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Kim Boutin
Kim Boutin

Kim Boutin: un pas de côté, pour mieux en faire deux en avant

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
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La COVID, un retour aux études, le départ de son entraîneur de longue date, le retrait de plusieurs pays des prochains Mondiaux de patinage de vitesse courte piste. À un an des Jeux olympiques d’hiver 2022 à Pékin, la patineuse sherbrookoise Kim Boutin a choisi de prendre une pause, afin de mieux se préparer pour son objectif ultime, l’or olympique.

C’est lors d’une vidéoconférence mardi matin que Kim Boutin a mis en contexte sa décision de passer outre une participation aux Championnats du monde de patinage de vitesse courte piste prévus en mars, aux Pays-Bas.

Boutin a déjà pris des pauses du genre, dans le passé, et ce lui fut profitable.

Et c’est avec cet état d’esprit qu’elle compte retourner progressivement à l’entraînement, et éventuellement sur la glace en avril ou mai, afin d’amorcer ce sprint éreintant vers les Jeux olympiques.

« Il y a eu beaucoup de changement dans cette saison, et ça m’a affecté, comme ce fut le cas pour plusieurs athlètes, je crois. Je prends une pause pour mieux me préparer pour les Jeux olympiques. Oui, le changement d’entraîneur m’a certainement affecté, en plus de la COVID qui a forcé l’annulation de plusieurs compétitions. Je ne voyais pas la nécessité de m’investir pour ces mondiaux, je préférais me préparer mentalement et physiquement pour la prochaine année », a-t-elle expliqué aux médias.

Après un fantastique début de saison en 2019-2020 ponctué de huit médailles d’or en seulement cinq tranches de la coupe du monde de patinage de vitesse courte piste — et avec en poche un record du monde sur 500 m — la COVID est venue tout stopper. Entraînements, compétitions, la routine de la Sherbrookoise fut chamboulée du tout au tout.

Si l’automne laissait peut-être entrevoir une éclaircie, le départ précipité de son entraîneur de longue date Frédérick Blackburn, en octobre, fut un dur coup pour la Sherbrookoise.

Une athlète a déposé une plainte officielle au printemps 2020 concernant la conduite de Frédéric Blackburn. Une enquête indépendante a été ouverte selon la politique contre le harcèlement de Patinage de vitesse Canada. On attend toujours les conclusions de l’enquête.

« La COVID en soi nous mène à des réflexions. J’ai toujours été très consciente de cette introspection et c’est important d’être connectée à ce que je ressens. Ce changement n’a pas une corrélation de cause à effet pour cette absence aux mondiaux, ça fait partie des nombreux changements survenus pendant la saison. Une saison sans compétition et moi, je carbure aux compétitions, à ces événements-là », a-t-elle d’abord expliqué.

« L’année 2019 a été remplie de beaux résultats, car j’avais dit haut et fort que je voulais performer, que je voulais gagner. Ça a eu un impact sur ma préparation mentale, sur la façon dont j’abordais les courses. Ce fut par contre très exigeant. J’ai eu beaucoup de succès avec Fred, c’est sûr et certain que ça m’a affecté. Je veux me repositionner pour être plus forte, c’est toujours comme ça que j’ai toujours voulu aborder les compétitions, en étant bien physiquement et mentalement », a dit l’athlète qui va avoir 27 ans en décembre prochain.

Kim Boutin et ses médailles.

Kim Boutin s’était également accordé une pause similaire, après les Jeux olympiques de Pyeongchang, où elle a remporté deux médailles de bronze et une médaille d’argent.

Kim Boutin confirme toutefois que de se retrouver sans entraîneur, pendant une aussi longue période de temps, n’est pas l’idéal.

« Ce fut long. Je ne peux pas en parler plus que ça, étant donné les circonstances, mais oui ça tire du jus sur une équipe de ne pas savoir ce qui en est avec l’entraîneur. On a été bien pris en charge avec Seb (Sébastien Cros). Ma relation avec Fred a toujours bien été, c’est une personne que j’aime bien. Le fait de se séparer d’un entraîneur avec qui tu as connu du succès, ça donne des inquiétudes, en plus que je ne savais pas où je m’en allais avec le reste de ma saison. Ce fut de l’incertitude pendant un bon bout qui, définitivement, m’a affecté », a-t-elle confirmé.

« Je n’ai pas senti de frictions au sein de l’équipe. On veut toutes s’entraîner dans une ambiance saine, où on a toutes des objectifs de performance. Je n’ai pas senti de confusion. C’était nébuleux, on ne savait pas où était notre entraîneur ni ce qui se passait, mais ça reste qu’on ne pouvait rien contrôler. Il fallait s’entraider entre coéquipières. »

À un an des Jeux

Ce samedi marquera le début du décompte vers les Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin, avec 365 jours au compteur avant le début des compétitions.

Même si elle fait un pas de côté, c’est pour mieux bondir en avant, confirme-t-elle. Car elle sait très bien ce qui l’attend, sur l’anneau de glace de ces Jeux.

« Je sais que je vais être attendue de pied ferme. Ce sera donc de peaufiner ma préparation mentale, de déterminer comment j’ai envie d’aborder ces jeux-là. J’ai déjà dit dans le passé que j’ai envie de vivre ces jeux les yeux grands ouverts, d’être conscient de ce qui se passe. Je dois apprendre du passé. Le fait de m’être répété, et d’avoir dit haut et fort que je voulais gagner l’an passé, et que j’ai réussi à le faire, ça m’a un peu déstabilisé du côté de la préparation mentale. La pression que je me mettais, les exigences, ce fut un gros défi. »


«  La question n’est pas de me retirer tout de suite. »
Kim Boutin

Pas question non plus de songer à la retraite.

« La question n’est pas de me retirer tout de suite. Le patin m’a toujours permis de me connaître davantage. Tous les questionnements que ce sport-là m’a apportés, ça a toujours payé. Je m’écoute beaucoup, et ça a toujours payé. Je veux pratiquer ce sport-là en sachant que je suis attendue (par les autres compétitrices), mais que je veux patiner et performer. Je veux trouver l’équilibre dans ce monde de performance », a-t-elle indiqué.

Patinage de vitesse Canada et Kim Boutin ont décidé, d’un commun accord, qu’elle serait sur pause il y a déjà six semaines.

Plusieurs événements prévus au calendrier de courses ont été annulés, et plusieurs pays se sont déjà désistés des Mondiaux, en mars.

Rien à gagner là, donc.

« Je trouvais ça beaucoup mieux de me retirer et de retrouver mes bases. Je tentais de me concentrer sur des compétitions qui étaient annulées au fur et à mesure. Je n’étais pas dans un bon état d’esprit d’apprentissage pour les Jeux, moi qui doit travailler avec un nouvel entraîneur (Sébastien Cros). C’était plus pertinent de m’assurer que j’aie les bases solides pour les Jeux. »

Kim Boutin a repris le chemin de l’école, en éducation spécialisée. Un retour qui l’aide à trouver l’équilibre.

« J’ai repris les classes après quatre ans. Ça m’a fait du bien, j’ai renoué avec l’éducation spécialisée. Je faisais du bénévolat avant le COVID, dans une escale avec les enfants. Ça m’a fait du bien », a-t-elle dit.

« Ça a toujours été important de rester concentré sur mes valeurs, de viser mes objectifs le plus sainement possible. C’est ce que j’essaie de faire, de me recentrer. Ma pause m’aide à retrouver cette sensation-là. »

De nouveaux défis

Kim Boutin carbure aux défis. Aux objectifs. Et elle est claire sur ceux de la prochaine année.

« Chaque année, j’attaque un nouveau défi. Je le fais à ma manière, le plus sainement possible. Lors des prochains Jeux olympiques, je vise l’or. En 2019-2020, j’ai réalisé de beaux succès, j’en suis fière, et je suis fière du cheminement accompli pour y arriver. J’aurai une autre approche pour les prochains Jeux. C’est une préparation importante, pour moi, j’ai toujours voulu performer le plus sainement possible. Et c’est ce que je vais faire. »