En trois tournois avec les Miners, Jeffrey Lebeau a disputé neuf rondes et il a présenté une moyenne de 77,1.
En trois tournois avec les Miners, Jeffrey Lebeau a disputé neuf rondes et il a présenté une moyenne de 77,1.

Jeffrey Lebeau au Texas : entre études, golf... et politique

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
Jeffrey Lebeau est aux États-Unis depuis maintenant près de deux mois, afin d’amorcer sa deuxième saison avec l’équipe de golf des Miners de l’Université du Texas à El Paso. Cette ville du Texas recèle bien des paradoxes, des paradoxes qui se retrouvent exacerbés, à quelques semaines des élections américaines. Incursion au cœur du sud des États-Unis à l’aube d’un scrutin qui s’annonce très polarisé.

Lebeau est de retour au Texas depuis la fin août. Il n’a d’autres choix, pour l’instant, que de se consacrer à ses études en finances. La saison d’automne des Miners a été annulée, à cause de la pandémie.

« Je suis de retour depuis le 20 août à El Paso, et j’ai passé mon 14 jours de quarantaine. À mon arrivée, on ne savait pas encore si on allait avoir une saison d’automne. La NCAA a laissé le choix aux conférences de jouer ou pas. Dans les cinq grosses conférences, trois n’ont pas joué et deux ont décidé de le faire. Notre conférence, Conférence USA, a décidé de renvoyer la balle aux écoles. Et la nôtre a décidé de ne pas compétitionner. Comme ça, certaines équipes dans notre conférence sont à l’œuvre, mais pas nous. Alors c’est la pratique, l’entraînement physique et le yoga », dit le jeune homme.

La saison d’automne de golf est courte, en NCAA. Septembre et octobre. Elle sert principalement au classement des différentes équipes au niveau des conférences et au positionnement au niveau national.

Les choses deviennent intéressantes en janvier.

« Nos gros tournois sont tous pendant cette saison-là, comme notre championnat de conférence. Si tu as à choisir une saison pour bien performer en tant qu’équipe, c’est la saison de printemps qui prime », précise Jeffrey Lebeau.

Sécurité et paradoxe

Le portrait de la ville est cependant bien différent de celui qu’il a laissé derrière lui, le printemps dernier.

Les mesures sanitaires sont bien implantées, et généralement respectées, dans cette agglomération de près d’un million d’habitants, située aux abords du Rio Grande et de la frontière mexicaine.

El Paso, faut-il le préciser, est l’une des villes les plus sécuritaires des États-Unis. De fait, elle a obtenu le titre de ville la plus sécuritaire au pays en 2011 et 2014.

Ironique, quand même, lorsqu’on connaît sa proximité géographique avec Ciudad Juárez, au Mexique, la cinquième ville la plus dangereuse au monde (2018), selon le taux d’homicides par habitant (85,56 par 100 000 habitants).

L’allégeance politique d’El Paso est un autre de ses paradoxes.

Comme les principales villes de l’État, Dallas, Houston, Austin et San Antonio, El Paso a très fortement voté pour les démocrates, aux élections de 2016. Près de 70 % ont voté pour Hillary Clinton.

Pourtant, le Texas a penché vers le rouge et les républicains de Donald Trump, au final, à la hauteur de 52,6 %. Les démocrates ont récolté 43,4 % des votes.

Le mécontentement envers l’actuel président est palpable, observe Jeffrey Lebeau.

« Tout se passe bien, pour l’instant. C’est bizarre à dire, mais les gens ne sont pas heureux du travail du président. El Paso, c’est très, très démocrate. Aux dernières élections, ça a passé proche que les démocrates raflent le Texas. C’est particulier, comme situation. Aussi, El Paso à une très importante population mexicaine, ça joue probablement dans le sentiment anti-Trump et de son mur. J’ai été surpris, quand je suis arrivé ici, de voir à quel point les gens n’ont pas peur de dire qu’ils sont anti-Trump. J’ai déjà assisté à un rallye du président, ici, l’an passé. Je n’ai jamais vu quelqu’un se faire conspuer comme ça. Je n’en revenais pas. D’après moi, s’il n’avait pas eu de garde de sécurité, ça aurait pu mal virer », se rappelle Jeffrey Lebeau.

« Les Américains sont très politisés. Même si leurs connaissances en général, à l’extérieur de ce qui se passe chez eux, sont moins grandes que les nôtres, par exemple. Ils sont très impliqués en politique, ils ont ça à cœur. J’aime suivre la politique, tant au Canada qu’aux États-Unis. J’ai une bonne idée de ce qui se passe. J’essaie de me garder au courant. »

La tension monte, chez nos voisins du Sud, à l’aube du scrutin. La gestion de la crise de la COVID, entre autres, est l’un des points d’achoppement entre démocrates et républicains.

« Oui, on le sent. La tension a grimpé d’un cran lorsqu’on a su que Trump avait contracté la COVID. Les deux camps se séparent. Les rassemblements se multiplient. Il y a des rallyes dans certains restaurants, on commence à sentir l’envergure de l’événement des élections. La politique, ici, c’est viscéral pour eux, ils sont tellement fiers de leur pays. »

Améliorer son golf

À sa première saison avec les Miners, Jeffrey Lebeau a participé à trois tournois.

L’acclimatation à son nouvel environnement fut plus ardue qu’il ne le pensait, avoue-t-il. Son approche est différente, à sa deuxième année aux États-Unis.

« J’ai les yeux plus grands ouverts, j’ai une meilleure appréciation du calibre de jeu. L’an passé, j’en ai joué des tournois avec l’équipe jusqu’à la pandémie, et c’est là que tu te rends compte que tu peux être bon au Québec et même au Canada, mais quand tu arrives ici, il y a une autre vague de bons, de très bons joueurs. C’est un choc. Il faut continuer à peser sur la pédale à gaz si tu ne veux pas perdre de terrain », analyse-t-il.

« Seulement dans notre équipe, on a un Danois, un Mexicain, un Anglais. Ça vient de partout dans le monde. Ces gars-là étaient aussi très bons, dans leurs pays. Le calibre des gars se ressemble pas mal, mais rendu à ce niveau, ce sont les petits détails qui font la différence. »

En trois tournois avec les Miners, Lebeau a disputé neuf rondes et il a présenté une moyenne de 77,1.

Il s’attend à de meilleurs résultats, et ce, dès janvier.

L’acclimatation à son nouveau milieu de vie, aux différents terrains, et une meilleure connaissance de la compétition, tout ça est derrière lui.

« Je ne cacherai pas que les premiers tournois que j’ai disputés, à mon arrivée ici, c’était stressant. J’ai joué au hockey, du bon calibre, et au golf, j’étais habitué à jouer pour moi même. Le golf universitaire, c’est surtout une question d’équipe, tu dois tout donner, être prêt à remettre le meilleur score possible pour aider au classement cumulatif de ton équipe. »

« Et les terrains ici sont tellement différents de ce que l’on connaît; surtout pour la distance des parcours, c’est flagrant. Et ce, même si à certaines places, la balle voyage plus loin. Il n’y a pas beaucoup de trous à normale 4 au Québec que je vais frapper un bois de départ et un fer 6 et plus. Ici, il n’y a que ça. Ce sont de vraies « tracks » de golf. Si tu ne frappes pas loin, tu n’aimeras pas ta journée », rigole Lebeau, en précisant que sur certains parcours, ses coups de départ peuvent atteindre les 350 verges.

« Ça dépend de l’élévation par rapport à la mer. Au Québec, on est pas mal au même niveau, alors qu’ici à El Paso, je suis à 3700 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les balles voyagent beaucoup. »

Les Miners ont un classement cumulatif à redorer, en division 1, dit Jeffrey Lebeau.

L’équipe est jeune, et tous les espoirs sont permis pour les prochaines années. Le programme devra toutefois se trouver un nouvel entraîneur.

Scott Lieberwirth a en effet remis sa démission, début septembre, après neuf années.

« C’est lui qui m’a recruté. Le programme est actuellement dans le processus d’embauche, ça devrait se terminer en novembre. Tous les joueurs sont impliqués dans le processus pour cette embauche, on est consultés. C’est dommage, je l’appréciais bien. »

« Notre programme est assez récent, il a recommencé il n’y a pas si longtemps, après une pause de cinq ans. Il y a environ 260 programmes de golf en NCAA division 1 aux États-Unis et on est souvent dans le top 100. L’an passé, ce fut notre année la plus ardue. On est sorti du top 100. Sinon, on a déjà été dans le top 40, contre les grosses écoles. On a une jeune équipe, on espère que pour les prochaines années, on sera quand même assez forts. »

Avec une moyenne de 3,75 sur 4 après sa première année en finance, Jeffrey Lebeau a vu ses efforts sur les bancs d’école être récompensés par une nomination académique dans la Conference USA (Commissioner’s Academic Honor Roll).

Une carrière chez les professionnels est toujours dans sa mire.

« C’est encore mon but, après mes quatre ans ici. Je vais évaluer où se situe mon jeu, à comparer aux standards que ça prend pour atteindre les plus hauts niveaux. Et à partir de là, je vais me faire un plan de match et je vais me donner une certaine période de temps, une fenêtre, lors de laquelle je vais me concentrer au golf et voir ce qui arrive. »

En attendant de pouvoir défendre les couleurs de son équipe de golf sur les terrains, Jeffrey Lebeau aura à l’œil les prochaines semaines d’activités politiques et le vote du 3 novembre prochain.