Les partisans du CH sont des passionnés. Leur déception face aux résultats difficiles de leur équipe cette saison les pousse à certains comportements, disons, discutables.

La chaise musicale

CHRONIQUE / Pas beaux, les deux derniers matchs de votre Canadien. Pas beaux du tout. Mais en même temps, un rendement qui ne surprend personne, en fin de compte. Qui déçoit, mais qui ne surprend pas. L’année 2017 s’est conclue par deux dures défaites et l’année 2018 n’annonce rien de bien plus positif pour votre équipe préférée.

Il est désorganisé, votre CH. Comme si les attaquants jouaient à la défensive, et vice et versa.

Dans ce bizarre jeu de la chaise musicale, il est facile de voir que les joueurs qui devraient être les piliers offensifs et défensifs sont assis dans la mauvaise chaise.

Prenez Max Pacioretty, par exemple. Vous aimez bien le conspuer. Dire qu’il ne fournit pas l’effort. Qu’il ne va pas dans les coins, et autres analyses superficielles du genre.

Dans les faits, le capitaine est payé pour marquer des buts. Et pour ce faire, il doit utiliser sa grande vitesse et son lancer.

Toutefois, pour maximiser ces atouts, il a besoin d’un habile joueur de centre qui va lui refiler la rondelle alors qu’il est en mouvement, ou encore d’un habile défenseur qui va le repérer en zone neutre, lui servir une savante passe, afin que Pacioretty explose en entrée de zone.

Le capitaine ne bénéficie ni de l’un, ni de l’autre. On lui cherche toujours un joueur de centre compétent et personne, dans le fond, n’a pu remplacer David Desharnais à ses côtés. C’est tout dire.

Ainsi, on demande, et on attend, de Pacioretty, qu’il réalise des jeux qu’il ne peut réaliser seul. On a donc des attentes irréalistes envers les réelles capacités du joueur.

Idem pour Alex Galchenyuk. Même un néophyte pourrait constater qu’il n’est pas un centre naturel. Il n’a pas en lui cette conscience défensive pour exceller dans ce rôle.

Le gars est un tireur, un tricoteur. Il est efficace en zone adverse, capable de déjouer le premier adversaire devant lui et d’ensuite décocher un laser vers le but adverse. Un joueur à haut risque.

Là, on lui demande de gagner des mises en jeu, d’être le premier homme en repli, d’être conscient de sa défensive. C’est juste pas son match à lui.

Idem, encore, pour Jonathan Drouin. Le pauvre gars. Il débarque de Tampa Bay, où il était, disons, entouré d’un « supporting cast » un peu plus talentueux qu’à Montréal. Et où il n’était pas le centre d’attraction offensif.

Sa transition en joueur de centre est difficile. Son taux d’efficacité dans le cercle des mises en jeu n’est pas bon (41 % cette année, 42,3 % en carrière) et il passe davantage de temps à courir après la rondelle qu’à tenter de la refiler à un coéquipier.

Des coéquipiers qui, bien souvent, ne complètent pas ses habiles jeux.

Tomas Plekanec et Philip Danault ont beau s’esquinter, reste que le CH, depuis très longtemps, n’a pas ce premier joueur de centre tant attendu. Ce qui fait que tout le monde se relaie pour occuper la chaise vacante. Avec les succès qu’on connaît.

En défensive, point de salut non plus. Si la paire formée par Jeff Petry et Karl Alzer est potable sur papier, on doit trop souvent les surutiliser pour compenser la perte d’Andrei Markov.

On ne sait plus qui faire jouer avec Shea Weber, sur le premier duo. On a essayé tout le monde et la seule combinaison qui semble avoir du succès implique un jeunot de 19 ans, Victor Mete. On comprend que ce dernier va connaître des hauts et des bas, à ses premiers pas dans la LNH.

Encore là, le jeu de la chaise musicale se poursuit, cette fois au poste de défenseur numéro deux.

Quant à Carey Price, il fait bien ce qu’il peut avec devant lui, une brigade défensive de deuxième ordre formée de seconds violons.

Alors, lorsqu’on additionne tout ça, on constate que le CH n’a pas de vilains joueurs. Juste que leur potentiel n’est pas maximisé à cause d’au moins trois pièces manquantes dans son organigramme.

Trois pièces que l’on ne retrouve pas chez le Rocket de Laval, et que le DG Marc Bergevin n’a pas réussi à trouver l’été dernier sur le marché des joueurs autonomes ou qui lui ont tourné le dos (Markov et Radulov).

Outre des soubresauts ici et là d’ici la fin de la saison, il faudra s’attendre à des prestations en dents de scie de votre CH.

C’est comme ça.

Qu’il le veuille ou non, qu’il l’avoue ou non, le CH est en reconstruction.