Tokyo accueillera les Jeux olympiques d’été en 2020. Les retombées espérées relèvent moins des infrastructures que d’un changement dans la façon de concevoir la société japonaise.

JO 2020 : Tokyo convaincue d’obtenir le soutien de la population

TOKYO — Calgary pourrait bien déposer sa candidature pour l’obtention des Jeux olympiques d’hiver de 2026. Elle accueillerait les athlètes du monde pour la deuxième fois en 38 ans si elle juge que l’aventure en vaut la chandelle. La ville hôte des prochains jeux d’été en 2020, Tokyo, présentera pour sa part les Jeux olympiques pour la deuxième fois. Le comité organisateur et la gouverneure de Tokyo s’attendent à un appui de la population malgré les coûts importants de l’entreprise et les inquiétudes soulevées par les citoyens.

Les villes souhaitant déposer leur candidature pour 2026 ont jusqu’à la fin mars pour le faire. Sans encourager directement les villes à se porter candidates, le directeur général du comité organisateur des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, Toshiro Muto, croit encore aux retombées positives d’un tel événement.

« Quand nous avons décidé de poser notre candidature, l’opinion populaire n’était pas très favorable. Quand Tokyo a remporté la mise, l’appui est devenu plus important. Les Japonais y voyaient une occasion d’offrir leur hospitalité aux visiteurs. Le plan initial n’était pas bien ficelé, pas assez précis, si bien que nous aurons besoin de plus d’argent pour réaliser les promesses accompagnant notre candidature. Il y aura plusieurs défis pour organiser ces jeux. Quand nous avons fait part de ces problèmes, l’opinion populaire est devenue moins positive et certains sont maintenant contre les jeux de 2020 », résume M. Muto.

Estimée à 1,4 trillion de yens, soit plus de 12 milliards de dollars américains, la tenue des jeux est donc plus coûteuse que prévu.

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Tokyo accueillera les Jeux olympiques d’été en 2020. Les retombées espérées relèvent moins des infrastructures que d’un changement dans la façon de concevoir la société japonaise.

« Il y a deux ou trois ans, j’ai rencontré Sebastian Coe, président du comité organisateur des jeux de Londres. Il m’a raconté avoir vécu une situation semblable, où l’opinion devenait défavorable après le choix de la ville hôte, mais elle s’est améliorée avec le temps et au moment de l’événement, elle était plus favorable que jamais. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter » , ajoute Toshiro Muto.

« Les préparatifs sont en cours et se déroulent bien. Nous continuons de chercher des façons de réduire le budget et de dépenser de la façon la plus juste possible. En matière de coûts, pour certaines villes hôtes, le poids financier a été important dans le passé, si bien qu’elles en ont souffert beaucoup. Tokyo construira de nouvelles infrastructures, mais nous calculons les coûts pour les entretenir et nous nous assurons qu’elles seront utilisées après les Olympiques pour éviter de subir ce poids », réagit Yuriko Koike, gouverneure de Tokyo.

« Il faut comprendre à quoi l’argent va servir. Si on dépense seulement pour les événements sportifs, on ne convaincra personne. Il faut voir quels changements on peut apporter pour les citoyens. En nous investissant dans les sports, on peut avoir un impact sur notre culture et amener des changements à la société », ajoute M. Muto.

Investir dans l’appareil social

« Étrangement, 2020 sera une occasion non pas de mettre à jour les infrastructures, mais d’investir dans l’appareil social, de changer la façon dont les gens pensent, d’améliorer la technologie. Bien sûr il faudra attendre après la présentation des jeux pour bien saisir leur héritage, mais nous voulons en faire un tournant pour la société japonaise. »

Certains Japonais auraient préféré que l’argent investi dans les Jeux olympiques permette de préserver des vieux quartiers comme celui de Yanaka, à Tokyo, un quartier reconnu pour ses rues étroites.

Parmi les critiques, certains auraient préféré des investissements dans la reconstruction à Fukushima. À Tokyo même, la protection du patrimoine soulève des craintes, comme dans le quartier de Yanaka, largement fréquenté par les touristes pour ses nombreux temples, ses rues étroites et ses maisons traditionnelles.

« Je suis inquiète de perdre notre héritage parce qu’ils font maintenant des routes plus larges pour que les touristes puissent se déplacer plus facilement et plus efficacement. J’espère que le gouvernement établira des politiques pour limiter l’élargissement des rues et pour limiter la hauteur des édifices », résume Akiko Shiihara, urbaniste et membre du centre culturel et historique Taito.

« Les anciens bâtiments ne respectent pas les codes de sécurité. Quand on veut reconstruire, il faut tout démolir. Avec l’embourgeoisement, j’ai peur que les citoyens du quartier ne puissent plus payer leur loyer. J’espère du positif des Jeux olympiques, mais ça dépendra du legs qui en résultera. En surface, Tokyo a l’air très moderne et avancée, mais quand on regarde le style de vie, nous sommes une communauté très fermée. J’espère que les Olympiques ne détruiront pas les vieilles traditions. J’aurais aimé qu’une partie des fonds soit investie dans les quartiers traditionnels. »

Infrastructures

Concrètement, le stade olympique et le village des athlètes sont toujours en construction. En tout, on comptera 40 sites de compétition où 33 sports seront à l’honneur. Cinq nouvelles disciplines seront ajoutées, soit le baseball, le karaté, le surf, l’escalade sportive et la planche à roulettes. On espère dénicher 110 000 bénévoles pour le bon déroulement de l’événement.

Certains Japonais auraient préféré que l’argent investi dans les Jeux olympiques permette de préserver des vieux quartiers comme celui de Yanaka, à Tokyo, un quartier reconnu pour ses rues étroites.

On ne compte par ailleurs pas faire l’acquisition de nouveaux trains pour assurer une plus grande fluidité des transports, tant chez JR East que Tokyo Metro, les deux compagnies de métro de la capitale.

Tomoyasu Machitani, de la compagnie JR East, explique que plutôt que d’ajouter des trains, on augmentera la fréquence de passage. « Si nous avions plus de trains, il faudrait trouver de l’espace pour les entreposer... »

Enfin, en matière de sécurité, la gouverneure Yuriko Koike ne démontre pas une inquiétude démesurée. « Parce que le Japon est une île, en comparaison avec le continent, il est plus facile de contrôler les frontières et de détecter les terroristes qui arriveraient au pays. Notre première approche est d’utiliser la technologie pour détecter les personnes qui créent un risque, par exemple avec la reconnaissance faciale pour identifier un terroriste dans un groupe. »

Cette technologie pourrait venir de l’entreprise locale NEC, leader mondiale dans le domaine. Sa technologie est d’ailleurs déjà utilisée... par le service de police de Calgary. « Pour Tokyo 2020, la reconnaissance faciale sera utilisée à l’entrée des athlètes. Le système peut aussi permettre de détecter des situations inhabituelles comme des attroupements. Nous avons proposé au comité organisateur cette technologie pour voir si quelqu’un grimpe une clôture ou s’introduit dans une zone interdite. Un être humain a un taux de succès de 60 % pour reconnaître un visage, contre 99 % pour la machine », explique Sari Kanda, de NEC.

Le village des athlètes est en construction à Tokyo.

Les Jeux olympiques de Tokyo ouvriront le 24 juillet 2020.

Une compétition à Fukushima

Question de changer les perceptions sur la région de Fukushima, victime d’un incident nucléaire à la suite du tremblement de terre de 2011, le comité organisateur des Jeux olympiques de Tokyo a obtenu la permission d’y tenir une compétition symbolique en 2020. « Un des buts de 2020 est de montrer au monde que les endroits touchés par le tremblement de terre de 2011 sont sécuritaires. C’était une tragédie et dans certaines villes les gens qui ont évacué ne peuvent toujours pas retourner dans leur maison. Mais le danger n’est limité qu’à une petite région », assure Toshiro Muto, directeur général du comité organisateur des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo. Pour projeter une image positive, le premier match du tournoi de baseball, auquel prendra part le Japon, sera présenté à Fukushima. « Le baseball ressuscite comme sport olympique et les Japonais en sont friands. C’est un sport très populaire. Ce sera seulement pour un match, parce que tous les événements devraient se tenir à Tokyo ou dans les environs. Avec l’appui du comité international olympique, nous avons obtenu cette permission. »

Le journaliste était l’invité du Foreign Press Center Japan.