La légalisation de la marijuana n’effraie pas le milieu sportif, puisque les règles demeurent identiques.

La marijuana et le sport : pas question de partir en peur

SHERBROOKE — La consommation de marijuana est peut-être devenue légale au Canada, mais les associations sportives et les athlètes refusent de partir en peur pour autant. Tous sont d’accord pour dire que cette drogue existait déjà, qu’elle était interdite et qu’elle le demeurera de toute façon.

Les athlètes questionnés sur le sujet sont catégoriques : ils ont été préparés à la légalisation de la marijuana et ils admettent que leurs habitudes ne changeront pas, que la consommation soit devenue légale ou non. C’est entre autres le cas du patineur de vitesse longue piste Alex Boisvert-Lacroix.

« Ça ne m’affecte aucunement parce que je ne consomme pas. Et même si un médicament comme le sirop Advil rhume et sinus est vendu sur les tablettes dans les pharmacies et est accessible à tous, je n’ai pas le droit pour autant de prendre ce produit, car il contient des produits interdits. Comme la marijuana finalement », explique le Sherbrookois. 

Il faut savoir que le Centre canadien pour l’éthique dans le sport (CCES) a rappelé aux athlètes que cette substance restera interdite et qu’un contrôle positif pourra donc entraîner des sanctions après le 17 octobre 2018.

« Nous avions à suivre un cours en ligne conçu par le CCES sur les règles antidopages. Ils ont bien expliqué aux athlètes que la marijuana ne serait pas pour autant légale », ajoute Boisvert-Lacroix.

Éviter de banaliser

Un autre athlète bien connu à Sherbrooke, mais qui a demandé à garder l’anonymat, estime que le CCES aura encore le devoir de clarifier le tout afin d’éviter les zones grises.

« On sait que la consommation de cannabis en compétition demeure bannie, mais en dehors de ça, la pratique récréative n’est pas interdite, bien qu’elle ne soit pas encouragée. On nous dit souvent de faire attention à l’exposition au cannabis pour éviter un contrôle positif qui ne soit pas volontaire. Il y a des gens qui croient qu’une exposition à une fumée secondaire forte peut être suffisante pour donner un contrôle positif, d’autres qui disent que les agents actifs, comme le THC, peuvent rester dans le sang jusqu’à trois mois après la consommation. Il y a beaucoup de variables dépendamment de la source et du consommateur. »

Le CCES rappelle aux athlètes que selon le principe antidopage fondamental de la responsabilité objective, ils doivent assumer la responsabilité de toute substance interdite trouvée dans leur échantillon. Les athlètes qui ont une prescription de marijuana médicinale doivent déterminer s’ils ont besoin d’une exemption médicale. »

Le CCES se dit donc tout de même inquiet :

« Nous craignons que les athlètes tiennent pour acquis qu’ils peuvent consommer du cannabis parce qu’il est légal, affirme par voie de communiqué Paul Melia, président-directeur général du CCES. Nous voulons nous assurer que les athlètes savent que le cannabis est toujours interdit et ainsi prévenir les violations de règles antidopage par inadvertance. »

« Des normes strictes sont utilisées par l’armée canadienne et la GRC pour éviter d’avoir des employés sous l’influence de la drogue lors de leurs quarts de travail, rappelle l’athlète souhaitant garder l’anonymat. Il pourrait être approprié d’utiliser des normes similaires pour les athlètes, ce qui ne restreint pas la pratique récréative personnelle en dehors des compétitions ou des entraînements, mais qui assure un respect de la sécurité lors de la pratique sportive. »

Notons que le CCES fournit aux intervenants des ressources pour les aider à prendre des décisions éclairées en ce qui concerne les drogues dans le sport, dont deux récemment créées pour le cannabis. La page Web sur le cannabis et la Trousse de formation sur le cannabis dans le sport contiennent notamment de l’information sur la marijuana médicinale.

Pour le chef de mission de la délégation estrienne des Jeux du Québec, rien ne change malgré la légalisation de la marijuana. 

« Il est clair que la consommation de marijuana demeurera illégale chez la clientèle des Jeux du Québec, âgée entre 12 et 17 ans, soutient Nicolas Vanasse. Dans le cadre de nos événements, des politiques ont été adoptées pour les entraîneurs et bénévoles qui accompagnent les jeunes durant les activités des Jeux du Québec. Ce sera interdit, tout comme l’alcool en dehors du lieu spécifiquement prévu à cet effet : le bar des Jeux, seulement accessible après le couvre-feu des athlètes. D’ailleurs, si la direction de la promotion de la sécurité dans le loisir et le sport du Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur lance une action de sensibilisation concernant le cannabis, nous répondrons à l’appel, comme cela avait été le cas il y a quelques années pour les boissons énergisantes. »