Même si Adonis Stevenson a dû être transporté d’urgence à l’hôpital après le combat, l’arbitre Michael Griffin a bien fait son travail samedi selon Jean Gauthier, entraîneur au Club de boxe de Sherbrooke.

« La boxe professionnelle ne changera pas », dit Jean Gauthier

SHERBROOKE — Ce n’est pas demain la veille que la boxe professionnelle apportera des changements pour assurer une meilleure sécurité à ses athlètes selon Jean Gauthier, entraîneur de boxe depuis plus de 20 ans à Sherbrooke. Cette réflexion survient alors que le boxeur québécois Adonis Stevenson est toujours sous sédation contrôlée à l’unité des soins intensifs après avoir été mis KO samedi soir.

« Dès qu’il y a de l’argent, il y a toujours quelqu’un qui va être prêt à se risquer, souligne l’entraîneur responsable de l’équipe de compétition au Club de boxe de Sherbrooke. On vise davantage le spectacle et c’est lorsque le boxeur est au tapis ou retenu par les câbles que l’arbitre va intervenir. »

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M. Gauthier estime toutefois que l’arbitre a bien fait son travail samedi.

« Je n’ai pas l’impression que l’arbitre a erré. Stevenson était en avance et il était le champion. C’était un combat équilibré jusqu’à ce qu’il touche au tapis. »

C’est une opinion qui est partagée par Éric Lucas, ancien champion du monde WBC des super-moyens.

« De mettre la faute sur l’arbitre, c’est exagéré, ça se passe vite et ce n’est pas prévisible », mentionne-t-il.

Même s’il avoue qu’il aurait tout de même fait carrière dans le monde de la boxe en connaissant toutes les problématiques liées aux commotions cérébrales, Éric Lucas se dit préoccupé par la sécurité des boxeurs.

« Durant ma carrière, j’étais conscient que je pouvais me faire passer le KO, mais je n’ai jamais pensé que je pouvais un jour perdre la vie ou être aux soins intensifs, admet-il. Depuis que j’ai pris ma retraite, j’en ai plus conscience. Il y a sûrement quelque chose à faire. Il faut aller vers la sécurité des boxeurs. On est de plus en plus conscientisé et il faut poursuivre là-dedans et pousser la recherche encore plus loin. Les sports de contact ne vont pas disparaître demain matin ni la semaine prochaine ni même dans 10 ans. »

Jean Gauthier

Amateure vs professionnelle

Il est important selon Jean Gauthier de dresser une ligne entre la boxe professionnelle et amateure. Même s’il agit du même sport, les règles concernant la sécurité des athlètes diffèrent.

« En boxe amateur, la protection de l’athlète prime, explique-t-il. Dans la situation qui nous intéresse, l’arbitre serait intervenu pour donner un compte de 8 debout au moment où Stevenson a été ébranlé la première fois. L’arbitre aurait demandé au boxeur de bouger un peu et aurait regardé comment il réagissait à ses commandes et s’il avait un doute, il aurait mis fin au combat. S’il avait permis au boxeur de continuer, il serait resté proche et aux aguets pour intervenir rapidement. Il n’y aurait pas eu 10 coups comme on a vu sur Adonis Stevenson. »

Le nombre de rondes, trois en boxe amateur et 12 en boxe professionnelle, est également un facteur de sécurité important.

« Les blessures sont beaucoup moins fréquentes en trois rondes qu’en 12, explique M. Gauthier. Il y a moins de fatigue ou d’accumulation de coups. C’est la protection et non le spectacle qui importe. »

« Lors des derniers Gants Dorés, il n’y a eu aucun vrai KO où l’athlète reçoit un compte de 10 au sol, résume M. Gauthier. Il y a eu des arrêts préventifs. Dans la boxe professionnelle, on attend toujours un peu plus. D’ailleurs on entend toujours des commentaires d’amateurs comme quoi tel combat a été arrêté trop vite par l’arbitre. Mais l’arbitre fait son travail en permettant d’éviter une blessure sévère. »