André Bolduc est adjoint à l’entraîneur-chef Khari Jones, avec les Alouettes de Montréal.
André Bolduc est adjoint à l’entraîneur-chef Khari Jones, avec les Alouettes de Montréal.

La saison 2020 de la LCF annulée: « On doit prendre soin des joueurs », dit André Bolduc

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
Le couperet est finalement tombé sur les espoirs d’une saison 2020 dans la Ligue canadienne de football (LCF), lundi. Un scénario difficile à avaler autant pour les joueurs que pour les entraîneurs, et tous les gens qui gravitent autour du circuit professionnel de football. L’occasion est idéale pour remettre le produit principal de la LCF, les joueurs, au cœur des préoccupations, dit André Bolduc.

Joueurs et entraîneurs ont été sur le qui-vive depuis plusieurs mois. La pandémie n’a cessé de reporter les projets de camp d’entraînement, d’une saison complète, et finalement, celui d’une saison écourtée.

« Ce qui n’a pas été évident, pour nous et bien du monde, c’est l’inconnu. Ils [les dirigeants de la LCF] repoussaient sans cesse la date de retour. La LCF nous a avisés assez rapidement qu’il n’y aurait pas de camp en avril, mais plutôt en juillet, ce qui était logique, dans ce contexte, disons, incontrôlable », s’est souvenu André Bolduc.

Ce dernier est adjoint à l’entraîneur-chef Khari Jones et responsable des porteurs de ballon de l’équipe.

« Le travail s’est poursuivi, on s’est préparé pour un camp en juillet. Ensuite, on nous a plutôt parlé d’un camp en août et en septembre, suivi d’une mini-saison et tout ça. Tout ça, c’était de l’espoir pour nous. On a continué à se préparer, à faire des réunions, mais en ne sachant pas trop ce qui se passait. Pour avoir des nouvelles, on faisait comme tout le monde, on regardait les nouvelles pour voir la progression du virus. »

« On sentait que la situation était incontrôlable, en sachant très bien que la LCF c’est pas la NFL, la NBA ni la MLB, on n’a pas les reins solides comme ces ligues-là. Plus le temps avançait et plus on avait des questionnements, au sein du groupe d’entraîneurs. Ce qui était dur, c’était l’attente. L’attente de voir ce qui va arriver; on part ou non ? À trois ou quatre reprises, on m’a donné une date de départ, mais ça n’arrivait pas », a dit André Bolduc, qui a passé l’essentiel de son temps à Sherbrooke, pendant tout ce temps.

« Lorsqu’on a su que le gouvernement fédéral avait refusé de donner une aide d’urgence à la ligue, en fin de semaine, on savait que ça sentait mauvais. J’ai reçu un message texte de coach [Khari] Jones ce matin, nous annonçant la nouvelle que la saison était annulée. Ensuite, je suis allé lire les nouvelles comme tout le monde. »

Une grosse remise en question

Si les joueurs de la LCF n’ont pas de contrats garantis, les entraîneurs ont des ententes avec les clubs.

« Je suis chanceux, je suis sous contrat cette année et l’an prochain. Plusieurs employés dans la LCF ont perdu leur emploi temporairement, et les autres employés, comme moi, on a pris un pourcentage de coupure sur notre paye. On comprend tous la situation, mais on est sous contrat. Je me considère vraiment chanceux », a-t-il souligné.

« Il ne reste que quatre mois à l’année, ça va passer vite. J’ose espérer qu’on va se concentrer à solidifier toutes les sphères de la ligue, tous les étages, les partenaires financiers, à solliciter les bonnes personnes pour le soutien, et à essayer de charmer les amateurs pour les ramener l’an prochain. Ce sera super important: cette ligue-là aura besoin de monde dans les estrades », a soutenu André Bolduc.

« On doit aussi revoir ce qu’on fait avec la télévision et les droits; oui les réseaux peuvent avoir un certain privilège, mais avant, il y avait de la compétition là-dedans. TSN présentait la saison et Radio-Canada s’occupait des séries éliminatoires et la coupe Grey. On doit créer des sources de revenus plus solides, pour ne pas revivre cette situation-là. »

« Je considère que la LCF est une belle grosse PME et on doit en prendre soin. Il y a des équipes dans l’ouest où ça va très, très bien, où il y a du monde dans les estrades. C’est un super beau produit. Oui je prêche pour ma paroisse, mais il faut apprendre de ça, de l’annulation de cette saison 2020 et de se regarder dans le miroir un peu. »

Les Alouettes, surtout, avaient très hâte de sauter sur le terrain, en 2020.

Après avoir connu des ratées lors des dernières saisons, en ratant les séries éliminatoires à plusieurs reprises, Montréal a présenté un dossier de 10-8 en 2019, sous la férule de Khari Jones.

Tous les espoirs étaient permis pour 2020.

« On aurait été avantagés avec la tenue d’une mini-saison. Sur papier, on avait une équipe qui était de retour en entier, alors on aurait poursuivi le travail de l’an dernier, on n’aurait pas recommencé le travail à zéro. Mais bon, ça n’arrivera pas », a dit André Bolduc.

Le rôle du commissaire de la LCF Randy Ambroisie en poste depuis 2017, dans la gestion de la crise actuelle, a été maintes fois critiqué, sur les médias sociaux.

Certains lui reprochent d’avoir trop investi sur les visées internationales de la LCF, d’autres auraient souhaité une meilleure transparence.

André Bolduc a joué dans la LCF de 1996 à 2001, avec Ottawa, Edmonton et Montréal. Et la saison 2020 aurait été sa septième au sein du personnel d’entraîneurs des Alouettes de Montréal.

Le football canadien, Bolduc connaît. Qu’aurait-il comme suggestions à donner à son commissaire, s’il avait l’occasion d’aller prendre un café avec lui ?

« D’après ce que j’ai lu, je conseillerais une meilleure communication. Dans le réseau universitaire québécois, il y a une belle transparence, il y a des bons meetings de ligue, tout est bien géré, tout est sur la table, les décisions sont prises en comité. Il y a de la belle transparence au niveau amateur, au niveau mineur, alors il faut poursuivre ces efforts au niveau professionnel. Je souhaite une meilleure transparence, une meilleure communication », a-t-il indiqué.

« Et le message le plus important, c’est de prendre soin de notre produit. Et notre produit là-dedans, ce sont les joueurs. Je le sais, j’ai été une partie de ce produit sur le terrain. Et malheureusement, ce n’est pas ce qu’on fait.

Rien n’a changé, avec les contrats non garantis. Oui certains bonus sont donnés l’hiver pour les joueurs plus connus, qui amènent du monde dans les estrades, mais il faut prendre soin des cols bleus de ce sport. Beaucoup d’entre eux n’ont pas travaillé depuis cet hiver. Ils n’ont pas eu de revenus, ou de soutien. J’ose espérer que ceux qui étaient au Canada ont pu recevoir une partie de la PCU (Prestation canadienne d’urgence), au moins. Parce qu’ils ont vraiment perdu leur emploi et c’est très malheureux. »

S’il n’y a pas de football canadien cet automne, André Bolduc ne restera cependant pas très loin des terrains de football. 

Surtout si le football RSEQ reprend ses activités.

Son fils Thomas est le quart-arrière partant du Rouge et Or de l’Université Laval, alors que son fils Raphaël évolue avec les Cougars du Collège Champlain (football collégial division 1).

« Cet automne, je vais me tenir occupé. J’ai parlé à coach (Jean-François) Joncas pour traîner un peu à Champlain. C’est sûr aussi que je vais faire des tours à Laval très souvent. Et j’ai offert aux Alouettes d’en faire plus pour le recrutement. Peu importe les besoins, je vais être à la grande disposition à Danny (Maciocia, directeur général des Alouettes). »