Entre deux entraînements, les frères Jérémy et Thomas Grégoire parcourent entre autres les allées du Club de golf Milby en attendant le début de la saison dans la Ligue américaine.
Entre deux entraînements, les frères Jérémy et Thomas Grégoire parcourent entre autres les allées du Club de golf Milby en attendant le début de la saison dans la Ligue américaine.

Jérémy Grégoire : «Une chance que je suis plus qu’un joueur de hockey»

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Pour un joueur de hockey professionnel habitué à un rythme de vie plus effréné, la pause forcée par la COVID-19 peut sembler très longue. C’est aussi le cas pour Jérémy Grégoire des Roadrunners de Tucson dans la Ligue américaine. Entre deux entraînements, le hockeyeur sherbrookois a su bien remplir ses journées.

« Avis à tous, puisque ma 6e année professionnelle débutera plus tard que prévu, j’offre aux organisations de hockey mineur mes services en tant qu’entraîneur-conseiller spécial. Que ce soit en anglais ou en français, je veux transmettre mon savoir et mon expérience aux jeunes joueurs afin de leur permettre de s’améliorer aux niveaux technique et psychologique. »

La publication Facebook de l’ancien membre du Canadien de Montréal n’est pas passée inaperçue. Puisqu’il compte encore se trouver en région cet automne en raison de la suspension des activités, Jérémy Grégoire tente de rester occupé. 

« Je me suis aussi inscrit à deux cours en ligne à l’Université Laval pour terminer un microprogramme en business. J’ai grandi en jouant au hockey presque chaque jour. Lors du confinement, j’étais à Baie-Comeau et je me suis cherché un peu. Je voulais absolument rester actif », indique-t-il. 

Les études ont toujours pris une place importante dans la vie de Jérémy Grégoire. La preuve : durant son passage dans la LHJMQ, il a obtenu le prix Guy-Lafleur remis à l’athlète-étudiant de l’année, et ce, deux fois de suite.

Il en a d’ailleurs profité pendant la pause pour appliquer ses connaissances en aidant son ami Frédéric Aubé, un ancien joueur de la LHJMQ devenu entrepreneur grâce à sa compagnie de vente en ligne de sofas en boîte.

« C’est pendant la pause de hockey que je me suis rendu compte qu’une chance que je suis plus qu’un joueur de hockey. Je trouve ça long, mais je connais des coéquipiers qui trouvent ça encore plus long parce que le hockey, c’est leur vie. Moi j’ai toujours voulu devenir un joueur de hockey, mais je me suis trouvé aussi des projets à l’extérieur de l’aréna et d’autres intérêts. »

Objectif : aider les jeunes

Âgé de 24 ans, Jérémy Grégoire est devenu en 2013 un choix de 6e ronde du Canadien de Montréal, organisation avec laquelle il a évolué pendant trois ans au sein du club-école de St John et Laval. 

Après un court passage à Milwaukee avec les Admirals, le Sherbrookois s’est retrouvé à Tucson et veut profiter de sa présence dans sa ville natale pour partager son expérience avec les jeunes de la région, ce qui comblerait les trous dans son agenda quotidien.

« Au lieu de me trouver un autre emploi, j’ai pensé qu’offrir mes services pourrait être une meilleure idée. J’étais gêné de le faire au départ. Je ne suis pas un kinésiologue ou un entraîneur. Mais j’ai l’expérience du professionnel et du junior majeur. Rapidement, plusieurs m’ont contacté. Certains avaient seulement quelques questions, comme sur leur premier camp de hockey junior majeur. Ça me fait plaisir d’offrir mon temps pour leur répondre. D’autres m’ont demandé des séances privées rémunérées. Si je le fais, c’est surtout pour rendre service aux jeunes et aux entraîneurs. »

Des séries parties en fumée

Pour la première fois depuis 2015, alors qu’il évoluait pour le Drakkar de Baie-Comeau, Jérémy Grégoire se préparait cette année à participer aux séries éliminatoires.

À deux reprises avec le club-école du Canadien, sa formation a été exclue des séries.

« On a réussi à se qualifier une seule fois en trois ans et j’avais raté les séries à cause d’une blessure. On avait été éliminés en trois matchs. Avec les Roadrunners, je me sentais en pleine forme et on était au premier rang de notre division. Maintenant, j’ai hâte de voir ce qui arrivera avec la prochaine saison. C’est difficile à prévoir, mais j’ai comme l’impression que le début prévu au début du mois de décembre sera repoussé. Aux États-Unis, les gens sont beaucoup moins disciplinés en ce qui concerne la Covid-19 », explique Jérémy Grégoire.

Comme il ne s’attend pas à rejoindre son équipe en 2020, Jérémy Grégoire continue de saisir les occasions d’entraînement sur glace qui se présentent.

Avec son frère Thomas, ses amis Frédérick Gaudreau et Alex-Olivier Voyer, les anciens membres du Phœnix de Sherbrooke Mathieu Olivier et Félix Robert ainsi que le gardien Dereck Baribeau, Jérémy Grégoire participera à la Classique Bob Bissonnette, à laquelle prennent part d’anciens membres de la LNH, comme Simon Gagné, d’autres professionnels et des hockeyeurs amateurs.

« On s’offre un petit tournoi entre amis et on a loué de quoi dans le coin de Québec. Ce sera pas mal mes seules vacances de l’été! » admet Jérémy Grégoire.

S’entraîner dans l’arrière-cour

C’est avec Michaël Fullum, un ancien membre de l’équipe de football du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke devenu kinésiologue, que Jérémy Grégoire s’entraîne dans l’arrière-cour de son entraîneur privé. 

« On ne fait que s’entraîner ou presque depuis l’annulation de la saison. Si je continue, je vais avoir l’air d’un joueur de football! » lance à la blague Jérémy Grégoire.

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Après deux saisons dans la Ligue américaine, Thomas Grégoire a déjà grimpé quelques échelons au sein du club-école des Sharks de San Jose et souhaite maintenant monter encore plus dans la hiérarchie des Barracudas.

Thomas Grégoire grimpe les échelons chez les Sharks

Quand une formation compte sur le meilleur trio de défenseurs de la LNH, il devient plutôt difficile pour un hockeyeur jamais repêché de se frayer un chemin jusqu’à la brigade défensive de cette équipe. Après deux saisons dans la Ligue américaine, Thomas Grégoire a déjà grimpé quelques échelons au sein du club-école des Sharks de San Jose et souhaite maintenant monter encore plus dans la hiérarchie des Barracudas.

Cinq buts et 19 mentions d’aide pour un total de 24 points en seulement 46 parties. Thomas Grégoire espérait profiter de sa prochaine saison chez les pros pour passer devant quelques autres défenseurs de l’organisation.

« Il me reste une année de contrat encore et je sens que mon rêve de jouer dans la LNH est encore à ma portée, soutient le joueur de 22 ans. Je suis chanceux de pouvoir compter déjà sur deux saisons d’expérience chez les pros à mon âge. À 21 ans, j’ai montré de belles choses je crois. Pendant ce temps-là, plusieurs défenseurs de mon âge sont encore dans les collèges américains. »

Son contrat le limitant à la Ligue américaine a quelque peu nui à son temps de jeu après quelques matchs avec les Barracudas de San Jose la saison dernière.

« Je crois avoir récolté 19 points à mes 23 premières parties et, ensuite, l’entraîneur a fait jouer un peu plus certains défenseurs ayant un meilleur contrat. Ça fait partie de la game. Tout est une question de business rendu là », soutient l’ancien assistant-capitaine du Phœnix, qui avait terminé ses deux dernières saisons dans la LHJMQ avec au moins un point par match à 18 et 19 ans.

« J’en ai par contre profité pour améliorer mon jeu défensif, poursuit-il. En devenant un joueur plus complet, j’espère pouvoir me démarquer et obtenir plus de responsabilités. »

Un mal pour un bien

Le jeune défenseur de Sherbrooke se dit impatient à l’idée de renouer avec la compétition et tente de voir d’un bon œil la pause obligatoire forcée par la Covid-19.

« Je suis tellement déçu de ne pas pouvoir recommencer bientôt la prochaine saison et ce que je trouve inconfortable, c’est de me retrouver devant l’inconnu en raison de la pandémie. Mais mon préparateur physique voit ça autrement : il trouve que la pause me fait du bien. Prendre de la masse musculaire et de la force a toujours été ma bataille et depuis six mois, je ne fais rien que ça, m’entraîner! »

D’ici la reprise du jeu, Thomas Grégoire compte poursuivre son entraînement hors glace tout en continuant de pratiquer avec ses amis et anciens coéquipiers.

En attente d’un chèque de paie

Devenu joueur professionnel il y a deux ans, Thomas Grégoire ne vit que du hockey depuis. Mais depuis près de six mois, aucun chèque n’a été encaissé, comme c’est le cas pour presque l’ensemble des hockeyeurs professionnels.

« J’ai pu en mettre de côté un peu grâce à mes deux années de contrat et mes bonus. Heureusement, je n’ai pas le même train de vie que les joueurs plus vieux ou que ceux de la LNH, qui ont de plus grandes dépenses grâce à leur plus grand revenu. Moi, je n’ai qu’une auto à payer, pas de maison encore, rien. Ce n’est pas si pire! »

La question de l’argent arrive toutefois au second rang puisque le plus grand souhait de Thomas Grégoire est de pouvoir retrouver ses coéquipiers et son rythme de vie auquel il est habitué depuis sa jeunesse. 

« Je me suis toujours promené partout avec mes équipes et je m’ennuie de pouvoir disputer plusieurs matchs. Tout est bien différent présentement! » souligne-t-il durant l’interview téléphonique... entre deux coups de golf au Club Milby. Jérôme Gaudreau