Lancée en 2018, l’entreprise Gymini a annoncé cette semaine qu’elle devait cesser ses activités.
Lancée en 2018, l’entreprise Gymini a annoncé cette semaine qu’elle devait cesser ses activités.

La pandémie a raison de Gymini

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
La pandémie de la COVID-19 aura eu raison du rêve des deux jeunes entrepreneuses Stéphanie Leclair et Laurie-Anne Bédard, qui ont annoncé la fermeture de Gymini, dont les locaux étaient sur le boulevard Bourque, dans le secteur Rock Forest. Un rêve stoppé abruptement, mais une passion qui se régénérera à coup sûr d’une autre façon, confirme Laurie-Anne Bédard.

Lancée en 2018 par l’ancien athlète olympique Stéphanie Leclair et son amie Laurie-Anne Bédard, qui a été artiste du cirque à Las Vegas, Gymini se voulait une plate-forme misant sur le développement de l’athlète à long terme (DLTA), mais aussi une nouvelle option afin de développer les habiletés motrices et donner le goût de bouger aux enfants en misant sur une option multisports.

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Gymini : du multisport pour les enfants

Cinq minutes avec le PM

La jeune entreprise aux fondations en devenir n’a pu survivre au tsunami causé par les fermetures des commerces et entreprises jugées non essentielles, par les autorités de la santé publique.

« Ça fait deux ans qu’on était lancé, on était une entreprise en démarrage, alors on avait des coûts, des frais fixes, un loyer très élevé. Alors la première année, ce fut de l’ajustement. Par la suite, on a innové, on a lancé les cours de natation à domicile, on a lancé des camps de jour, et on s’est rendu compte que notre saison la plus payante, c’était devenu l’été. On s’était réinventé. Ainsi, on a pu survivre au démarrage et notre entreprise était rendue rentable, ce qui était impressionnant. On était convaincues qu’on était sur une bonne lancée », a précisé Laurie-Anne Bédard.

« Lorsque la pandémie est arrivée, les services aux enfants ont été les premiers touchés, puisque c’était des services non essentiels. On s’est assise et on s’est dit combien de temps on peut durer comme ça? Pas longtemps. On n’avait pas un fonds de roulement pour durer longtemps, alors que pendant ce temps, il y avait toujours les frais fixes, d’environ 10 000 $ par mois, qui comprenaient le loyer, les assurances, le prêt sur une structure de quelque 100 000 $ », a déploré Mme Bédard.

« Le pire, c’est que malgré tout ça, on était rentable! On était fières de nous! Mais l’absence d’un fonds de roulement nous a fait mal. On a regardé pour le programme d’aide du gouvernement de 40 000 $, le programme d’aide sur la masse salariale, mais on est en démarrage, on ne se versait pas de salaires! Ce n’était pas des programmes avantageux. Mais le prêt de 40 000 $, même s’il était consenti sans intérêt pour un an, allions-nous être capables de le rembourser par la suite? Ça nous rajoutait un fardeau de plus. Cette subvention aurait été facile à aller chercher, les critères d’admission sont minimes, mais on ne savait pas si on allait pouvoir le rembourser. »

Également, la fragilité reliée à une reprise éventuelle, dont la date demeure inconnue, était un autre facteur d’instabilité.

« Même quand ça va rouvrir, on va être probablement à 50 % de notre ratio; alors pour une jeune entreprise en démarrage, on creuse encore plus la fragilité, c’était irréaliste. On est deux filles très “ terre-à-terre ” et on ne voulait pas s’endetter encore plus », a dit Mme Bédard.

« Ce n’est pas rien, de lâcher un rêve, comme ça, ce n’est pas facile à faire. En faire l’annonce nous a fait peur; on craignait la réaction des gens, qui nous auraient peut-être critiqués de fermer après seulement un mois de crise. On avait peur que les gens croient qu’on a lâché prise trop vite. Mais on a reçu tellement d’amour, c’est indescriptible, on avait créé une communauté, et c’est là qu’on s’en rend compte », a-t-elle poursuivi.

« Les souvenirs que l’on garde, et l’empreinte qu’on a laissée sur ces enfants-là resteront. Plusieurs parents nous ont dit, à travers le temps, vous avez changé le développement moteur de mon enfant, vous avez changé la confiance de mon enfant dans le sport. Il faut s’accrocher à ces souvenirs-là dans des moments comme ceux que l’on vit présentement. »

Laurie-Anne Bédard que cette passion pour le développement des jeunes n’est pas prête à s’estomper. Qu’elle trouvera une autre façon de s’épanouir.

« Pour nous, ce n’est que partie remise. Notre discours contre la spécialisation hâtive chez les jeunes, notre désir de leur donner confiance, de leur donner le goût de bouger, de ne pas être toujours dans la compétition, tout ça, ça va rester. Mais comment va-t-on l’exploiter, on ne sait pas encore. On veut continuer à mettre notre empreinte dans le milieu du sport à Sherbrooke. On a encore plein d’idées, et de l’énergie. Et on aura appris de cette expérience. »

Laurie-Anne Bédard et Stéphanie Leclair