Judes Vallée : des saisons difficiles et enrichissantes

SHERBROOKE — « On le savait que les premières saisons allaient être difficiles. Je savais dans quoi je m’embarquais et j’étais heureux de le faire. Construire une nouvelle concession, c’est aussi bâtir une nouvelle culture. J’ai appris beaucoup durant mes saisons avec le Phœnix. Ça va me servir durant toute ma vie. »

Le premier entraîneur de l’histoire du Phœnix de Sherbrooke, Judes Vallée, avait tout un défi en 2012 : celui de piloter un groupe de joueurs qui ne se connaissaient pas du tout et qui n’avaient donc jamais évolué ensemble.

Malgré la présence exceptionnelle de cinq joueurs de 20 ans, et malgré l’obtention du tout premier choix de 2012 (Daniel Audette), la première campagne des Oiseaux n’était pas de tout repos. Les suivantes non plus d’ailleurs : la fiche de 85 victoires et 151 défaites de Judes Vallée en témoigne.

« On a connu de très belles séquences et de beaux moments avec le Phœnix. Lors de la première moitié de saison, on avait reçu beaucoup d’attention entre autres à cause du lock-out dans la LNH et notre arrivée dans la ligue. J’allais faire mon épicerie et tout le monde me regardait ou me parlait de hockey. Le Phœnix faisait parler de lui et les foules étaient plus importantes. Mais on a aussi eu notre part de problèmes. La deuxième saison a été décevante en ratant les séries éliminatoires. Il n’y avait aucune stabilité devant le filet. »

L’échec de la saison 2015-2016

Le Phœnix a connu une meilleure campagne par la suite avec 36 victoires, s’inclinant toutefois contre les Islanders de Charlottetown, une fois de plus en première ronde.

La progression du Phœnix permettait aux dirigeants de croire que la prochaine saison pouvait être la bonne. Le slogan « Ensemble pour la victoire » aura d’ailleurs été l’une des erreurs commises par le Phœnix lors de la saison 2015-2016. Quelques mois plus tard, après un début de saison difficile, le Phœnix congédiait son directeur général Patrick Charbonneau et son entraîneur Judes Vallée pour les remplacer par Jocelyn Thibault et Stéphane Julien, toujours en poste.

« J’étais très déçu. C’était la première fois que je me faisais congédier. Je savais que ça faisait partie de la game, mais je n’étais pas habitué à ça. Côté business, je venais d’apprendre beaucoup, mais je venais également de perdre ma famille. J’ai adoré travailler avec les jeunes et toute l’organisation, en passant par les propriétaires, les gestionnaires, mes adjoints et le personnel de soutien. Les gens m’ont toujours appuyé. »

Vu comme un bon père de famille dans sa relation avec les joueurs, Judes Vallée se dit fier de n’avoir jamais accusé personne dans les moments difficiles. Et Dieu sait qu’il n’avait pas des cas faciles à gérer. Certains penseront à Daniel Audette et Jérémy Roy, qui étaient vus comme des vedettes, ou des joueurs plus turbulents à l’extérieur de la patinoire.

« On a vécu plusieurs histoires à l’interne et il aurait été facile de pointer parfois Daniel ou Jérémy, mais ces jeunes arrivent dans la ligue à 16 ans, vivent beaucoup de stress et ne méritent pas que leur entraîneur fasse leur procès sur la place publique. Avec mes joueurs, j’ai toujours réglé les problèmes dans mon bureau. Il ne faut pas exagérer non plus, ils n’avaient pas tous les torts contrairement à ce que certains peuvent croire. »

Le parfait bonheur

Judes Vallées provenait du réseau scolaire, les Cougars du Collège Champlain, avant de revenir dans la LHJMQ avec le Phœnix. Au mois de juin 2017, Vallée a renoué avec ses anciens amours en acceptant le poste d’entraîneur-chef des Aigles Bleus de l’Université de Moncton.

« J’avais alors une équipe à rebâtir. Disons que j’avais une certaine expérience acquise en ce sens. Le recrutement avait été mis de côté un peu et j’avais comme défi d’attirer de bons joueurs à Moncton. »

La première saison fut difficile, mais Judes Vallée connaît une excellente campagne cette année avec les Aigles Bleus.

« Le mandat est bien différent que celui à Sherbrooke. Je suis seul à temps plein. J’ai l’aide de mes adjoints, qui travaillent à temps partiel, mais je dois m’occuper aussi des montages vidéo et de bien d’autres choses. »

Installé avec sa conjointe à Shédiac près de la mer et de la plage Parlee, Judes Vallée adore l’environnement qui l’entoure.

« Je suis hyper heureux ici. Les gens de la place sont très chaleureux. Les Aigles Bleus sont importants en région, entre autres pour les Acadiens. Le réseau des anciens est très solide ici. Je fais ce que j’aime dans un circuit qui gagne à être connu. Je peux coacher, ici. Je travaille à ma manière. Je côtoie des hommes sur la glace, c’est différent du junior majeur. Les joueurs sont plus matures, on joue beaucoup moins de parties et le calibre est très relevé. »

Finalement, est-il possible de revoir un jour Judes Vallée dans la LHJMQ?

« J’adore vraiment ça ici. Je suis bien. Je ne ferme aucune porte, mais je suis à ma place présentement! » conclut-il. 

Judes Vallée lors de son embauche chez le Phœnix de Sherbrooke en 2012.