uunda Obo’o, Jean-Rémi Champoux et Samuel Goulet-Bolduc.

La victoire de l'audace

COMMENTAIRE / Le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke sera à Québec samedi pour y affronter le Rouge et Or, en demi-finale du football universitaire québécois. Pour plusieurs, le résultat semble déjà acquis. Et pour cause. Sherbrooke n’a jamais battu Québec, depuis 2003. Mais là n’est pas l’enjeu. Le véritable test du Vert & Or, c’était samedi, face aux Stingers de Concordia. Et il a gagné son pari.

C’est sous de lourds flocons de neige que le Vert & Or a remporté ce match qui lui permet d’ajouter une semaine à sa saison de football. Une deuxième victoire, seulement, cette saison. Une quatrième en deux ans.

Mais qu’importe, dites-vous, puisque son destin est d’ores et déjà scellé?

Vous avez probablement raison. Les Sherbrookois ont remporté leur victoire ailleurs. Ils ont franchi avec succès cette étape importante dans toute reconstruction; passer du désir à l’espoir.

Ainsi, être des éliminatoires, malgré le résultat annoncé face à Québec, est un pas en avant.

Avouez qu’il fallait une certaine dose d’audace, de confiance, d’entêtement, ou d’espoir, pour faire confiance à un quart-arrière dont le dernier départ remontait au football juvénile afin d’affronter les Stingers lors de ce match important.

Car Samuel Goulet-Bolduc a connu du succès, au football secondaire. Et foi de son ancien entraîneur-chef chez les Rebels, Marc-Antoine Joseph, il intéressait plusieurs programmes collégiaux, à sa dernière année.

Sa décision d’opter pour les Cougars du Collège Champlain n’aura pas été couronnée de succès, cependant. La relation entre le quart-arrière et son coordonnateur à l’attaque à ce moment Pat Boies n’a tout simplement pas fonctionné.

Il s’est alors tourné vers le Cégep de Sherbrooke, où il a atterri au sein d’un programme qui accueillait, presqu’au même moment, un transfert d’André-Grasset, Pierre-Olivier Potvin, qui est actuellement le quart-arrière partant des Volontaires.

Encore là, mauvais endroit, mauvais moment.

Il a décidé d’abandonner le football. Tout simplement.

J’assistais à l’entraînement du Vert & Or, tout récemment, lorsque j’ai entraperçu un joueur que je ne connaissais pas, vêtu du maillot jaune réservé aux botteurs et aux quart-arrières.

C’est Alain Lapointe, qui était justement assis dans les gradins à côté du père de Samuel, qui m’a éclairé sur son identité.

Que l’entraîneur-chef Mathieu Lecompte ait proposé à Samuel Goulet-Bolduc de se joindre à sa formation pour les entraînements de l’équipe il y a moins d’un mois, et qu’il ait poussé l’audace jusqu’à lui faire amorcer un match, est une histoire en soi. Surtout lorsqu’on connaît l’issue du match.

Marc-Antoine Joseph, lui, y voit aussi une victoire pour tous ces joueurs issus du secondaire, ou même du collégial, qui passent sous le radar des programmes universitaires, pour toutes sortes de raison, bonnes ou mauvaises.

« Je suis tellement heureux pour Sam. Son père Éric est un de mes meilleurs amis. J’ai vu Sam grandir sur le bord d’un terrain de football depuis le début du primaire. Le nombre de fois qu’il m’a appelé pour que je lui explique le déploiement de la couverture, pourquoi une défensive fait ci ou fait ça. Il passait ses soirées à regarder les livres de jeux, à suggérer des modifications, je ne les compte plus. Des remontées comme en fin de semaine, il nous en a fait quelques-unes, dont deux dans des matchs critiques où il appelait lui-même ses jeux en fin de match. »

« Ceux (les joueurs) qui sortaient du Trio ou des Barons, c’était comme une garantie, pour les clubs collégiaux, qu’ils étaient bien mieux préparés que les nôtres. Les autres équipes secondaires, comme Du Phare, doivent vivre la même chose. Pourtant, l’histoire nous prouve que ceux qui ont fait confiance en nos joueurs ne se sont jamais trompés », a poursuivi celui qui a aussi été entraîneur chez le Vert & Or.

« Le match de Sam n’est pas le fruit du hasard. Si, après avoir été partant pour la dernière fois au secondaire, il est capable de tirer un match universitaire comme celui-là, après 5-6 semaines de pratique seulement, certains entraîneurs sont passés à côté. »

« Je pense qu’il y a des entraîneurs dans la région qui devraient commencer à élargir leurs horizons et cesser de se restreindre en matière de recrutement et cesser de s’attarder à des aspects « esthétiques » des joueurs (il court pas bien, il se déplace mal, etc.) Si ça n’avait pas été d’un (Mathieu) Lecompte qui ne s’arrête pas à « est-ce que son bras part au niveau de la taille quand il lance la balle » ou « est-ce que ses pas sont beaux à voir quand il roule », Sam serait assis à l’école en ce moment. »