Sarah Vaillancourt

La grisante saveur de l’or olympique

Il y a 10 ans exactement, le 25 février 2010, la Sherbrookoise Sarah Vaillancourt et l’équipe nationale féminine de hockey remportaient la médaille d’or en battant les États-Unis 2-0, lors des Jeux olympiques de Vancouver. Un sentiment incroyable, une année de préparation remplie de pression, mais aussi de détermination, à vouloir gagner à la maison. Les souvenirs de Sarah Vaillancourt sont intacts.

Ce triomphe à Vancouver était la deuxième médaille d’or dans le palmarès de Sarah Vaillancourt, le Canada ayant également gagné l’or quatre ans plus tôt, à Turin.

Mais l’ancienne attaquante le confirme, sa saveur est différente.

« J’étais beaucoup plus confiante à Vancouver qu’à Turin. J’étais bien dans mon rôle de leader, je connaissais les défis que nous allions affronter. Ce que nous ne savions pas, par contre, c’était l’ampleur que tout ça allait prendre à Vancouver, à la maison, où le hockey est roi », a-t-elle confié à La Tribune.

Le processus de sélection en vue des Jeux olympiques de Vancouver s’amorce réellement en 2009.

« Comme pour les autres années olympiques, le processus était centralisé à Calgary. Et déjà, on savait qu’une lourde tâche nous attendait. Oui, on avait gagné lors des derniers Jeux, à Turin, mais on avait perdu les Championnats du monde de 2008 et 2009 en finale contre les États-Unis. »

« Et s’ajoutait à cela une sorte de pression, une attention qu’on n’avait pas d’habitude, un pays tout entier. On l’a senti tout au long de notre préparation pour les Jeux. Par exemple, on jouait contre des équipes masculines de calibre midget AAA de la Saskatchewan ou de l’Alberta. À chaque match, les arénas étaient pleins! Malgré les distractions possibles, on était déjà très concentrées sur l’objectif, et surtout, très motivées. Le cœur de l’équipe n’avait pas beaucoup changé depuis 2007, on était une équipe qui se tenait », se rappelle la Sherbrookoise.

La direction de l’équipe n’a pas lésiné sur la préparation lors de cette année préolympique, confirme Sarah Vaillancourt.

« On a eu un camp, durant l’été, en Colombie-Britannique, un genre de boot camp. Ça a été tellement dur, physiquement, et mentalement. Mais on était contentes de s’en être sorties, ensemble. Je me rappelle que ça avait soudé l’équipe pour de bon. Le but de la direction était de nous faire jouer le plus de matchs possible. J’ai calculé et on a joué 57 matchs, avant les Jeux. »

Les filles ont dominé, dans le midget AAA contre les garçons et surtout, elles ont été dominantes contre les Américaines, lors d’une série de six matchs hors-concours.

« On savait que nos grandes rivales, c’était les États-Unis. C’était cette rivalité qui définissait le hockey féminin en grande partie, à l’époque. La Suède nous chauffait, parfois. La Finlande, un peu. Mais il fallait trouver notre compétition ailleurs. Voilà pourquoi on a souvent joué contre des garçons. »

Si l’équipe peut sentir la fébrilité augmenter un peu partout au pays, l’excitation atteint son comble à Vancouver.

« On n’était pas allées à Vancouver encore et quand on y est débarqué pour les Jeux, c’est là qu’on s’est dit, ‘‘oh wow, c’est vrai, ce sont les Jeux! ’’ Tout était tellement gros. Les gens se promenaient dans la rue avec un morceau de vêtement aux couleurs du Canada. Même les bébés dans leurs carrosses! J’ai vécu des Jeux ailleurs, mais de vivre ça au Canada, c’était big, vraiment! Le comité organisateur a fait un travail énorme. C’est comme si la vie normale s’était arrêtée, et que la vie se déroulait au rythme des olympiques et de ses compétitions. Comme si la ville, et le pays s’étaient arrêtés. »

Tous les athlètes canadiens, peu importe leur discipline, étaient sous la loupe du pays, qui avait soif de médailles et d’exploits.

Les athlètes, eux, vivent sur l’adrénaline.

« J’étais brûlée en arrivant à Vancouver! Une chance pour nous que l’horaire du tournoi était assez relax et se déroulait sur plusieurs jours. Je pouvais dormir jusqu’à 12 heures par nuit afin de récupérer. »

Rien ne vaut la consécration olympique. Sarah Vaillancourt l’a vécue à Turin en 2006, mais la médaille remportée aux Jeux de Vancouver revêt une importance particulière à ses yeux.

Place au tournoi

Le tournoi féminin se déroule comme tous les experts l’avaient prévu. Le Canada écrase la Slovaquie 18-0, la Suisse par 10-1 et la Suède par 13-1 dans ses matchs à la ronde.

Dans l’autre pool, les Américaines sont aussi dominantes et terminent leurs matchs à la ronde avec 31 buts pour et un seul but contre.

Les éternelles rivales écartent leurs adversaires en demi-finale : la Finlande pour le Canada (5-0) et la Suède pour les États-Unis (9-1).

Le 25 février, c’est la finale tant attendue.

« C’était stressant. L’équipe qui a marqué le premier but, dans chacun de nos précédents duels, avait remporté le match. On était donc pas mal stressées à cause de ça. Le match était serré, on ne s’entendait pas sur la glace! Même une à côté de l’autre, sur le banc, on n’entendait rien tellement ça criait fort dans l’aréna! Et finalement, Marie-Philip (Poulin) a marqué le premier but. Après ça, j’ai pu commencer à jouer. Mon père m’a dit après le match que j’avais l’air pogné! On a joué pendant plus d’une heure trente, sous une adrénaline à plein. C’était surréel », se souvient Sarah Vaillancourt.

« Quand le match s’est terminé, j’ai levé les bras vers le ciel, et j’ai pris un moment pour savourer, avant de sauter dans le tas avec les filles. Je voulais chérir ce moment qui, je le savais, n’arriverait plus jamais. C’était vraiment incroyable. Encore aujourd’hui, j’y pense et j’ai des frissons! », dit Vaillancourt, à propos de ce match qui a été regardé par quelque 22 millions de téléspectateurs, un record pour un match de hockey féminin.

Pendant que les célébrations se poursuivent dans le vestiaire, et même sur la glace, alors que des joueuses boivent du champagne et fument le cigare tout en prenant des photos — des cérémonies qui ont fait jaser à l’époque — Sarah Vaillancourt est toujours au vestiaire.

« Je n’étais pas sur la glace, j’ai été choisi pour des tests antidopage! », a-t-elle rigolé.

Quant aux commentaires qui ont découlé concernant les cérémonies de ses coéquipières, Vaillancourt relativise la chose.

« En tant que joueuse, tu développes une relation d’amour avec la patinoire. C’est fort. Alors c’est sensé d’y retourner pour célébrer une aussi grosse victoire. Je crois que ce sont des journalistes américains qui ont lancé cette histoire-là. »

Après les Jeux

Si la victoire et la célébration sont de véritables raz-de-marée d’émotions, le retour sur terre l’est tout autant.

« Ce fut un méchant choc. On était toutes différentes, et on a toutes réagi de façon différente, mais du jour au lendemain, tu vis l’euphorie de la victoire, d’être au sommet du monde, et ensuite, tu retournes dans le monde normal. C’est, disons, assez spécial », a-t-elle dit.

« J’ai repensé à cette période, quand je voyais Laurent Duvernay-Tardif, après sa victoire au Super Bowl. Il y a un choc, après. Pendant une longue période de temps, tu es concentrée, avec l’objectif clair en tête, et toujours entourée de tes coéquipières. Du jour au lendemain, c’est terminé, pour quatre ans. Ce qu’on appréciait le plus, c’était d’être ensemble, de jouer au hockey, de vivre cette vie-là. Pas seulement de gagner une médaille », précise-t-elle.

« Après les Jeux, tu perds cette complicité pour plusieurs années. J’ai vécu ça difficilement. Je suis retournée chez mes parents, à Sherbrooke. Ça faisait plusieurs grosses étapes qui se terminaient, pour moi; les Jeux, ma graduation de Harvard l’année précédente. »

Ces nombreuses années de compétition de haut niveau ont eu des conséquences. Le corps de Sarah en a subi les contrecoups.

« J’ai dû me faire opérer trois fois, des blessures qui traînaient depuis 2007. Ça a finalement mis fin à ma carrière. Je me suis retirée après les Championnats du monde de 2013, avant les Jeux de 2014. Je savais tout ce que ça prenait pour m’y rendre et mon corps ne suivait plus. »

En octobre dernier, l’équipe féminine de 2010 a été réunie une autre fois, pour son intronisation au Temple de la Renommée olympique du Canada.

Même si les années passent, la gloire de la victoire et la force des amitiés sont toujours aussi présentes.

« Ils ont présenté des vidéos de nous, de notre parcours, c’était très émouvant. Presque toute l’équipe était là. On rejoint de grandes équipes, au Temple. C’était à notre tour. On a vécu des choses intenses, ensemble, et quand on s’est revues, c’était comme si on avait joué ensemble la veille! Et ce, même si on a toutes des vies complètement différentes. On a été une équipe performante, pendant longtemps. C’est très spécial », a dit Sarah Vaillancourt.

« J’y repense, des fois, de façon aléatoire. Avec le temps, on oublie, un peu. Je ressors mes médailles pour certains événements et ça ramène les émotions. Vite. Et fort. Comme chaque fois qu’il y a des Jeux olympiques. On sait ce que ça prend pour gagner. On l’a fait. »

« Quand on se revoit, avec les filles, on ne parle pas toujours de médailles, des matchs passés. Mais plutôt des choses drôles, des anecdotes, des insides qu’on vivait en groupe. »

Sarah Vaillancourt fait présentement de la suppléance dans les écoles primaires. Elle caresse le rêve de devenir policière.

Elle fait partie de l’histoire du Canada.

« Ce n’est pas plus ou moins important que les réalisations des autres. J’ai poursuivi mes rêves, avec passion. C’était ça l’important. »

En octobre dernier, Sarah Vaillancourt a retrouvé plusieurs de ses anciennes coéquipières pour l’intronisation de l’équipe féminine de hockey au Temple de la renommée olympique du Canada.