Les travaux de recherche de Benjamin James Rancourt et Matthew Labrèche Goudreau, deux étudiants au Cégep de Sherbrooke, permettront d'inventorier la présence dans la rivière Saint-François de lamproies du nord, un organisme aquatique filtrant l'eau de son habitat.

La lamproie se fait une niche

Ce qui devait n'être qu'un projet de fin d'études est sur le point de créer un précédent au sujet d'une des espèces aquatiques les moins connues de notre écosystème marin.
Deux étudiants du programme technique en bioécologie du Cégep de Sherbrooke, Benjamin James Rancourt et Matthew Labrèche Goudreau, avec l'aide de leur enseignant Jean-François Desroches, mènent une étude sur la lamproie du nord, une espèce de poisson non parasite qui n'est présente au Canada qu'au Québec et au Manitoba. Cette initiative a été lancée dans le cadre du projet de fin d'études de Benjamin et s'est rapidement transformée en sujet d'étude scientifique bénéficiant d'un financement de 15 000 $ de la part de la Fondation de la faune du Québec afin de répondre à un besoin d'inventaire pressant.
« On avait une demande de subvention fictive à faire, mais moi je me suis dit que j'allais en faire une vraie, tant qu'à avoir cette occasion », indique M. Rancourt.
Cette initiative concrète est la première à être appuyée par le Cégep durant l'été, elle qui fournit aux étudiants tout le matériel nécessaire à la réalisation de l'étude.
Des résultats étonnants
La lamproie du nord est une espèce encore méconnue et peu de documentation existe à son sujet. Elle est pourtant classée comme une espèce menacée par le gouvernement du Québec, et ce, même si aucune étude exhaustive n'a été entreprise sur elle depuis plus de 50 ans.
« Si elle n'a pas été beaucoup étudiée, c'est surement parce que ce n'est pas une espèce qui a une importance commerciale ou sportive », observe M. Labrèche-Goudreau.
En ratissant les berges du bassin de la Saint-François, les deux jeunes chercheurs ont découvert une quantité importante de lamproies du nord qui leur laissent croire qu'il reste encore beaucoup de travail à faire avant de connaître le véritable rôle de l'espèce au sein de la faune aquatique.
« On se rend compte que tout au long de la rivière Saint-François, au moins dans son bassin versant, il y en a partout, a expliqué Benjamin. Avec ce qu'on est en train de faire, on voit clairement que l'espèce n'est pas menacée et qu'elle est à la limite dans une situation préoccupante. »
« Peut-être que c'est le garde-manger qui tient toute la faune marine ensemble et qu'on l'ignore encore », ajoute-t-il.
La présence en grande quantité de la lamproie du nord dans la région est une excellente nouvelle pour la qualité de la rivière puisqu'elle filtre l'eau et bioconcentre les toxines causées par la pollution de l'habitat.
Devant l'ampleur des travaux menés jusqu'ici, M. Rancourt croit que son partenaire et lui sont « probablement les deux techniciens qui ont vu le plus grand nombre de lamproies du nord vivantes en milieu naturel au Québec depuis des décennies ».