Maxime Dufour-Lapointe à Calgary, en janvier 2017

La retraite pour Maxime Dufour-Lapointe

MONTRÉAL — Tout le monde s’y attendait un peu, mais l’aînée des soeurs Dufour-Lapointe, Maxime, a confirmé mercredi qu’elle prenait sa retraite du ski acrobatique.

La bosseuse âgée de 29 ans, qui n’a pas été retenue au sein de l’équipe olympique canadienne pour les Jeux de Pyeongchang l’hiver dernier, a accepté de faire un survol de sa carrière et de ses plans d’avenir avec La Presse canadienne. En voici les détails:

Son processus décisionnel

«Ma famille et mes amis voulaient m’organiser un ‘party’ de retraite. Mais je leur ai répondu: “Ho! Je ne suis pas capable; je ne suis pas prête”. J’ai eu l’opportunité d’aller en Grèce pendant deux semaines avec l’Académie olympique plus tôt cet été, et après j’ai pris une dizaine de jours de vacances, seule, pour gérer mes émotions et comprendre ce que ça signifiait de prendre sa retraite. J’ai aussi réfléchi à ma carrière — qui a été très belle, et très longue —, et j’aborde vraiment la transition sur une note positive. C’est comme si le monde s’ouvrait soudainement à moi.»

Sereine avec sa décision

«Je suis excitée pour la suite des choses, parce que ce n’est pas rien ce qui m’attend. Je voulais profiter de l’été avant de l’annoncer [ma retraite]. Quand j’ai su que j’étais acceptée en médecine à l’Université de Montréal, que j’avais ma place pour septembre — je l’ai appris vers la fin du mois de mai, donc ça fait déjà un petit moment que je le savais —, c’est là que je me suis vraiment dit que j’étais prête à passer à autre chose. Je me suis dit que mon plan d’après-carrière fonctionne.»

Effectuer une transition en douceur

«J’ai suivi un programme très rigoureux avec l’équipe nationale pendant 12 ans — j’avais un petit congé au mois d’avril, et c’était tout. Je pense que mon corps avait besoin de revenir en quelque sorte au neutre. J’ai toujours voulu faire de l’équitation, et cet été j’ai finalement pu en faire. Je me suis aussi demandé si je voulais faire du yoga ou du Pilates. Vous savez, c’est très tentant de se “garrocher” dans plein d’activités en même temps, mais là je me suis dit qu’il fallait que je prenne mon temps. Je suis curieuse de nature, et je veux essayer de nouvelles choses. Donc c’est super excitant, mais c’est super déroutant également.»

Maxime Dufour-Lapointe

La complicité entre les soeurs Dufour-Lapointe, sans Maxime

«Quand mes soeurs ont repris l’entraînement cet été, ça m’a fait un petit pincement au coeur de ne pas les accompagner. En même temps, je ne veux plus faire ce qu’elles font. [...] Elles savaient que j’étais prête à passer à autre chose. Elles sont donc très, très contentes pour moi. Elles m’appuient là-dedans, et me laissent de l’espace aussi. Mais c’est une transition pour elles aussi, nous en sommes toutes conscientes, parce que ça change la dynamique pour tout le monde. Mais c’est aussi ça la vie. Les choses changent. Nous commençons à en parler un peu plus, et c’est ce qui nous aide à reformer notre trio, dans cette situation qui est différente.»

Son implication future dans le ski acrobatique

«Une chose est certaine, c’est que je vais encore me lever tôt le matin pour regarder les courses et me déplacer pour assister aux épreuves au Canada. Je vais être là autrement, mais je ne serai jamais très loin. [...] Pour l’instant, ma priorité c’est l’école, mais après avoir été impliquée dans le sport à ce niveau-là pendant si longtemps, c’est parce que j’adore ça. Indéniablement, je vais retrouver le sport d’une manière ou d’une autre. Et de toute façon, chaque année, il y a le camp 3SDL, ici, au Québec, qui est selon moi une façon de redonner à mon sport.»

Les plus grands moments de sa carrière

«Quand je suis devenue une olympienne à Sotchi en 2014, je dirais que c’est mon plus bel accomplissement personnel. C’était un grand, grand rêve qui semblait inatteignable pour moi. Sinon, d’un point de vue sentimental, c’est sans contredit notre balayage avec mes soeurs du podium à la Coupe du monde de ski acrobatique de Val Saint-Côme en janvier 2016. Je n’aurais pas pu écrire un aussi beau scénario hollywoodien. C’était un moment magique. J’en parle, j’en ai encore des frissons.»

Les pires moments de sa carrière

«J’ai vécu plusieurs moments difficiles où je me suis retrouvée devant deux chemins pour la suite de ma carrière. Est-ce que je retourne à l’école ou je continue le ski? Puis, chaque fois, je me disais que ce n’était pas terminé avec le ski. En 2011, alors que ça faisait déjà un bon moment que j’étais sur le circuit de la Coupe du monde, j’ai décidé de retourner en Nor-Am. Ç’a été assez “tough” à prendre sur le coup. Mais une fois que j’ai traversé ça, ça m’a reconnectée avec mon sport, la compétition. J’ai donc reculé d’un pas pour avancer de deux par la suite. J’ai aussi réalisé, à un certain moment, alors que je finissais régulièrement loin en milieu de peloton, que je devais m’ouvrir avec mes entraîneurs, ce qui m’a permis de comprendre que j’avais une peur de l’échec. Et bien sûr, il y a eu mon changement d’entraîneur en 2014 et les ennuis de santé de ma mère l’an dernier — Johane Dufour-Lapointe a souffert d’un cancer du poumon.»

Des nouvelles de sa famille

«Elle [Johane] a repris des forces, a retrouvé son énergie. Elle est suivie de très près par les médecins et reçoit parfois de petits traitements. Mais je dirais qu’elle a repris sa vie normale. Évidemment, c’est toujours présent. Un peu comme tous les types de cancer, la menace est toujours un peu là. Mais elle se sent bien, la vie reprend son cours et je crois qu’on retrouve notre équilibre là-dedans. [...] Quant à ma soeur Chloé, je ne sais pas vraiment quels sont ses plans d’avenir, mais elle s’entraîne, elle a du plaisir à le faire et je crois que son intention c’est de skier avec Justine cette année. Pour le reste, il faudra lui demander.»

***

Faits saillants de la carrière de Maxime Dufour-Lapointe

  • Elle fait partie de l’équipe nationale depuis 2006, et a été ouvreuse de piste aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver en 2010.
  • Justine, Chloé et Maxime Dufour-Lapointe sont devenues le troisième trio de soeurs à participer à une épreuve individuelle dans le cadre des mêmes Jeux olympiques d’hiver, à Sotchi en 2014. Justine et Chloé sont montées sur les deux premières marches du podium, alors que Maxime a terminé 12e.
  • La Montréalaise a obtenu son premier podium en carrière en terminant troisième à la Coupe du monde à Deer Valley, en 2014. Elle a conclu sa carrière avec quatre podiums sur ce circuit, et le dernier a été acquis à Val Saint-Côme, le 23 janvier 2016.
  • Elle a terminé quatrième en bosses aux Championnats du monde de la FIS à Kreischberg, en Autriche, en 2015.
  • Elle a terminé quatrième au classement général de la Coupe du monde de la FIS en 2013-2014.