Mathieu Tousignant a été le seul joueur des Cantonniers de Magog à participer à la compétition, notamment contre la redoutable équipe ontarienne.
Mathieu Tousignant a été le seul joueur des Cantonniers de Magog à participer à la compétition, notamment contre la redoutable équipe ontarienne.

La fois où le Québec a été champion du monde

Il y a des championnats qui marquent une carrière. En janvier 2006, le Québec déjouait les pronostics des experts en mettant fin à une longue série noire de 12 ans pour les fleurdelisés en arrachant la médaille d’or au Défi mondial de hockey des moins de 17 ans qui était présenté à Régina, Saskatchewan. Parmi les acteurs importants de cette conquête qui permettait au Québec de redorer son blason sur la scène internationale, deux Forestois : Martin Bernard, entraîneur-chef des représentants du Québec, et l’attaquant Mathieu Tousignant.

Bernard et Tousignant avaient été libérés des Cantonniers de Magog, leur équipe originale. Au moment de quitter pour l’Ouest canadien, les deux Cantonniers étaient loin de se douter de ce qui les attendait. En plus de se couvrir d’or, le Québec avait vaincu dès son entrée en scène l’Ontario, qui alignait quatre futures vedettes de la Ligue nationale en John Tavares, Drew Doughty, PK Subban et Logan Couture. Sam Gagné faisait aussi partie de cette puissance. Quatorze ans plus tard, l’exploit prend encore plus de valeur quand on réalise la qualité des adversaires qui ont plié les genoux devant les adolescents réunis par Martin Bernard et ses adjoints Stéphane Hains et Danny Dupont, le fils d’André « Moose » Dupont.

« Personne ne pouvait prédire à l’époque qu’on avait devant nous des futures étoiles de la Ligue nationale. Cependant, c’était clair que l’équipe de l’Ontario partait avec une longueur d’avance sur les huit autres formations. On entendait dire que si le Canada voulait conserver l’or gagné l’année précédente, il fallait miser sur les Ontariens. On a ramené tout le monde à l’ordre en prenant leur mesure. De notre côté ça mettait la table pour le reste de la compétition », se souvient Martin Bernard, qui a tout de même eu des sueurs froides avant de savourer cette première victoire.

« On menait 4-0 et ils avaient trouvé le moyen de provoquer l’égalité 4-4. On a été pris dans un véritable tourbillon pendant de longues minutes. On avait les meilleurs sièges pour voir tout le talent de cette équipe. Heureusement, on avait stoppé l’hémorragie et réussi à terminer en force. »

Les protégés de Bernard ont enchaîné avec des victoires, toujours par la marge d’un but, contre la Slovaquie et l’Ouest avant de perdre leur dernier match de la ronde préliminaire 5-1 contre les Américains. Ce match n’avait plus d’importance pour le Québec, déjà qualifié pour le carré d’as, tandis que les États-Unis devaient absolument l’emporter pour poursuivre leur route.

Après avoir vaincu la République tchèque 2-1 en demi-finale, le Québec de Martin Bernard retrouvait les États-Unis en finale. « Ça faisait l’affaire des gars qui voulaient prendre leur revanche. Cette fois les joueurs des deux équipes partaient sur un pied d’égalité au chapitre des émotions. Les joueurs avaient répondu de façon admirable et offert leur meilleure performance du championnat en l’emportant 5-2 », souligne Bernard.

Martin Bernard

De neuvième à champion

Le tour de force réalisé par l’équipe du Québec avait de quoi faire grisonner les experts. Un an plus tôt, le Québec avait clôturé le Défi mondial au 9e et dernier échelon. Au camp estival du programme excellence de Hockey Canada, le porte-parole de cet organisme John Missley avait vanté toutes les régions du Canada, se permettant de mettre en doute le travail de développement des Québécois.

« Je m’en souviens trop bien, confie Bernard. On se regardait entre nous et on se demandait ce que nous avions fait de mal. Aucun joueur ni entraîneur n’était de l’édition précédente. Le plus drôle de l’histoire, au Défi mondial quand nous avons battu l’Ontario, devinez qui est venu sur la glace remettre le prix du joueur du match? John Missley en chair et en os. J’ignore s’il se souvenait de ses paroles, mais nous sur le banc oui. De vaincre l’Ontario, c’était la meilleure façon de lui faire ravaler ses paroles. »

Sur cette édition championne du Québec, un seul joueur a atteint la Ligue nationale, soit Alex Killorn, porte-couleurs du Lightning de Tampa Bay. L’étoile de l’équipe était Angelo Esposito, mais celui-ci n’était pas parvenu à se faire justice, affaibli par un virus tout au long de la compétition. Esposito avait même été retiré de l’alignement dans une rencontre (voir autre texte) et avoir joué sporadiquement en fin de tournoi.

Sans grande vedette, avec son joueur numéro un en piteux état, comment l’équipe du Québec est-elle parvenue à se sauver avec les grands honneurs? « Les gars avaient démontré un sang-froid remarquable. Ils géraient bien leurs émotions et étaient fidèles au plan de match. Rien ne pouvait les ébranler, pas même l’absence d’Esposito. Ils étaient dans leur bulle 24 heures sur 24 », raconte Bernard.

Mathieu Tousignant

Martin Bernard avait fait une place à son attaquant des Cantonniers de Magog Mathieu Tousignant dans son alignement. Tousignant était premier pointeur de la Ligue midget AAA, ex aequo avec son coéquipier Dave Nolin, avant de partir pour Régina.

« Évidemment je savais ce que Mathieu pouvait nous apporter au championnat, mais je ne comptais pas nécessairement sur ses qualités offensives. Je misais d’abord sur sa vitesse, son énergie, son intensité. S’il y en a un qui pouvait déranger sur la glace, c’était Mathieu. Je peux vous dire qu’il a répondu présent en tout temps. Il a connu un excellent tournoi », mentionne Bernard.

D’ailleurs, dans le gain de 6-5 sur l’Ontario, Tousignant avait amassé un but et une aide. En finale contre les Américains, il est celui qui avait inscrit le but d’assurance en fin de troisième période.

« Cette médaille d’or au Défi mondial des moins de 17 ans s’inscrit dans mes meilleurs souvenirs, c’est indéniable. J’ai bien rempli mon rôle, sur la glace et dans le vestiaire, mais pas juste moi, tous les joueurs de l’équipe. C’est ce que ça prenait pour remettre le Québec sur la carte. Tous les joueurs avaient acheté le concept d’équipe. Alex Killorn, Philippe Cornet, Yann Sauvé, Maxime Macenauer étaient nos piliers. Champion du monde, ce n’était pas rien et surtout après la déconfiture de l’année précédente », fait valoir Tousignant, qui vient de compléter sa 11e saison dans le hockey professionnel de l’autre côté de l’Atlantique.

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L’ancien défenseur du Canadien P.K. Subban et ses coéquipiers ontariens étaient donnés favoris pour remporter la compétition.

Gagner dans la tourmente

C’est dans le branle-bas de combat que Martin Bernard avait dirigé les dernières parties de l’équipe du Québec au Défi mondial des moins de 17 ans en 2006 à Régina.

Rappelons que le joueur le plus attendu à Régina par les médias, les amateurs, était Angelo Esposito de la formation québécoise. Esposito, à 16 ans seulement, avait été le dernier joueur retranché au camp de l’équipe nationale junior. Le prochain Crosby se plaisait-on à répéter. Esposito avait finalement accepté de rejoindre l’équipe de Bernard. Ce dernier avait dû se déplacer à Montréal pour le convaincre. En débarquant à Régina, les médias s’arrachaient Angelo Esposito. Les dirigeants de l’équipe du Québec avaient été obligés de prendre en main son agenda.

Or, Esposito a été malade tout au long du tournoi. Son temps de glace avait été géré en conséquence. Au dernier match de la ronde préliminaire qui n’avait plus d’importance pour le Québec, Bernard avait décidé de le garder à l’écart du jeu.

Les adversaires des fleurdelisés, les États-Unis, avaient besoin d’une victoire pour accéder à la ronde demi-finale et par le fait même éliminer l’Ontario. Lorsqu’il a été communiqué qu’Esposito avait été retiré de l’alignement, Martin Bernard avait été accusé de tous les péchés du monde et de vouloir favoriser les Américains. « C’est tout juste si ma tête n’a pas été mise à prix, surtout par la délégation ontarienne. Les amateurs aussi étaient en colère, eux qui voulaient revoir l’Ontario. Nos 10 doigts suffisaient pour compter ceux qui nous appuyaient par la suite », se remémore Bernard.

Drew Doughty (8) des Kings de Los Angeles et John Tavares des Maple Leafs de Toronto ont été éclipsés par les inconnus du Québec au Championnat mondial des moins de 17 ans en 2006.

Roy s’en mêle

À son retour au Québec, quelle ne fut pas la surprise de voir Patrick Roy, alors le grand manitou des Remparts de Québec avec qui s’alignait Angelo Esposito, tomber à bras raccourcis sur les dirigeants de l’équipe du Québec.

Roy avait remis en question le sérieux de l’état-major de l’équipe, les qualifiant même d’imbus, en voyant son jeune poulain revenir en sol québécois malade et quelques kilos en moins. Martin Bernard n’avait pas hésité à remettre les pendules à l’heure.

« J’étais estomaqué en lisant les propos de Patrick Roy. Esposito voulait tellement jouer, contribuer à la hauteur de son talent. On devait le retenir. On a réduit son temps de glace; il a raté le dernier match avant la ronde des médailles. On consultait sans cesse l’équipe médicale. Son agent et son père étaient sur place. Si on avait joué avec sa santé et mis son avenir en péril, pensez-vous vraiment qu’ils ne seraient pas intervenus? Patrick était frustré. Esposito faisait la pluie et le beau temps avec Alexander Radulov chez les Remparts. Faut croire que Patrick n’est pas rancunier. Il ne m’en a jamais parlé par la suite quand on s’affrontait dans la LHJMQ », affirme Martin Bernard.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la fin du Défi mondial et le retour au Québec ont été mouvementés pour Martin Bernard. Heureusement, cela n’avait pas fait de l’ombre sur le magnifique parcours du Québec qui était de retour au sommet de la pyramide.  Jean-Guy Rancourt