Jérôme Gaudreau
La Tribune
Jérôme Gaudreau
Marc Bergevin a gagné la faveur du public cet automne.
Marc Bergevin a gagné la faveur du public cet automne.

La coupe à Bergevin

CHRONIQUE / Vous le sentez comme moi? Non, ce n’est pas l’odeur de la brise d’automne, mais bien un vent d’optimisme aux arômes de coupe Stanley en provenance de Montréal.

On va se le dire, Marc Bergevin a la cote en ce moment. Les fans ont l’impression de n’avoir jamais appuyé une équipe aussi complète que celle d’aujourd’hui. À lire les réseaux sociaux et les médias, on pourrait donner tout de suite la coupe au Canadien et nommer Bergevin directeur général de l’année. Mais attention... pas si vite.

Je constate la même chose que vous. Le DG du CH n’a pas chômé lors des derniers jours.

J’admirais la décision d’ajouter un attaquant de puissance, intimidant et capable de marquer des buts. Max Domi et un choix de troisième ronde ont été le prix à payer pour obtenir Josh Anderson, bâti dans ce moule. Même si le contrat qui a suivi m’inquiète, le Canadien a enfin trouvé son Milan Lucic dans ses belles années avec les Bruins. On va l’aimer, ce Josh Anderson.

Parce que j’ai comme l’impression que l’adversaire se tiendra un peu plus tranquille lors des mêlées après le sifflet et les joueurs comme Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi pourront prendre leurs aises sur la patinoire. 

Quelques jours plus tôt, Jake Allen, et son salaire de 4,35 M$, s’est amené à Montréal. On venait de régler la question du deuxième gardien sans avoir concédé d’importants actifs aux Blues de St Louis. Mais c’est toutefois au moment de signer le chèque que Marc Bergevin se souviendra qu’il paie chèrement les services de son gardien auxiliaire, alors qu’un gardien comme Louis Domingue aurait fait le travail pour trois fois moins cher, ce qui aurait permis de faire signer rapidement Phillip Danault, le prochain défi de Bergevin.

Le DG du Canadien s’est repris rapidement côté contrat. Offrir 17 M$ pour quatre ans à Tyler Toffoli est la meilleure décision de Marc Bergevin lors de l’actuelle saison morte.

Je ne serais pas du tout surpris de voir Toffoli atteindre rapidement le top 2 des meilleurs buteurs de l’organisation. 

L’entente avec Jeff Petry n’est pas si mal non plus, comme celle de Joel Edmundson. Avec l’arrivée d’Alexander Romanov et les belles saisons qu’a à offrir encore Shea Weber, sans parler du bon travail de Ben Chiarot, la défensive du Canadien est à point. Impressionnant, Marc!

Avis aux poolers : Carey Price ne se sentira plus seul et ses chiffres pourraient être étonnants la saison prochaine. 

On dit également de bien belles choses de Kaiden Guhle.

Simple constat : une triste histoire se forme entre la LHJMQ et le Canadien, qui a ignoré quelques beaux espoirs du circuit Courteau. Mais ça, c’est un autre combat qui semble perdu d’avance tant et aussi longtemps que Trevor Timmins sera dans les parages pour écrire le prochain chapitre de ce malheureux livre. 

La fin du reset?

Là où ça se corse, c’est à l’attaque. C’est là qu’on ne risque pas d’être d’accord.

C’est une fois de plus sans vedette offensive que le CH commencera la prochaine saison. Dans cette catégorie se trouvent aussi les Sénateurs d’Ottawa, les Blue Jackets de Columbus, les Devils du New Jersey et le Wild du Minnesota, qui ne compte que sur un Zach Parise vieillissant. Rien de glorieux à s’y comparer. Tous des clubs qui se retrouvent bien loin d’une place en finale de la coupe Stanley, on s’entend. 

À vrai dire, je m’attendais finalement à plus de ce fameux reset du Canadien. Je croyais qu’il allait être plus long. Étalé sur trois repêchages, au moins, avec un autre top 5 au repêchage. Une vraie reconstruction quoi. 

Car avec tous ces choix au repêchage en 2020 et les nombreux espoirs repêchés dernièrement par le Canadien, j’espérais voir une superstar à l’attaque faire son entrée. Au pire, je croyais aux chances d’attirer Taylor Hall, disponible sur le marché des agents libres. 

Le Canadien possède maintenant quatre bons trios, dont trois pouvant facilement former une excellente deuxième ligne. 

Le CH n’est pas bien loin de pouvoir compter sur un premier trio dominant, mais pour l’instant, on se demande encore si le Canadien mise sur un vrai premier trio digne de ce nom. 

En fait, tout dépendra de deux choses. Expliqué de cette façon, c’est d’ailleurs beaucoup de pression pour ces deux jeunes, mais force est d’admettre que Jesperi Kotkaniemi et Nick Suzuki constituent les facteurs déterminants. 

Sans l’émergence de ces deux espoirs, ou simplement de l’un d’entre eux, le CH pourrait encore attendre longtemps avant de célébrer la présence d’une étoile à l’attaque et la conquête d’une coupe Stanley. 

À défaut d’être en mesure d’acquérir les services d’une super vedette comme l’ont fait aisément les Rangers de New York avec Artemi Panarin pour amorcer leur reconstruction, il faudra développer à l’interne ce joueur étoile. Reste à voir lequel émergera davantage. Cole Caufield pourrait bien faire partie du lot. 

Le Canadien possède encore les éléments pouvant servir de monnaie d’échange. Faudra-t-il sacrifier quelques choix de sélection en 2021 ou un peu de profondeur pour améliorer le top 6 offensif lorsque le Canadien montrera de belles choses durant la première moitié de saison? Fort probablement.

Si le plan du directeur général du Canadien devenait de plus en plus discutable, tout se précise peu à peu.

J’ose toutefois croire que le reset n’est pas encore terminé. Mais il est bien amorcé. Reste à voir maintenant si les résultats suivront enfin. 

Bien souvent critiqué lors des dernières années par le gérant d’estrade que je suis, cette fois, je suis forcé de l’admettre : Bravo, Marc!