Tireuse d’élite, athlète paralympique, survivante et conférencière, la Magogoise Lyne Tremblay continue de garder les Jeux paralympiques de Tokyo dans sa mire.
Tireuse d’élite, athlète paralympique, survivante et conférencière, la Magogoise Lyne Tremblay continue de garder les Jeux paralympiques de Tokyo dans sa mire.

Jeux paralympiques de Tokyo : partie remise pour la Magogoise Lyne Tremblay

Jean-Guy Rancourt
Jean-Guy Rancourt
La Tribune
Ce n’est pas le report en 2021 des Jeux paralympiques de Tokyo qui va ébranler la Magogoise Lyne Tremblay. Les drames et épisodes douloureux qui ont ponctué sa vie n’ont jamais réussi à la ralentir. Il faudra plus que le déplacement des Jeux de Tokyo à cause de la COVID-19 pour la chavirer.

La spécialiste du tir à la carabine aura bien des chats à fouetter d’ici là, mais sa prochaine mission sera peut-être de servir de modèle et d’inspiration pour la population à travers ce nouvel ennemi mondial.

L’athlète de 56 ans compte bien représenter le Canada à Tokyo en 2021, elle qui avait bon espoir de se qualifier le mois prochain au Pérou, pour les Jeux de 2020.

Actuellement deuxième au monde chez les femmes dans sa catégorie (air comprimé), Lyne Tremblay envisageait les qualifications avec beaucoup d’optimisme.

« Ma qualification n’était pas automatique, pas du tout, mais disons que j’étais en excellente posture », explique celle qui prend place régulièrement sur le podium dans se compétitions sur le circuit international.

Avec l’annulation pure et simple des qualifications, tout indique maintenant que ce sont les résultats des deux dernières années qui feront foi de tout et trancheront la question.

« J’entends dire que c’est cette mesure que la Fédération internationale mettrait de l’avant. Cela me laisse croire que je serai sélectionnée pour mon pays », indique-t-elle.

Le fait qu’elle aura un an de plus en 2021 lors des prochains Jeux paralympiques ne pose pas problème pour la quinquagénaire.

« Le tir à la carabine est un sport statique qui exige surtout une technique qui frôle la perfection et une préparation mentale à point. Ce qui peut nous jouer des tours, c’est notre vision. L’âge n’est vraiment pas un facteur », assure Lyne Tremblay, qui tire profit de ses expériences antérieures dans différentes disciplines pour s’accomplir dans le tir à la carabine.

« C’est comme si j’avais accumulé des morceaux du casse-tête durant de nombreuses années avec le résultat que je ne me suis jamais aussi bien sentie dans ma vie d’athlète. Mon corps et mon esprit sont en parfaite harmonie. »

Le tir à la carabine étant surtout un sport pratiqué le printemps et l’été, la saison 2020 semble pratiquement tombée à l’eau. « C’est l’inconnu. Heureusement, je suis organisée pour m’entraîner à la maison. Je vais peaufiner ma préparation. Je peux m’entraîner et être supervisée virtuellement par mon entraîneur. Je pourrais même faire des compétitions virtuelles avec d’autres athlètes partout dans le monde. Nous bénéficions d’une très bonne technologie dans notre sport », fait-elle valoir.

Une athlète résiliente

Résiliente, force de la nature, Lyne Tremblay, qui est aussi conférencière, a été frappée à maintes reprises par le destin. Elle sera l'unique survivante d'un accident d'auto qui a fait trois victimes; elle apprendra à 34 ans qu'elle est atteinte d'un syndrome neurologique sévère; son mari meurt d'un arrêt cardiaque à 39 ans; elle passe près d'y laisser sa peau alors qu'un bateau de vitesse coupe son kayak dans lequel elle prenait place en deux; elle fera un tonneau en ski en super-G; elle devient paraplégique dans la trentaine et subit aussi des abus psychologiques.

Elle vient d’ailleurs de publier son autobiographie qu’elle a rédigée avec un ami, Charles Dubois.

Le livre, intitulé Dans la mire du destin, relate son parcours sportif, ses épreuves et comment chaque fois elle est parvenue à remonter à la surface. L’humoriste Marie-Lise Pilote signe la préface.

La pyramide

L’athlète d’exception qui a fait partie de l’élite dans sept sports différents dans sa carrière n’en serait pas à sa première participation aux Jeux paralympiques, à Tokyo en 2021.

Lyne Tremblay était de la délégation canadienne à Pékin et à Londres, en 2008 et 2012 respectivement, en tir à l’arc. Elle a raté le rendez-vous de Rio en 2016 puisqu’elle n’a pu se qualifier en tir à l’arc et au tir à la carabine. Pour elle, 2020 est maintenant sur la glace.

« Je ne vois pas comment je pourrais être déçue parce que les Jeux sont retardés d’un an. Je n’axe pas mes priorités seulement sur les résultats. Pour moi, les résultats se situent dans le bas de la pyramide. Dans le haut, c’est à quoi je contribue. À travers la crise que nous traversons, je veux porter des messages d’espoir, de motivation et de résilience, que les épreuves nous aident à devenir de meilleures personnes et plus fortes. C’est historique ce que l’on vit actuellement. Notre monde sera transformé à la fin de cette pandémie. Entre temps, je contribue à notre avenir en restant à la maison et en sauvant des vies. »

Face à la COVID-19, Lyne Tremblay avait ce message à véhiculer. « Nous avons tous des ressources intérieures profondes et insoupçonnées. J’ai confiance au peuple québécois qui est en mesure de se tenir debout. Face à cette épreuve que nous traversons tous ensemble, notre cerveau se divise en deux zones; une pour ce que tu contrôles, l’autre pour les choses que tu ne peux pas contrôler. Écoutez la bonne partie de votre cerveau pour des lendemains meilleurs. »