Sally (en avant-plan) se bat depuis maintenant 11 ans. Elle joue principalement le rôle de gentille.

La lutte féminine évolue

Mère de deux enfants et adjointe juridique pour un cabinet de notaires, Mélodie Richard, alias Sally, lutte depuis maintenant 11 ans. Depuis qu’elle a 15 ans, la femme enchaîne les coups, les roulades et saltos un peu partout au Québec... et même maintenant aux États-Unis.

« Quand j’étais au secondaire, je sortais avec un gars qui faisait de la lutte, affirme celle qui a gagné la ceinture dans la catégorie des femmes au gala Apogée présenté au Cégep de Sherbrooke samedi. J’allais le voir et je trouvais ça vraiment cool de pouvoir le haïr, de pouvoir le huer! J’ai ensuite continué là-dedans. Le sentiment d’être dans le ring et de voir les gens qui nous regardent, c’est incroyable. C’est une adrénaline très forte. »

Est-elle considérée par le public comme étant gentille ou méchante? « Ça dépend où! Au départ, j’étais censée être une méchante. Quand je sors, les gens m’aiment, alors la foule a décidé que j’étais une gentille, sans que je décide de l’être. Depuis ce temps, je suis presque gentille partout. Quand je lutte, je ne me mets pas belle. Mon but est de bien paraître dans le ring », décrit-elle, tout sourire.

Sally a même eu l’occasion de montrer l’étendue de ses talents en Pennsylvanie. « Une lutteuse s’étant battue partout au Québec, qui a déménagé là-bas et qui a décidé de se démarrer une fédération, qui présente la moitié de combats d’hommes et moitié de combats de femmes m’a invitée. Nous, on était quatre ou cinq Québécoises qui montaient en auto là-bas. Un moment donné, je suis arrivé et elle m’a demandé d’essayer la ceinture, car je la gagnais le lendemain! J’étais très contente », raconte-t-elle.

« Ça donne l’opportunité de lutter contre d’autres personnes, car ici, nous sommes souvent contre les mêmes lutteuses, poursuit Sally. Tranquillement, les combats mixtes arrivent. Je lutte souvent contre des gars ces temps-ci et j’aime ça. »

Sally ne souhaite pas faire le saut dans le circuit de lutte professionnelle. « En ce moment, je lutte tous les samedis. Ça me convient, car j’ai deux enfants et un travail. J’aime mon horaire. Ça ne paraît pas, mais en luttant tous les samedis, je n’ai pas le temps de guérir tous mes bobos d’une semaine à l’autre. Lutter tous les jours pour une fédération professionnelle, je ne pense pas que j’aurais l’endurance pour faire ça. Ça m’engendrerait beaucoup trop de stress », avoue la femme de 26 ans.

L’évolution du sport

Selon Sally, le sport est beaucoup mieux qu’il y a quelques années. Cependant, la lutte est loin d’être paritaire : à titre d’exemple, un seul combat opposait trois femmes dans le gala Apogée. Dans tous les autres, des hommes s’affrontaient. « Avant, c’était femme contre femme, cinq minutes de combat, relativise Sally. C’était le combat dont on voulait se débarrasser. On avait des filles à mettre sur le show, car ça vendait plus. Maintenant, je me sens égale à tous les autres. J’ai souvent des combats contre des gars et on peut aller ailleurs. Si je me bats contre une fille de ma grosseur, on ne peut pas faire autant de choses que lorsqu’on se bute à un gars. »

Dans le monde professionnel, les choses ont également changé. « Les femmes se prouvent. Ce n’est plus juste pour se montrer, c’est maintenant de la lutte. On n’est pas seulement en beau petit costume à montrer comme on est belles, on montre qu’on peut faire de la belle lutte », assure la lutteuse.

Pour l’organisateur de l’événement, Sébastien Morin, alias Johnny La Magouille, la lutte était auparavant un monde misogyne. Les choses ont cependant changé. « Maintenant, on va axer sur l’aspect sportif, l’aspect compétition. C’est moins des concours de guidounes. Les filles peuvent désormais dire qu’elles peuvent être prises au sérieux et elles ont le mérite de l’être », assure celui qui a également pris part à la carte de la soirée.

Par contre, on est encore très loin de la parité. « La lutte, c’est un sport très robuste, moins facile que ce que l’on pense. Environ une recrue sur 20 décide réellement de lutter. Les femmes vont y aller avec le produit. S’il est attirant, ça va faire un effet boule de neige et les autres filles vont les voir comme des idoles. Ils vont donc essayer », résume Johnny La Magouille.